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Par : dozeville
Publié : 29 janvier 2020

1754 Le curé de Sentilly

L’intendant de la Généralité d’Alençon demande quelques informations sur ce curé qui fait parler de lui au procureur du Roi d’Argentan.

Voici la réponse.

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L’église de Sentilly
Les parties les plus anciennes datent du XIe siècle

A Argentan, le 22 novembre 1754



Monsieur,



J’aurois pu répondre plutôt à la lettre que vous m’avés fait l’honneur de m’écrire le 16 du présent mois par laquelle vous me marqués de m’informer de la conduite et du caractère d’esprit du curé de Sentilly.

J’avois entendu dire bien des choses sur son compte, et je fus témoin, il y a deux ans, lorsque je dressay le procès-verbal des réparations à faire à l’église de laditte église, d’une scène qui n’étoit pas à son avantage, ce qui me donna occasion de demander à plusieurs habitants qui estoient présents ce que c’étoit que leur curé, et si ils en étoient contents. Ils me répondirent unanimement qu’ils n’avoient pas lieu d’estre satifaits ny de sa conduite, ny de sa façon d’agir avec eux. Malgré toutes les connoissances que j’avois, Monsieur, sur la conduitte du curé de Sentilly, j’ay cependant été secrettement aux informations à plusieurs personnes dont la probité m’est connue et voilà mot pour mot ce que j’ay apris :

1° que le curé de Sentilly, à la nomination des Jésuittes de Caen, a commencé en entrant dans sa cure à leur faire un procès en voulant leur enlever la grosse dixme, il a perdu son procès.

2° il en a eu un autre avec un particulier de ladite parroisse à l’occasion d’un bien vendu par la veuve Corbin dont il a voulu se mettre en possession, ayant trouvé le secret d’avoir fixé l’argent de laditte veuve Corbin. Toutte cete manigance ayant été prouvée contre luy, il perdit encor ce procès avec dépends

3° il a été et est encore soupçonné d’avoir fait un enfant à sa servante qu’il voulut mettre sur le compte de différents particuliers qui étoient sur le point de luy faire un procès pour cette accusation. Mais un accident démasqua toutte l’affaire : la servante du curé avait pour lors la galle et on s’aperçut qu’il l’avoyt aussi, ce qui confirma toutte la parroisse dans ses soupçons

4° ledit sieur curé voulut, il y a quelques temps, de son autorité privée changer la feste de sa parroisse et la renvoyer dans l’hiver. Sur les représentations que le nommé Jariel, l’un des fermiers de laditte paroisse luy fit à cette occasion, ledit sieur curé s’emporta et invectiva contre luy, le saisit au collet et le mit hors de l’église de la façon la plus outrageuse. Jariel le fit assigner en réparation et plusieurs personnes se sont meslés d’icelle affaire. Le curé se porta de luy-même à faire des excuses audit Jariel à la porte de l’église en présence de tous les habitants.

Voilà, Monsieur, ce que j’ay apris sur le compte du curé de Sentilly. Les faits prouvent assés ce que c’est que le caractère de cet homme.

A l’égard des personnes qui habittent ladite parroisse Monsieur de Bois de Commeaux y demeure l’été et est seigneur d’icelle. C’est un homme qui a servi longtemps, qui a quatre fils au service du roi dont deux y sont morts et dont les deux uniques petits fils servent actuellement. Ils sont tous incapables de tenir aucun discours répréhensible.

Il y a un autre gentilhomme nommé Monsieur de Rafteton sur le compte duquel il n’y a rien à dire.

Le curé a esté très brouillé avec ces deux gentihommes et l’est peut estre encor. Il n’y a point d’autres personnes marquées dans ladite parroisse qui est naturellement très tranquille.

J’ay l’honneur d’estre avec le plus profond respect, monsieur,

votre très humble et

très obéissant serviteur1


Boirel



Note :