Vous êtes ici : Accueil > Petites histoires d’outre temps > Du cannabis
Par : dozeville
Publié : 27 juin 2012

Du cannabis

Très souvent, dans les contrats de mariage du XVIIe au XIXe siècle, il est fait allusion au clos à chanvre (ou chènevière) comme un tout indissociable de la maison manable et du clos à herbes (jardin à légumes).

Cet ensemble semble constituer le minimum vital dans deux cas :
- l’incompatibilité entre le jeune ménage et les parents de l’époux chez qui le nouveau couple devait résider (usage attesté jusqu’en ... 1950)
- le douaire, ou un supplément à celui-ci, pour la veuve.

Il est décrit ainsi :

*en 1668

En cas que ledit Janvrin alast de vie décès auparavant ladite Touzey... il accorde... qu’elle jouise sa vie durante d’une caré de maison servante de salle haut et bas ... d’une petite pièce de terre servante de jardin à herbes et de clos à chennevière... [1]

*en 1729

Ledit Paquier, père, ... en cas que lesdits affidés ne puisse pas compatir ny demeurer avec lui, ils promet leurs bailler une maison manable, un jardin à légumes, une chenevière. [2]

*en 1853 :

les futurs époux ont l’intention de résider avec le dit S. Bréard père du futur, mais dans le cas ou il ne pourraient compatir ensemble, le dit S. Bréard fait par ces présentes donations entre vifs actuelle et irrévocable à son fils futur époux qui l’accepte de l’usufruit jouissance pendant la vie du donateur d’une maison composée de salle et grenier dessus, un jardin à légumes devant avec un clos à chanvre à la suite le tout contenant environ dix huit ares situé en la commune de mille Savattes [3]

JPEG - 58 ko
Hanfeinlegen (immersion du chanvre), huile de Théodore von Hörmann, peintre autrichien du XIXe siècle.

La culture du chanvre [4]

En 1852, il est noté que dans l’arrondissement de Domfront, "le chanvre était cultivé dans la proportion d’un trentième de la superficie des terres et uniquement pour les besoins de la famille. C’était une culture considérée comme dispendieuse, qui réclamait le meilleur fond de la ferme. Il s’en faisait un commerce considérable surtout dans la partie sud de l’arrondissement". [5]

L’utilisation du chanvre

- Utilisation locale : le tissage

Les rapports des subdélégués de l’intendant de la généralité d’Alençon, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, expliquent tous, que pour la région de la Ferté-Macé, Domfront, Tinchebray, que le tissage est un moyen de survivre pour les manouvriers dont l’existence est rendue difficile par l’extrême pauvreté du sol.

Yvonne Lefranc [6] explique : "En 1733, on compte 10 à 12 métiers à tisser dans le bourg : 200 dans les bourgs environnants. En y joignant les métiers isolés chez les tisserands des campagnes, on peut atteindre le total de 300 métiers pour toute la région fertoise. Ce chiffre reste stationnaire au cours du XVIIIe siècle".

E de Marcère note : " Avant la révolution, Athis et ses environs produisaient annuellement, 8000 pièces de futaines, 400 pièces de Retors, 3000 pièces de cotonnades. On y comptait 100 fabricants et 2600 ouvriers...".

- La marine

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les puissances européennes se disputent la suprématie navale et le contrôle des points de passage stratégiques, alors que les échanges maritimes intercontinentaux sont en plein essor... Le chanvre est utilisé pour fabriquer les cordages, les câbles, les échelles et les haubans, ainsi que les voiles. « Un navire de taille moyenne utilise 60 à 80 tonnes de chanvre sous forme de cordages et 6 à 8 tonnes sous forme de voile, par an. », relève le professeur agrégé d’histoire Serge Allegret . Le chanvre a donc pendant cette période la place d’un matériau stratégique [7].

- L’alimentation,

La graine - le chenevis - a été utilisée jusqu’au XIXe siècle pour l’alimentation humaine. Elle était utilisée sous forme d’huile et/ou de graine.

- Autres usages

Il semble que l’on connaissait ses vertus peu ou prou médicales mais le fumait-on ?

Notes

[1] Contrat de mariage entre Pierre Janvrin et Françoise Touzé à la Forêt Auvray le 13/9/1668

[2] Contrat de mariage de Julien Paquier et Françoise Gauquelin à Messei le 28/1/1729

[3] Contrat de mariage entre Eugène Simon Bréard et Julie Alexandre à Ségrie-Fontaine le 8/1/1853

[4] Cette partie cite abondamment l’article de Gérard Bourdin Tisserands à main du bocage ornais (1860-1914) dans la revue du PaysBas-Normand, 1987

[5] De Marcère (ED.) La région de Flers depuis la Révolution française, Caen 1905

[6] Essai sur l’industrie textile à la Ferté-Macé, 1934

[7] Wikipédia , Histoire du chanvre