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Par : dozeville
Publié : 7 mai

1718 instruire la jeunesse à Ecouché

Le métier de maître d’école n’est pas sans risques. Alerté le curé s’en mêle : c’est alors son tour de subir de multiples avanies. Il fait alors appel à la justice.

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Le grand maître d’école
par Jean-Jacques de Boissieu, 1780

Monsieur le lieutenant général civil et criminel d’Alençon ou monsieur son lieutenant au siège d’Argentan.


Suplie Jacques Belzais, prestre, curé d’Ecouché


Et vous remontre que depuis quelques mois, il s’est étably un maître d’écolle dans le bourg dudit lieu Ecouché pour l’instruction de la jeunesse. Le maître ayant fait quelques plaintes au supliant de quelqu’uns de ses écoliers qui le menacoient et tiroient même le couteau sur lui. Le supliant se transporta au lieu où se tient l’écolle le vingt une novembre dernier sur ce qui luy fut dit par le maître d’écolle que Martin Dubois, fils de Gaspard, étoit un libertin qui troubloit l’écolle. Le supliant luy fist quelque correction que cet enfant reporta sans doute à son père et à sa mère car le même jour et peu de temps aprest on entendit la femme dudit Dubois qui disoit en sortant de ches elle pleine de fureur « J’en vais dire à ce gros cochon de curé, ce gros bouffy plusque que à un diable ». Et en effect elle se mit à courir et à crier publiquement à haute voix dans les rues : « S’il est riche ce gros cochon de curé, damné bouquin,c’est aux dépens de tous les pauvres gens, il est bien heureux que son père a vollé tous les pauvres gens pour le faire ce qu’il est » et proférant plusieurs autres injures et calomnies. Et le vingt quatree du même mois, le supliant sortant de la prière qui se fait dans son église à quatre heures et demies du soir, ledit Gaspard Dubois le traita de malhonneste homme, luy dist qu’il étoit indigne du caractaire qu’il portoit. Le supliant entra dans son presbitaire sans rien répondre à toutes ces injures. Ledit Gaspard Dubois l’apostropha dans ces termes : « Cachés vous, enfermés vous » qu’il repéta plusieurs fois avec d’autres injures. Et ledit Dubois arrivé chés luy triomphant de l’insulte qu’il venoit de faire au supliant dist à sa femme publiquement : « J’ay bien relancé le curé, j’ay le bien fait cacher, je luy ai dit : Cachés vous, gros villain, vilain enfermés vous ». Et le douze de ce mois, sur les huit heures du soir, ledit Martin Dubois, fils, vint à cheval au presbitaire et avec un bâton dont il étoit armé, en cassa les vitres et ce qu’on ne peut pas douter avoir été fait par l’instigation de ses père et mère d’autant plus que ledit Martin Dubois s’était vanté publiquement dans la rue qu’il les casseroit, tellement que le sieur supliant est bien à plaindre de se voir exposé à la fureur de cette famille sans autre prétexte que parce qu’il auroit fait son devoir en corrigeant ledit Martin Dubois.

A ces causes, monsieur, il vous plaise recevoir la plainte du suppliant et ordonner que de tout ce que dessus, il en sera extraordinairement informé à l’adjonction de monsieur le procureur du roy et à cette fin luy accorder mandement pour faire venir témoins pour, aprest l’information faite et décretté le tout délibéré, prendre par ledit sieur supliant telles conclusions qu’il apartiendra pour ses dépens, dommages et intérest. Et vous ferez justice.

Présentée à Argentan ce dix neuf décembre 1718 (Bien rayé : décretté et lieu)1



Notes :