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Par : dozeville
Publié : 31 décembre 2020

Aimait-il (trop) ses paroissiennes ? (3 - Les témoins à charge)

Après la dénonciation par Guillaume Martel, l’Officialité enquête et interroge 74 témoins de la paroisse et des alentours.

Voici quelques-uns de ces témoignages. On distingue les ouï-dire et les témoignages visuels. Quelques personnes citées à comparaitre disent ne rien savoir. Les "actrices" supposées ne sont pas interrogées ni citées à comparaitre.

En outre, certains témoignages de soi-disant faits de sorcellerie sont recueillis (mais ce n’est plus un crime depuis 1682).


L’accusation principale : le péché de la chair (ou péché déshonnête).


Témoins à charge :


Jeanne Cheradame, femme d’Antoine Ouilly, marchand, 30 ans, d’Ecorches


Il y a environ sept ans, estant allée à l’église de Mongaroult, elle pria le sieur curé de dire la sainte messe pour un enfant qu’elle avoit alors qui estoit malade, qu’après la messe ditte ledit sieur curé vint devant l’autel Ste Anne dire une évangille sur ledit enfant, après quoy, tout le monde étant sorty de l’église, ledit sieur curé s’aprocha d’elle déposante qui avoit laissé sur un coffre la rétribution de sa messe, mettant les mains sur son sein en luy parlant en ces termes : Sy vous voulés me laisser faire, vous trouverez un amy en moi. Desquelles pressantes sollicitations et embrassades la déposant se débarassa heureusement. Qu’alors le dit sieur curé luy dist : Venés encore une autre fois, je diré une messe à vostre enfant. N’aportés point d’argent, je vous la diré pour rien mais n’aportés point avec vous de corset. Lequel entretien fist rougir la déposante et l’obligea de ne plus retourner à confesse à luy comme auparavant elle y alloit.

Que viron un an après, estant tombée malade d’une fièvre pourprée, les parents d’elle déposante firent entrer le dit sieur curé pour la voir et la confesser, que ledit sieur curé estant entré dans la maison, il s’aprocha de son lit et voyant qu’il n’y avoit personne dans ladite maison que luy et ladite déposante malade, il luy mania d’abord le bras, ensuitte porta la main sur son sein et mesme sur les partyes que la pudeur ne permet pas de nommer…

Il y a environ huit ans estant alors avec la nommée Elisabeth lefebvre dont l’esprit estoit fort sein alors, ladite Lefebvre dist à elle déposante que le sieur curé l’avoit sollicitée plusieurs fois de commetre avec luy le péché de chair, luy prometant de la marier et de luy faire sa fortune.

Adjouste ladite déposante que les visites que quelques personnes du sexe rendoyent audit sieur curé causoyent un sy grand scandale que l’on en parloit mal hautement. (6e témoin)


Jacques Laurencel, 70 ans, maçon de Mongaroult


Dépose qu’il y a environ vingt cinq ans que ledit sieur Lemoine, curé de Mongaroult sollicita Anne Laurencel de commetre avec luy le péché deshonnestes pourquoy il alloit chercher dans les champs où elle gardoit ses vaches.

Qu’un jour laditte Laurencel s’en revint toutte épleurée chés elle où estant elle dit à sa mère, au déposant, son frère et à toutte sa famille qu’ele ne voulloit plus aller en champs garder ses vaches, que ledit sieur curé y alloit pour la trouver pour la forcer de pécher avec luy. Sur lequel advis sa mère et toute sa famille consentit à ce qu’elle ne retournast plus en champs pour éviter l’occasion.

Qu’un jour ledit sieur curé alla trouver laditte Laurencel croyant qu’elle estoit seulle, la trouva auprès de son feu feu qui teilloit du chanvre et l’ayant prise entre ses bras, il la porta sur un lict pour pécher avec elle, ce que voyant laditte fille elle cria à haute voix : ha moy. Laquelle voix ayant esté entendu du déposant et d’un autre frère qui estoyent alors dans un autre appartement de leur maison, ils accoururent et prisrent ledit sieur curé et feignirent de vouloir le chastrer quoyque en effet, ils ne luy donnèrent aucuns coups voulant seullement luy donner de la confusion, ce qui les avoit obligé de rester à la maison, se défiant bien que ledit sieur curé y viendroit suivant la parolle qu’il en avoit donné à laditte fille.

Desquels sollicitations criminelles envers ladite fille [celle-ci] ayant donné advis à un Capucin, son confesseur, ledit confesseur luy ordonna d’en venir donner advis à ses supérieurs, ce qu’il n’a pourtant pas fait. (7e témoin)


Magdelaine Aumont, fille de Jacques, fileuse, âgée de 60 ans de Vaux-le-Bardoult


"Il ya environ 25 ans, estant proche du cimetière de Mongaroult, elle fist rencontre dudit sieur curé qui luy parla dans ces termes :

-Voules-vous m’aimer ?

A quoi elle répondit :

- Je ne veux point vous aimer.

-Pourquoy, répliqua-t-il, ne voules vous pas m’aimer ?

-Parce que, lui dit-elle, je ne veux pas vous aimer ou sy je vous aime se sera comme mon devoir m’y oblige.

Qu’un jour ledit sieur curé s’estant trouvé avec elle dans un village de sa parroisse, il luy mist la main sur le sein luy disant qu’il vouloit luy attacher une éplingue. A quoy elle répondit, je l’attacherai bien sans vous. (9e témoin)


Magdelaine Desplantes femme de Robert Bodé, journalier, 45 ans, de Vaux-le-Bardoult


Il y a viron vingt ans, après avoir esté à confesse audit sieur curé à cause de l’estime qu’on luy en avoit faitte, elle alla chés deux filles proches de l’église où le sieur curé s’estant rendu, il en fist sortir la déposante dans une cour où il luy fist des propositions deshonnestes et la sollicita de pécher avec luy, à quoy la répondante luy repartit : Sy je commetrois un sy grand crime avec vous, à qui est-ce que j’irois à confesse. Je n’aurois pas la hardiesse d’aller dire cela à nostre curé. Qu’alors ledit sieur curé luy dist : Venés à confesse à moy, je vous en donneré l’absolution…

Ayant un jour rencontré l’accusé proche de la maison d’elle, il la pria de luy monstrer son sein, ce qu’elle refusa.

Quelques temps après, l’ayant encore rencontré dans un chemin, il luy demenda sy elle vouloit bien luy accorder la prière qu’il luy avoit faitte qui estoit de luy donner deux ou trois gouttes de son lait et de pécher avec luy. Elle luy répondit qu’elle ne feroit ny l’un ny l’autre.

Croit la déposante qu’il n’avoit demandé ces deux gouttes de laict que pour s’en servir a du sortilaige et pour luy faire du mal ainsy qu’il l’en avoit menassée.

Se souvient avoir entendu dire à la femme d’un nommé Bellecour que le sieur curé l’avoit sollicitée dans le confessionnal à commetre avec luy le péché deshonneste.(11e témoin)




Témoins à charge par ouï-dire :


Jacques Delivet, journalier, de Mongaroult, 37 ans

dépose que la femme d’un nommé Grandchamps dit un jour à sa femme qu’estant allée porter du fil au presbitaire, le sieur Lemoine la sollicita de comettre avec luy le péché deshonneste et que les entreveues dudit sieur curé avec les personnes du sexe avoyent donné lieu au public d’en dire du mal et de soupçonner un mauvais commerce. (2e témoin)


Thomas Carel, laboureur de la Courbe, 32 ans

dépose qu’il a entendu dire à plusieurs personnes que ledit sieur curé avoit sollicité plusieurs femmes et filles à commetre le péché deshonneste, entre autres qu’il avoit entendu dire qu’il vouloit manier les tétons à la femme du nommé Belcour, adjouste que l’on trouvoit à redire que la nommée Marie Themy vint faire la lessive chez l’accusé ; (4e témoin)


Henry Vallois, 40 ans, marchand, de Mongaroult


Il y a viron dix-huict mois, il entendit dire au nommé Thomas Carel de la Courbe, qui avoit esté domestique dudit accusé, qu’il avoit veu de ses propres yeux, l’accusé en flagrant délit avec la femme de Thomas Themin de la parroisse de Mongaroult, que ledit Carel luy avoit adjousté qu’il les avoit veus par un trou aussy bien q’un autre homme qui travailloit alors avec luy chez l’accusé.

A ouy pareillement dire à la femme de Noël Bouillon que le sieur curé luy avoit dit dans le confessionnal de l’aller trouver chez luy et qu’il luy avoit donné assez à entendre que c’estoit pour pécher avec luy.

A bonne connoissance le témoin que depuis plus de trente ans, les visites et entreveues que ledit sieur curé a eues avec les personnes du sexe, ont causé un tel scandalle dans la parroisse qu’on disoit hautement et publiquement du mal de luy, jusque là mesme que plusieurs sont allés l’espyer pour le surprendre en ses mauvais commerces. (12e témoin)


François Lambert, 41 ans, marchand, demeure Montgaroult


Dépose qu’il y a viron vingt ans, la fille d’un nommé Leroy ayant esté abusée et estant devenue grosse du fait disait-on dudit sieur curé et de deux autres personnes, le déposant aprist qu’on voulait luy donner l’enfant quoy qu’inocent, de quoy l’advertit la servante du sieur de Caligny qui l’assura que ledit sieur curé de Montgaroult, le curé de Moulins et ledit sieur de Caligny vouloyent luy faire un présent dudit enfant. De quoy le déposant estant fort indigné dist audit sieur curé accusé qui venoit de confesser son valloit malade qu’il avait eu advis que ledit curé luy vouloit donner ledit enfant. A quoy ledit curé, accusé, répondit qu’il n’en estoit rien et quand mesme il seroit père de l’enfant, il ne luy feroit pas donner et qu’il en seroit quitte pour trois mois de mission

Qu’il y a viron cinq ans que la femme du nommé Poullain qui estoit alors servante du déposant luy avoit dit que ledit sieur curé accusé avoit dit à laditte servante de l’advertir quand elle seroir seulle à la maison afin qu’il la puisse voir.

Se souvient encore le déposant avoir entendu dire à la femme d’un nommé Robine que ledit sieur curé l’avoit sollicitée de commetre avec luy le péché deshonneste. (19e témoin)


Gabriel de Droulin, escuyer, 60 ans, de Mongaroult


Il connoist bien ledit sieur curé.

Il dépose qu’il y a viron neuf ans que Barbe Gondouin, sa servante domestique, estant aller puiser de l’eau dans une fontaine qui est proche l’église de Mongaroult, ledit sieur curé qui estoit alors dans le cimetière fist signe à laditte Gondouin de venir à luy, ce qu’elle fist. Puis allèrent tous deux de l’autre costé de l’ église où ils furent pendant quelque moment que lorsque laditte servante fut de retour à laditte maison, luy témoin luy demenda ce qu’elle venoit de faire avec ledit sieur curé. A quoy elle répondit que ledit sieur curé luy avoit fait des propositions deshonnestes et sollicitée mesme au péché.

Qu’un jour de dimanche ou feste laditte servante luy ayant demandé la permission d’aller se confesser au sieur curé de Sentilly, luy témoin l’ayant refusée, elle fut obligée de se présenter pour cet effet audit sieur curé de Mongaroult, que lorsqu’elle fut de retour à la maison, elle dist à luy déposant qu’elle n’iroit plutost jamais à confesse que d’aller audit sieur curé de Mongaroult qu’il luy avoit fait les mesmes propositions deshonnestes dans le confessionnal qu’il luy avoit faittes auparavant et que sur le refus qu’elle fist de consentir à ses mauvais désirs et de pécher avec luy, il luy ferma la femestre du confessionnal luy disant : "Allés vous en Dieu vous [re]pousse."

Adjouste le déposant que depuis dix huit ans qu’il est demeurant dans laditte parroisse de Mongaroult, la plupart des servantes qu’il a eues, se sont toujours plaintes que ledit sieur curé les vouloir séduire et que lorsqu’il avoit quelque connoissance que le déposant et la damoiselle son épouse étoyent absents, il venoit trouver lesdittes servantes chez luy, mesme la nuit, pour les solliciter au crime, ce qui a obligé luy témoin de refuser au dit sieur curé un certificat de vie et mœurs que luy demanda un gentilhomme de sa part, disant audit que sy ledit sieur curé estoit inocent, il n’en avoit que faire, que s’il estoit un fripon il ne luy en donnerait point. (22e témoin)


Catherine Lemoyne, femme de Gilles Themin, laboureur, 35 ans, demeure Breveaux


Dépose qu’elle n’a aucune connaissance des faits, se souvient seulement d’avoir entendu parler mal dudit sieur curé par plusieurs personnes, les uns disans qu’il y avoit eu un enfant enterré dans son presbitaire qu’on avoit trouvé, les autres qu’il auroit sollicité des personnes du sexe au péché deshonnestes dans l’église ou dans le confessionnal même. (29e témoin)


Marie Blavette, femme de Michel Aubé, marchand, 35 ans, demeure Sentilly


Dépose qu’il y a viron neuf ans, feu Guillaume Sauvabe, estant à battre du grain dans une grange avec elle déposante, il luy dist j’é veu par une fenaistre le sieur curé de Montgaroult commetant le crime d’impureté avec la femme de Jacques Aubey dans l’étable à sa vache, qu’il vit passer la femme dudit Aubey par devant ladite grange qu’à l’instant ladite déposante dist audit Sauvage : Il ne faut pas dire cela. J’ay de la peine à le croire. A quoy répartit ledit Sauvage : il n’y a rien de plus vray.

Se souvient la déposante que les fréquentes visites que ledit sieur curé rendoit à ladiite femme et celles que rendoit laditte femme rendoit audit sieur curé causoyent un sy grand scandale qu’on disoit hautement du mal de leur commerce et de leurs affinités. (35e témoin)


François de Brossard, escuier sieur de Pommereux, 35 ans, demeure Montgaroult


Dépose que ledit sieur curé de Montgaroult a depuis plusieurs années sy fort scandalisé lesdits paroissiens par ses déréglemente qu’on disoit hautement du mal de luy et de certaines personnes du sexe qu’il voyait avec trop d’affinité, qu’il y a viron quinze ans qu’il vit un long mémoire en forme de dénonciation faitte par plusieurs des parroissiens de Montgaroult contre ledit accusé où estoyent renfermés des faits graves. Lequel mémoire fut présenté à feu Monseigneur d’Aquin, alors evesque de Séez qui répondit que du moment qu’il y auroit une party qu’il ne manqueroit pas d’agir et de faire entreprendre ledit sieur curé.

Qu’il avait ouy dire que scavoit esté par l’ordre dudit sieur curé qu’une personne, nuitamment, seroit passée par dessus les murailles du jardin du sieur Des Moutis pour prendre du savigny afin de procurer l’avortement à une personne dont il auroit abusé, que cependant laditte femme estant devenue grosse, quelqu’un des amis dudit sieur curé, pour conserver sa réputation voulut faire présent dudit enfant au fermier du sieur des Moutis, ce qui ne s’est pourtant pas fait car le sieur Delarue, escuier, son beau-frère, le fit baptiser dans le nom d’un autre.

Que ledit sieur curé a voulu, il y a quelque temps, donner un habit d’étamine à Elisabeth Lefebvre, ce qui a donné lieu au public de parler mal , comme aussi de deux damoiselles de la mesme paroisse qui sont allées fréquemment audit presbitaire et quy y vont encore journellement. (31e témoin)


Laurent Fournier, tailleur de careau, âgé de 40 ans, demeure Mongaroult


Il y a viron douze ans que feu Hierosme Fournier, estant chez luy déposant, luy dist qu’il iroit à Sées pour dénoncer ledit sieur curé de Mongaroult parce qu’il n’en étoit pas contant, qu’il n’éxécutoit pas la promesse qu’il luy avoit faite, que l’ayant trouvé un jour dans une masure sur le chemin du Mesnil Glaise avec la femme de Denis Lorel de ladite parroisse de Mongaroult en flagrant délit et commetant le péché de la chair. Il leur dist en passant : Courage, courage !

Que ledit sieur curé de Mongaroult et laditte femme, se trouvant surpris dans cette action brutalle, se levèrent aussytost et ledit sieur curé courut après une longueur de champ, qu’il le ramena en aproche du lieu où estoit encore laditte femme et là le prièrent d’en garder le secret luy promettant pour cet effect ladite femme un pot de beurre qu’elle luy donna aussytost et ledit sieur curé de luy rendre une obligation de dix livres qu’il avoit sur luy et de luy faire pendant sa vie durante quatre livres de rente ce que n’exécuta pas ponctuellement ledit sieur curé, de quoy ledit Fournier n’estant pas contant.

Dist qu’il l’iroit dire à Monsieur de Boisaumont, prestre, et que sy le dit sieur de Boiseaumont ne luy faisoit pas faire justice, il iroit à Sées pour dénoncer ledit sieur curé de Montgaroult.

Il y a cinq ans ledit curé de Montgaroult estant allé ches le déposant et n’ayant trouvé que sa femme qui filloit avec une autre femme du voisinage, il l’apella dehors et la fist sortir et l’ayant menée derrière ladite maison, il luy demanda si elle n’étoit point grosse et qu’il falloit qu’il luy fist un garçon, de laquelle proposition, elle rougit et le renvoya. De quoy laditte femme fit le récit à son mary lorsqu’il fut de retour à la maison. (48e témoin)


Jeanne Macé, femme de Jean Laurencel, thoillier de Montgaroult, 38 ans


Dépose qu’il y a viron douze ans, estant proche le cimetère de Mongaroult, l’accusé passa et appelant elle, témoin, il luy mist la main sue le sein et luy dist : j’ai beaucoup d’amour pour vous, sy vous vouliés je vous irais voir, à quoy elle répondit : je ne suis pas ce que vous croyez, que nonobstant ce refus, ledit accusé ne laissa pas d’aller après elle et de la poursuivre jusquee à sa maison dans laquelle il n’entra pourtant pas et parla sellement à Louis Lelièpvre, son beau-frère prétendu qui sortit à la porte, la déposante n’ozant sortir par la crainte et la honte qu’elle avoit des propositions honteuses que luy avoit fait l’accusé.

Qu’il y a viron vingt-deux ou vingt-trois que Charlotte Macé, sa sœur, estant malade du poumon et languissante, ledit sieur curé l’alla voir et dit à Gilles Macé, père de laditte fille qu‘elle estoit dans ledit ed…. du corps, plus plus seine que luy et que s’il vouloit, il trouveroit bien le moyen de la guérir, qu’il ne falloit que pour cet estat que luy maygner le ventre pendant plusieurs matins mais qu’il falloit que ce fust luy qui mist sa main sur le ventre de ladite fille, ce à quoy consenti le père de ladite fille et qu’en effect, ledit sieur curé vint deux matins qu’au lieu de maigner seullement le ventre de laditte malade, il luy maignoit les parties honteuses, ce qui fist tant de peine à cette jeune mallade qu’elle en donna avis à sondit père et à la déposante, leur disant de ne point faire revenir ledit sieur curé une autre fois, qu’au lieu de luy maignier le ventre comme il disoit, il maignoit les parties honteuses et faisoit des attouchements deshonnestes, ce qu’entendant ledit Gilles Macé dist au sieur curé qui estoit revenu pour faire la mesme opération qu’il n’eust plus à revenir, que sa fille n’avoit pas besoin de ses remèdes, qu’elle n’avoit que faire de ses attouchements de ventre qui les croyoit très inutiles à sa fille qui effectivement mourut trois jours après.

Se souvient encore la témoin avoir entendu dire audit feu Gilles Macé, son père, qu’estant allé à Argentan avec feue Magdelaine Macé, sa fille et sœur de la déposante, estant entrés dans l’hostellerie des trois Maries ledit sieur curé qui est frère de l’hostesse dudit lieu fist monter avec luy dans une chambre madiite Magdelaine Macé disant qu’il voulait luy parler en particulier et que lorsqu’ils furent entrés, luy estant dans laditte chambre ledit sieur curé voulu forcer laditte Magdeleine Macé qui alors estoit femme de Louis Leliepvre de commettre avec luy le péché de la chair, que pour cet effect tenoit ses parties honteuses sa main touttes nudes et à découvert. Desquelles viollences laditte femme se débarassa et dessendit en bas et retrouva son père qui estoit dans la rue, qui luy demanda la voyant sy rouge et sy émue ce qu’elle avoit , à qui elle répondit que ledit sieur curé l’avoit voulu violer dans une chambre. Ensuite luy raconta toutes les circonstances de l’action infâme que vouloit faire ledit accusé. (59e témoin)



Autre accusation : magie et sorcellerie




Nicolas Leménager, laboureur de Montgaroult, 30 ans


Dépose qu’il y a viron deux ans, estant dans le presbitaire de Mongaroult avec ledit sieur curé, luy demanda si c’était un mal de se servir d’un secret qu’il avoit pour guérir les aujures(?) des chevaux, à quoy ledit sieur curé dist qu’il y avoit du mal et qu’il ne falloit pas le faire, que luy curé savoit d’autres secrets, entre autre celuy de noir l’éguilette1 et qu’il le faisoit parce qu’il y a viron deux ans, s’en revenant d’Argentan à Mongaroult avec la veuve de Michel Laurencel et s’entretenant de la mauvaise conduite dudit curé, laditte veufve luy dist qu’elle avoit veu un jour l’accusé portant sa main par dessous les jupes d’une damoiselle qui estoit à cheval qu’il avoit arresté par la bride. (61e témoin)



Magdeleine Lambert, femme de Laurencel, maçon, âgée de 90 ans, demeure Mongaroult


dépose qu’il y a environ deux ou trois ans que Catherine De Saint-Martin alors servante du sieur Delarue, beau-frère de l’accusé dist à elle déposante qu’elle serroit des herbes pour faire un lavement à Elisabeth Lefebvre mais que c’estoit ledit accusé qui feroit ledit lavement et effectivement il le fist après quoy laditte De Saint-Martin et la Demoiselle Delarue allèrent luy en donner, que si tost qu’elle l’eut receu, elle tomba dans une espèce de furye, se débatant et criant à haulte voix ayant pris un bouillon que ledit accusé avoit aporté luy mesme : célérat de curé, sorcier de curé, villain curé, c’est toy qui m’as ensorcellée, ce qu’entendit la déposante qui estoit alors présente, qui entendit aussy Cristofle Lefebvre, oncle de la dite fille qui luy disoit : tes toy méchante, tu joues à notre perte, que laditte Catherine de Saint-Martin l’entendant aussy crier luy dist : Tu as beau crier, tu n’y est pas encore. (60e témoin)


Marguerite Bourelier, femme de Jacques Richer, drapier d’Ecouché, 54 ans


dépose qu’il y a viron vingt et un ans, estant dans le chemin de Mongaroult à Escouché, elle fit rencontre dudit sieur curé de Mongaroult à quy elle dist : J’ai apellé de certaines personnes sorciers. J’ay peur qu’elles n’ensorcèlent. Sur quoy le dit sieur curé répliqua : Vous n’aves qu’à venir dans ma chambre, je vous guériré.

Qu’il y a environ douze ans que ledit sieur curé ayant rencontré la déposante sous les halles d’Ecouché, il luy fit des propositions deshonnestes et la pria de son deshonneur luy disant : Il faut que vous me donniez ce que vous donnez à votre mary. Desquelles parolles la déposante fust sy irritée qu’elle le repoussa vivement en luy disant : Tu es trop hardy, si j’étois seulle je vous étranglerois.

Se souvient la déposante avoir esté à confesse auparavant ce temps-la audit sieur curé et que depuis elle n’y retourna plus. (69e témoin)



Notes :

1 nouer l’aiguilette