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Par : dozeville
Publié : 13 octobre

1698 une fille "imbécile" engrossée à Saint-Fraimbault

Dans une famille de laboureurs, plutôt aisés, est née une fille que nous qualifierions de débile mentale. Les preuves en sont qu’elle est incapable d’apprendre la moindre prière et ne peut distinguer le bien du mal. Dans cet état, elle est exclue des cérémonies religieuses.

Un jeune voisin profite de cet état de fait pour la suborner. Quand il constate qu’elle est enceinte, il s’enfuit. Le père tente des poursuites judiciaires qui ne semblent pouvoir aboutir car si la justice peut interroger la fille, elle ne peut interroger le garçon.

Supplie humblement Pierre Louvel, sieur

de la Faverie, habitant de la parroisse

de Saint Fraimbault


Et vous remontre qu’il a contracté

mariage il y a vingt trois ans ou viron

avec Charlotte Quentin, duquel il est issu deux

enfans entre lesquels il y a une fille aagée

de dix huit ans ou viron, laquelle depuis son

enfance jusques à présent n’a eu aucune

participation de la raison, étant imbécille

d’esprit et sans jugement, ne pouvant

dicerner le bien d’avec le mal en sorte qu’elle

a toujours esté et est incapable de

recevoir les sacrements, n’ayant peut

apprendre aucunes prières ny même l’oraison

dominicalle quelques soins et aplications

que ledit Louvel son père y ait donné et fait

aporté, pour n’avoir même l’usage de la

langue libre. Cependant Jullien Douyet,

fils de Jean Douyet et d’Anne Havard, ses

père et mèrede ladite parroisse, aagée de

vingt cinq ou vingt six ans, sans

réflexion sur ces considérations, ne

cherchant qu’à satisfaire sa passion contre

les loix de l’honneur et de sa conscience,

profitant de l’imbécillité et faiblesse

de ladite Louvel, laquel vous est attesté par

le certificat du sieur prieur, prestes et

habitans de ladite parroisse cy ataché

auroit pratiqué plusieurs et divers moyens

en l’absence du supliant pour surprendre

ladite sa fille dépourvue d’esprit et se

seroit introduit dans sa maison soubs

prétexte de visite, étant proches voisins

demeurants dans le même village, leurs

maisons étant contiguës les unes des autres

et par une malice diabolique afin de

réussir à son pernicieux dessin profanant

les heures dédiées au divin service les

jours de festes et dimanches, ledit Douyet

prenoit occasion d’enfermer ladite Louvel deub

avec luy en sa maison afin de se procurer

un lieu plus seur 1 et plus caché pour

abuser de la facilité et innocence de ladite

Louvel. En effet ledit Louvel l’a tellement

séduitte2 qu’après plusieurs fréquentations

criminelles à l’inseu dudit Louvel supliant

et de sa famille, il s’est trouvé que ladite

Louvel est devenue grosse d’un enfant

des œuvres dudit Douyet ainsy qu’elle l’a

confessé après son accouchement et s’en

est expliquée, ce qui est sans doute

un crime grave et atroce de la part

dudit Douyet eû égard à l’exposé cy-dessus

et ternir la réputation de ladite Louvel

et ayant iceluy Douyet veu et remarqué

que son crime étoit publique et notoire.

Croyant éteindre et supprimer la

(synd… ese ?) de sa conscience, et avoir

l’impunité de son crime, auroit prixe

la fuite et s’est absenté du pays, ne

sachant ledit Louvel où il peut estre et

a laissé le supliant chargé de la

nourriture de cet enfant, et comme

il n’est pas de la la justice de laisser un

crime si horrible sans punition le

supliant a recours à votre authorité

pour y estre pourveu.


A ces causes, mondit sieur,

il vous plaise accorder acte au supliant

du contenu de la présente et l’authoriser

de faire venir des tesmoins par devant

vous à bref jour pour estre ouys sur

les faits cy-dessus et estre procédé

extraordinairement contre ledit Douyet

et le faire condamner en trois cent livres

d’amende aplicable aux pauvres et trois

mil livres d’intérest, et vous ferez justice.


Présenté à Domfront, le dix neufième jour

de septembre MCIC quatre vingt dix huit.3



Le mandement est accordé. L’attestation et le témoignage des habitants sont joints ainsi que l’interrogatoire de Renée Louvel. Cette dernière a paru « hébétée et sans esprit » aux yeux du lieutenant criminel qui l’a interrogée.


* * * * *


Notes :


1 sûr

2 d’après les témoins, en lui promettant du pain blanc et à boire.