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Par : dozeville
Publié : 18 mai

1718 Le noble, la servante et sa grossesse à Boucé

Sur un sujet rebattu et où les a priori sont légions , le texte qui suit pourrait permettre de nuancer les jugements que nous portons sur ce sujet. Il a l’avantage d’être très explicite sur le rôle de chacun.

Monsieur le lieutenant général, civil et criminel au siège d’Argentan,


Suplie humblement René Lefebvre, écuyer, sieur de la Métairie, de la paroisse de Boucey,


Et vous remontre que Julliene Barbel de la paroisse d’Avoines est demeurante chés ledit sieur suppliant en qualité de servante il y a près de quatre années. Et en cette dernière année, ledit sieur de la métairie ayant de l’inclination pour le sexe qui est commune àu tous les hommes auroit eu habitation avec ladite Barbel, sa servante, en sorte qu’elle se trouve grosse de ses œuvres de quatre mois1.


Ledit sieur supliant s’est donné tous les soins nécessaires depuis qu’il a eu connaissance de cette grossesse pour la conservation de la mère et [de] l’enfant dont elle est enceinte. Et sur ce que cette grossesse et venue à la connoissanse du sieur curé de ladite paroisse de Boucey, il en a usé d’une manière qui n’est pas tolérable car il a parlé hautement de la grossesse de ladite Barbel. Il a voulu la chasser de ladite paroisse et a menacé de faire deffenses à qui que se soit de ses paroissiens de la recevoir, en sorte que ladite fille est réduite au désespoir et qu’il pouvoit en arriver des inconvénients très dangereux, ayant mesme desjà voulu plusieurs fois attenter à sa personne et au fruit qu’elle porte et comme ces accidents pouvoient regarder ledit sieur supliant, il a recours à votre authorité.


A ce qu’il vous plaise, Monsieur, luy accorder acte des déclarations contenues en la présente pour luy servir en temps que besoin et cependant comme ledit sieur supliant ne veut se metre à couvert de tout reproche, il vous demande que vous luy accordiés acte de ce qu’il est prest de mettre ladite fille dans une maison de ladite paroisse autre que celle du supliant pour y passer le temps de sa grossesse et y faire ses couches et qu’il soit fait deffenses audit sieur curé de chasser ladite fille ny d’empescher qu’elle demeure dans ladite paroisse, le tout pour éviter aux accidents qui pouroient arriver dont ledit sieur supliant n’entend point estre responsable vu les démarches dudit sieur curé qu’il offre prouver et vérifier, demandant l’adjonction de monsieur le procureur du roy et vous fairés justice.


Présentée ce cinq décembre 1718


R Lefebvre de la Maitterie


(Communiqué au procureur du roy le même jour)


Le procureur du roy, qui a eu communication de la présente requeste, n’empesche qu’il ne soit accordé acte audit sieur de la Métairie de ses déclarations, au surplus requiert qu’il soit enjoint audit sieur curé de souffrir ladite Julliene Barbel dans ladite paroisse jusques après ses couches parce que ledit sieur de la Métairie la mettra dans une maison séparée et élloignée de la siene, sauf audit sieur curé en cas de libertinage à nous en donner avis pour y estre pourveu. Délibéré ce cinq décembre 17182.

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Mannequin d’accouchement vers 1775
Madame le Boursier Du Coudray écrivit "L’abrégé de l’art des accouchements" avec de nombreuses illustrations. Elle fut l’une des premières accoucheuses à inventer et utiliser un mannequin pour former les sages-femmes.

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Notes :

1  L’enfant sera baptisé le 17 avril 1719 (image 119), cette requête est citée dans l’acte.