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Par : dozeville
Publié : 5 janvier

1740 L’impôt : comment établir la répartition par paroisse ?

L’impôt, au XVIIIe siècle, est défini a priori pour tout le royaume puis réparti entre les provinces selon leur richesse supposée, pour, au final, être réparti par paroisse. Là, ce n’est plus l’État qui s’occupe de la collecte mais des membres de la collectivité élus -au sens actuel - par l’assemblée générale des habitants.

Comment est répartie la taille entre les paroisses ?

Pour cela, les membres de l’Election d’une région (dans les pays dits "d’élection" qui s’opposent aux pays "d’état" et aux pays "d’imposition")1 procèdent chaque année à une chevauchée c’est-à-dire une visite de toutes les paroisses pour en évaluer les productions et ainsi fixer la taille et autres impôts annexes dus par chacune d’elles.

1 L’élection est une circonscrisption financière et les « élus » sont des sortes de fonctionnaires chargés de recouvrir les impôts (aides et tailles).

Les années 1740-1741 furent des années de disettes. Les chevauchées qui eurent lieu alors son intéressantes à examiner. D’une paroisse à l’autre, le compte rendu en est très répititif.

En voici deux exemples :


Craménil, le 30 juin 17401

Nous nous sommes pareillement transportés en la parroisse de Crasménil. Là, ont comparu, devant nous, Nicolas Dufay et Charles Bouquerel, particuliers habitants de la dite parroisse, lesquels ont été par nous jurés de dire vérité, ce qu’il ont promis faire.

Enquis combien il y a de terre en leur parroisse, nous ont dit qu’elle contient viron trois cents acres de terre tant de bois, brière que terre et mauvais rochers. Ensuite de quoy avons conjointement avec eux fait la visite de levées qui sont plantées sur ladite parroisse. Avons remarqué que les gros bleds et seigles sont très médiocres et qu’ils ne pourront produire tout au pls qu’une demye année, les avoines et menus [grains] sont un peu meilleurs et qui pourront produire une demye année, les sarasins sont très maigres et qu’ils ne sauront produire qu’un tiers d’année à la réserve d’une seule pièce de viron deux acres qui est passablement bonne, qu’il ny a aucun fruit. Lesdits habitants nous attestant qu’il n’y a qu’une demye année de foins. Ce qu’ils ont signés N Dufay, C Bouquerel, Duchemin Leheusé à ce présent


Magny-le-Désert , le 3 aout 17402

Sont comparus Jean Lemeunier, sindic, Guillaume Challemel, Michel Léveillé, Jean Rocher, Jean Chesnel, habitans dudit lieu, juré comme dit est.

Où étant, avons vu plusieurs cantons où ils nous ont dit qu’ils avoient été obligés de faire de l’avoine au lieu et place des bleds seigles qu’ils avoient seméz, lesquels sont morts à cause de la rigueur de l’hiver. Avons remarqué qu’il n’y a aucuns fruits, ny ayant qu’un quart de bleds et une moitié de moirs. Avons vu plusieurs prairies dans lesquelles il y a très peu d’herbes et moitié d’avoine, que les filasses ont été presque toutes gatées et endommagées par les chenilles ou chapeleuses. Plusieurs maisons fermées par la mort de beaucoup d’habitants, lesquels payoient viron 750 livres tournois à ce que lesdits habitants nous ont déclaré et qu’ils ne pouront remplacer. Signés J Lemeunier, G Challemel, M Léveillé, J Rocher, J Chesnel, Loriot La Perelle et Anais avec paraphe3.



Notes :


3 On trouvera d’autres relations de cette disette ici et de chevauchées ici