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Par : dozeville
Publié : 28 avril

1673 Première entrée de l’évêque de Sées à Argentan

L’illustrissime et révérendissime Jean Forcoal évesque de Sais y nommé par le roy dès la fin de l’année 1671 ne vint en son diocèse que après la Pasque de 1673 commence ses visites en le mois de juillet audit an par Alençon, Bellême, Mortagne, Partout où il fut harangué et très bien reçu et comme je n’en ferai point le détail je diray seulement la manière dont il le fust en cette ville.

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Reliefs dans la cathédrale de Sées

De sa personne, c’est un aussi digne prélat que l’on puisse souhaiter pour son extrême vertu, très débonnaire, la mesme civilité, très caressant , facile aux moindres et qui gagna le cœur de tous. Le jeudy vingt de juillet il envoya à monsieur le curé et doyen d’Argentan des mandements pour lui et les autres curés de son doyenné par lesquels il leur ordonnoit d’instruire leurs ouailles pour la réception du sacrement de confirmation qu’il devoit conférer à Argentan le dimanche 30 dudit mois à tous ceux qui si présenteroient et les jours suivans. Pourquoy il se rendroit audit lieu le samedi 29 auquel jour à midi la cloche dite des prestres ayant sonné par un quart d’heure. Viron 35 prestres conduits par maistre Jacques Lecerf, prestre, leur syndic montèrent à cheval, allèrent au-devant de luy jusques en la campagne de Montmerré au droit de Saint Christofle, où ils le rencontrèrent. Tous ayant mis pied à terre, il sortit de son carosse, fut harangué par ledit sieur sindic et ayant à tous fait paroistre grande gratitude et beaucoup de tesmoignage de sa bienveillance remontèrent en carosse et à cheval et vint prende logement en la maison de monsieur du Homme Thieulin où messieurs du baillage l’allèrent haranguer en corps, monsieur des Erables, lieutenant de monsieur le bailli, parla et après messieurs de l’élection pour lesquels monsieur le président Aumont le harangua et ensuite messieurs les eschevins qui lui présentèrent 24 bouteilles de vin de ville. Et après tous ces compliments messieurs les trois thrésoriers en charge l’alèrent saluer en cette qualité ce qui dura depuis trois heures jusques à cinq, que messieurs les ecclésiastiques avec les croix et bannières et les frères de la charité, les pères jacobins et capucins qui s’estoient rendus à Saint Germain en partirent en corps pour aller à son logement où messieurs les eschevins se trouvèrent avec leurs robes et le dais soubs lequel en habit pontifical il fut conduit à saint Germain assisté de toute la ville. Arrivé au portail il fut harangué en latin par monsieur le curé auquel il reparti scavamment et éloquemment. L’orgue et la musique reçurent son aprobation. L’on avoit fait beaucoup de despences et prins bien de la peine pour dresser un théâtre qui prenoit de dessus la porte de la sacristie jusques sur la balustrade du choeur sur le banc de messieurs Droulin pour mettre les musiciens, ce qu’il improuva 1, les voix estant trop près de la voûte. Pourquoy l’on chanta à la suite dans le chœur. Le théatre n’ayant servi que cette fois. L’esglise estoit décorée autant bien qu’on le peut, le chœur, la nef, les croisées tapissées toutes de haute lisse à double tente. Au premier pilier du portail, son portrait et ses armes bien entourées de lauriers y paroissent fort bien faites, contre tous les pilliers estoient de beaux quadres catres de sentences tirées de l’escriture sainte en sa louange, outre les six pilliers du chœur estoient six beaux cadres avec six emblesmes ou des vertus estoient exprimées par des sentences latines au haut et au bas expliquées par deux petits vers françois. Sur l’autel, il y avait deux grandes palettes très richement dorées dans l’une desquelles estoient les armes de notre saint Père le pape et en l’autre celle dudit seigneur en draperie parfaitement belles. Il fut assis sur un thrône eslevé de deux marches contre le balustre du côté de l’évangile entre le pilier qui jouxte la porte et celuy d’au-dessus avec tous les assistans et toutes les cérémonies marquées dans le pontifical romain.

Les oraisons dites devant luy par monsieur le curé et d’autres par lui finies, il donne sa bénédiction à tout le peuple d’une très belle et harmonieuse voix puis désabillé par ses officiers sur le lieu il sortit en rochet et alla faire 3 ou 4 visites. Et retourné en la maison de son hoste, il y fut splendidement traité en poisson.

Le lendemain à 9 heures il alla dire la messes aux religieuses de Saint Benoit pendant laquelle la musique fist merveilles en beaux motets et symphonies tant par les religieuses que par les musiciens de la compagnie de monsieur le curé de Coulandon. La messe dite il confirma six religieuses dans le parloir de madame l’abesse d’où il alla aux pères jacobins confirmer dans leur cloistre mais avec une extrême confusion de monde et si empressant qu’il fut obligé viron une heure et demie d’abandonner avec chagrin. Il alla disner et revint au sermon fait par monsieur son grand vicaire, ensuite duquel il dist vespres pontificalement avec tout le bel ordre possible et les cérémonies parfaitement observées par viron 20 prestres de Saint Germain qui ne les avoient pu répéter que deux fois. Vespres dites, il recommença la confirmation dans le cimetière de Saint Germain avec plus d’ordre et en confirma bien plus que le matin.

Le lendemain au jour de Saint Germain, il officia pontificalement et dist la grand messe et vespres fut très satisfait de l’orgue et de la musique qu’on ne peut pas louer davantage qu’en disant qu’il l’estima avec bien des louanges parce qu’il y est peut estre le plus scavant prélat de France et qui a l’une des plus belles voix. Le mardy, il dist la messe à l’hospital où la musique triompha encore et confirma plus de mille personnes en le cimetière, estima fort l’ordre et la direction de l’hospital donna beaucoup de louanges aux filles leur marqua bien de la bienveillance. D’où il alla disner au parloir de madame d’Almenesche à laquelle il fist une très cruelle et un peu sévère correction de l’excès de son superbe festin. Le mercredi, il dist la messe aux Pères Capucins avec la musique ordinaire. Il confirma soubs les ormeaux proche la croix vers Saint Thomas viron 200 personnes en ayant confirmé en cette visite plus de 5000 personnes et plusieurs de 75 à 80 ans.

Il assista l’après-disner au sermon que fist aux Pères Capucins monsieur le curé de Soulanges jour de la Portioncule2 Après quoi il se transporta dans la sacristie de Saint Germain où il avoit fait convier tous messieurs les ecclésiastiques de se trouver pour terminer de très longs et très opiniastres différents entre les sieurs scolastiques d’une part et le sieur curé d’autre. Il leur fist des remontrances bien pathétiques et bien paternelles aux uns et aux autres, les convia de vivre dans l’union et de metre en oubli toutes les rigueurs passées, ce qu’ils firent paroistre bien souhaiter les uns et les autres dont les peuples tesmoignèrent de grande réjouissances et en redirent au seigneur bien des remerciements mais cela n’eut pas de durée. Et enfin il partit le jeudy 3e août pour Falaise très satisfait du clergé et de tous les habitans qui le furent tous autant qu’on le peut este de sa grande douceur et civilité. Et je remarque une action particulière de sa grande humilité et charité envers les pauvres qui fust en sortant de nostre maison, m’ayant fait l’honneur d’i vouloir bien rester, un jeune idiot et le plus sale qui se pust voir luy ayant demandé sa bénédiction, il le baisa au front et lui donna un petit louis d’argent. 3

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Notes :

1désapprouva

2 Du nom d’une petite église d’Assise remise en état par Saint François en 1209. Se fête le 2 août.

3 Manuscrit de Thomas Prouverre. AD61 série J