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Par : dozeville
Publié : 3 mars

1566 Première grève à Argentan ?


Le Moyen-Age est terminé depuis plus d’un siècle en 1453 avec la chute de Constantinople (29 mai) et la fin de la guerre de cent ans la même année. Nous sommes donc dans la période appelée Renaissance dont François 1er (1494-1547) est la figure de proue en France et dont la figure locale pourrait être Marguerite de Lorraine (1463-1521).

La Réforme protestante née 50 ans auparavant (1517) a atteint la région et y a causé des troubles que Thomas Prouverre décrit sans trop insister. Cependant il raconte les vols et les violences que lui ont raconté ses père et mère durant l’année 1562. Il en trouve de nombreuses traces dans les comptes des trésoriers de l’église Saint Germain. Par exemple, des hommes ont parfois été payés pour enterrer des objets du culte (et seront encore payés pour les déterrer).

Quoiqu’il en soit, les donations diminuent et les rentes sont peu ou pas payées. A ce moment là, les gens d’église ne peuvent subvenir à leurs besoins à cause de la cherté des temps. Mais qui sont-ils ?

Il y a :

-le curé et les prêtres,

-les chapelains et chantres,

-les marguilliers et sonneurs de cloches.

Chaque groupe réclame une augmentation en brandissant des menaces :

-les prêtres ne diront plus les offices,

-les chapelains ne chanteront plus les hautes messes,

-et les derniers cesseront les quêtes et ne sonneront plus les cloches.

Les membres de la fabrique (les notables de la paroisse) réagissent vivement en paroles mais finalement accèdent, peu ou prou, aux demandes.

Ainsi le raconte Thomas Prouverre dans le texte qui suit.



Remonstrance faite de messieurs les thrésoriers et la responce à icelle par les habitants contenant les suivantes pages.


En cette année 1566 se treuve une remonstrance faite par messieurs les thrésoriers à messieurs les gens d’église, officiers et bourgeois qui mérite d’estre icy insérée pour deux raisons : la première pour estre sur du papier bien en estat de dépérir pour sa vétusté et mauvaise consistance, la seconde pour y faire congnoistre la différence de l’ordre de l’église en ce temps avec celuy du présent (1674). Ladite remonstrance est dans la première liace des délibérations à la lettre K. J’en diray à la fin mon sentiment.

Le dimanche pénultième jour de septembre l’an 1566 à la congrégation et assemblée des gens d’église, conseilliers, gouverneurs et bourgeois de cette ville d’Argenten, à la fin et issue de la messe paroissiale de saint Germain dudit suivant l’avertissement fait au prosne de ladite messe, requeste des thrésoriers de ladite église pour adviser, ordonner et délibérer par les dessus sieurs sur les affaires et réparations nécessaires en ladite église.

Remonstrans lesdits thrésoriers qu’il en est requis et nécessaire faire, poursuivre et parachever le ront point estant au derrier du chœur de ladite église, selon et suivant qu’il a esté commencé et suivant la délibération sur ce faite en faisant poursuivre par un mesme moyen, essence et hauteur les deux costés de chœur de ladite église, et requis et nécessaire de faire dessendre toute la couverture d’ardoise, mesme la charpenterie dudit chœur et pour le faire recouvrer et achepter du bois pour faire les taudis et estages pour soustenir pour soutenir l’engin et roue requis pour descendre le careau des costés dudit choeur par nécessité estre descendu selon qu’il est entendu par le conducteur dudit œuvre et aussi pour remonter les marériaux pour haucer ledit chœur et costé d’iceluy.

Aussi ont remonstré qu’il estoit nécessaire faire refaire les orgues de ladite église en l’estat et essense qu’elles estoient au précédent leur ruine ou de telle autre essence ou estre qui sera advisé, délibéré et par vous ordonné.

Remonstrance pareillement par lesdits thrésoriers que des gens d’église et chapelains ordonnés pour faire le service ordinaire et casuel en ladite église se sont à eux adressés et leur avoient dit et remontré qu’ils estoient délibérés au refus de les augmenter, de quiter et délaisser la célébration du service et qu’ils ne pouvoient servir sans avoir leurs vivres et moyen entretien et que le salaire à eux baillé n’estoit à ce suffisant considéré la cherté et prix excesif de tous vivres et aussi que nul n’est tenu de servir à ses despends et que celuy qui sert à l’autel doit vivre de l’autel, requérans augmentation d’estat sur le revenu pour la célébration dudit service suivant l’intention et vouloir des gens de bien donateurs et augmentateurs de cette église.

Faite pareille remonstration par les clercs de ladite église et que par cy-devant leur estat, pratique et avantage tant en avantage tant en ordinaire que casuel consistoient et provenoient des dons et avantages à eux faits journellement par les bourgeois et paroissiens de la dite église. Sçavoir est au mois d’aoust par dons de gerbes, chacun dimanche en argent à eux donné allant par les maisons porter l’eau béniste et à autres jours et festes de l’année, que mesme pour sonner aux décéds et trespas d’un chacun décédant où ils emportoient salaire selon le pouvoir et bien des décédés, ce qui maintenant défault par la malice du temps et des personnes, dégoustés par ces choses là, requérant augmentation de gages et estat de vivre. Autrement qu’ils ne pouvoient servir pour chacun la somme de sept livres dix sols à eux néanmoins seulement payés pour le terme passé. Et au refus de ce faire, requièrent et demandent permission de eux se retirer et estre déchargés pour faire leur profit ailleurs où ils aviseront bien estre.

Requérant lesdits thrésoriers estre sur le tout pourvu, délibéré et ordonné pour leur décharge.

Sur quoy le tout deument entendu par les sieurs assistans.

A esté pour satisfaire au premier article advancé en avant par lesdits thrésoriers, délibéré et ordonné que l’œuvre et fabrique demeurera en l’estat et sera discontinué et aresté jusques au renouveau et printemps ou autre temps comme il sera plus amplement ordonné par cy-après et défence a esté arestée en l’estat par la présente parce que le revenu de ladite église ni peut satisfaire.

Et en temps que les orgues qui ont esté détruits et brisés durant les troubles, délibéré et ordonné a esté qu’il sera procédé à la réfaction et restauration d’icelle et que pour ce faire sera fait venir aux despens dudit thrésor un ouvrier et organiste le plus habille et expérimenté en tel cas qu’il se pourra treuver, avec lequel sera fait alleu et marché par lesdits sieurs de la ville pour les rendre près de la qualité et essence qu’ils seront devisés et dedans le terme et temps qui sera mis et par eux accordé.

Et en temps que l’article faisant mention des gens d’église et chapelains ordonnés pour célébrer le divin service tant fondé que non fondé en ladite église.

A esté dit et délibéré qu’ils seront admonester et contrains de faire leur devoir selon qu’il a esté et est ordonné par les saints décrets et constitutions ecclésiastiques et suivant ce assisteront ordinairement et respectueusement au service divin comme à vespres, matines, vigilles et messes solennelles et aux jours de dimanche avec leur surplis et habit décent de sorte que le peuple pour leur bon exemple emporte d’eux et reçoive toute bonne édification, estime et bon jugement.

Desserviront, célébreront et assisteront en personne les chapelains pourveus aux messes et services ordinaires et fondés sans délaisser leurs services ni les faire dire et célébrer à d’autres s’il ni a excuse raisonnable.

Chanteront et respondront à note chacun en son endroit les services bien et deument, sçavoir est les services de la charité et autres services pour les trespassés selon qu’il est requis et décent.

Et auront lesdits chapelains la somme de cent sols pour chacune messe soit à note ou a voix basse payables comme ils escheront comme de terme passé.

Et pour les comparences qu’ils fairont tant aux vespres, matines, messes que vigilles des trespassés et autres services de la charité auront et leur sera payé en outre le prix de leurs messes à chacun la somme de 20 sols chacun an. En outre leurs petits profits acoustumés qui est pour lesdits chantres, tant de la charité que des trespassés, à chacun six livres pour leurs messes et comparences, lesquelles récompenses leur seront payées du jour de la présente délibération en un an et ainsi d’an en an, et le prix de leurs messes aux termes qu’elles sont escheues et escheront à l’avenir.

Et quant aux autres gens d’église qui ne sont chantres et qui sont déjà pourveus aux messes dudit thrésor en quelque droit que ce soit, ils se passeront et auront contentement pour chacun cent sols pour chacune messe, desquelles messes, après ceux qui décéderont, y serons pourveus les plus capables et idoines gens d’église et les plus expérimentés en l’art de chanterie selon le droit d’ainesse de bonne vie et conversation au cas toutefois que les présentations au temps des vacations soient et appartiennent au thrésor.

Autrement les ayant droit de présenter y pourront pourvoir et nommer tels gens de bien qu’ils veront et aviseront estre à faire, selon leur avis et conscience, chantres idoines et suffisant de bonne vie, estat et conversation, natifs de la ville et y demeurans en icelle s’il est possible. Lesquels pourront recevoir les effets desdites messes en faisant leur devoir et assistans au service divin et ordinaire comme les autres. Le tout jouxté et suivant le contenu aux chantres desdites fondations.

Auront tous lesdits chantres, en outre ce que dessus, prendront et percevront après le curé et ses vicaires les profits et avantages qui leur seront et pourront estre faits par ledit curé, lequel leur distribuera et baillera les chapes, offices et autres profits ordinaires comme dit est et leur faira donner suivant sa submission pour chacunne messe qu’ils repondront et chanteront à note à chacun dix deniers ou autre somme à la discrétion de ceux qui fairont faire lesdits services.

Et auront et emporteront lesdits chantres le salaire donné pour célébrer les vigilles des services des deffeunts en assistant et faisant leur devoir en personne avec le curé et ses vicaires, autrement les défaillans n’auront rien.

Lequel curé faira la distribution desdits profits et pratiques advenants également sans exception de personne mais toujours regardant le droit faira les distributions jouxté et suivant le mérite et devoir qu’ils auront fait d’assister aux services. Et ne pourront aucun desdits vicaires, chapelains ni chantres emporter double salaire desdits services mais se contentera un chacun par raison et se passera celuy qui faira chape ou office au profit de sa chape et ofice de messe à note afin que chacun puisse se contenter et emporte le profit comme il méritera et de droit luy apartiendra.

Lesquels chantres de la charité ne seront vuidés en y faisant leur devoir et en assistant au service divin célébré en ladite église mais tousjours seront continués et au cas qu’ils défaudront, pairont pour chacun défault dix deniers et s’ils défaillent subcécutivement par trois fois seront vuidés et désaisis desdites messes et profits au lieu desquels sera mis d’autres idoines et suffisans s’il ni a excuse raisonnable et vérifiée par gens fidelles.

Et en tant que les clercs de ladite église qui sont à présent ou seront posés au service de ladite église pour chanter et respondre les messes à note et autre service bien et deument.

A esté délibéré et ordonné, en ayant esgard à la difficulté du temps et diminuations de leurs pratiques que en faisant bien et deument leur devoir et mieux qu’ils n’ont fait par cy-devant, ils auront chacun an à l’advenir chacun la somme de dix livres de gages payables du jour de la présente délibération en un an et en outre les autres profits qu’ils percevront en ladite église, parce qu’ils sont jà payé du terme passé à la raison de sept livres dix sols pour chacun suivant le commandement desdits sieurs à laquelle somme de 9 livres tournois 10 sols ils ne se sont voulu passer.

Et pour ce qu’il a esté remonstré par lesdits thrésoriers que aux jours de festes, les grosses cloches de la grosse tour n’estoient sonnées comme ils avoient accoustumé parce qu’il ne se peut recouvrer gens et aussi que les clercs de ladite église ni peuvent vaquer parce qu’ils sonnent les trois cloches de la tour neufve,

A esté ordonné qu’il sera prins et choisi cinq personnes des frères de la charité ou autres personnes propres pour sonner lesdites grosses cloches tant aux festes solennelles, jours de dimanches qu’autres festes que les conviendra sonner, lesquels auront chacun an chacun vingt cins sols payés par le receveur de la charité d’icelle église.

Lesquels gens d’église, clercs et autres personnes y dénommées seront payés des sommes à eux ce jour d’huy ordonnés, sçavoir aux chapelains et chantres de la charité par le procureur de la charité et aux chapelains des trespassés et autres prestres et clercs par les thrésoriers de ladite église chacun en son fait et regard, lesquels gens d’église, clercs et sonneurs seront tenus signer et accorder la présente délibération avec lesdits sieurs officiers, conseillers, gouverneurs et bourgeois pour certification et observation des charges cy-dessus nommées, et recevront lesdits thrésoriers et procureur de la charité des acquits des sommes par eux payées pour cette première fois, déclarant ce qui leur sera alloué à l’audition de leurs comptes et servira dorénavant d’instruction.Fait l’an et jour que dessus.


Toute cette longue remonstrance estoit bien raisonnable et judicieusement respondue à l’esgard du temporel du thrésor mais l’on estoit en ce temps en l’autre extrémité de la pratique de celuy-cy. Messieurs les officiers et thrésoriers faisoient injure à monsieur de Sais et le dernier mespris de monsieur le curé et de tous les ecclésiastiques qui à la vérité n’estoint pas d’une édification bien exemplaire dans le récit que j’en ouy faire à nos père et dans la congnoissance que nous avons eue. Du depuis les chapelains créés et fixés, c’estoit une chose pitoyable de voir les irrévérences qui se commetoient pendant le service, l’indévotion et des prestres et des laïques qui s’exerçoit dans l’église, et par causeries et indécens entretiens les uns avec les autres, en chantant qui fairoient de présent horreur aux plus impies. Et ce fut ce qui donna lieu lieu à l’hérésie de Calvin et qui fist tant soufrir toute l’église par la dérision que faisoient les prétendus réformés de la mauvaise vie des prestres et qui provoqua l’ire de Dieu sur leurs mauvaise conduite dans leurs ministères et sur l’entreprinse des laïques téméraire, usurpant la juridiction sur les ecclésiastiques au scandale des privilèges de l’église d’où il devrait résulter que les uns et les autres, ayant esté la cause de tant et si funestes malheurs arivés en ces temps et encore en ceux-cy, tous devroient concourir d’union à rendre à Dieu, chacun en sa condition, les respects et hommages qui luy sont deu pour estre adoré et honoré en son église et ne pas, avec passion et emportement opiniastre, chercher à que un chacun se veut aroger de droit par pur esprit d’authorité, l’honneur de Dieu et l’esprit de charité mesprisé, qui bien observé entre les uns et les autres metroit les choses dans la justesse requise pour la plus grande gloire de Dieu et l’édification des peuples. Et se malheureux désordre paroist plus que centenaire quoique différent dans ses circonstances renversées d’une extrémité à l’autre ainsi qu’il se remarquera de temps en temps jusques o présent.