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Par : dozeville
Publié : 26 décembre 2019

1709 Vol d’hosties à Vrigny

Accusé d’avoir volé un ciboire et des hosties dans l’église Saint Martin de Vrigny, condamné à être brulé vif à Falaise, Gabriel Alexandre de Joué-du-Plain a fait appel au Parlement de Rouen.

On trouvera ci-dessous les interrogatoires consécutifs à cet appel. Il est également soumis à la question.


Pour le Roy


Du vendredy dix neuf decembre mil sept cents dix sur les deux heures de relevée, Nous, Henry Louvel et Jean Pierre Dufou, conseillers du Roy en sa cour de parlement de Normandie, Commissaires d’icelle en cette partie assistés de Maître François de Boutigny, conseiller, secrétaire du Roy et dudit parlement, Pour l’exécution de l’arrest de la Cour rendu ce jourd’huy en la chambre

de la Tournelle allencontre de Gabriel Allexandre de la paroisse de Joué du Plain appellant de sentence rendue au siège de Falaise le vingt trois avril dernier par laquelle entr’autres choses ledit Gabriel Alexandre est déclaré deuement atteint et convaincu d’avoir de complicité le jour de la Toussaints 1709 ouvert le tabernacle de l’église de St Martin de Vrigny et d’y avoir pris et vollé le Saint ciboire remply de deux hosties sacrées.

Pour réparation desquels crimes iceluy condamné à faire amande honorable nud en chemise la corde au col levant en sa main une torche ardante et ensuite estre attaché à un poteau avec une chaîne de fer et brulé vif et son corps réduit en cendres, Iceluy appliqué à la question ordinaire et extraordinaire pour avoir plus ample révélation de ses complices. Par lequel la cour a mis et met l’appellation au neant condamné ledit Gabriel Allexandre en douze livres d’amande envers le Roy, ordonné que ladite sentence sera exécutée en cette ville selon sa forme et teneur.

Nous nous sommes transportés en la chappelle de la conciergerie du palais ou se donne ordinairement la question, ou étant arrivés, nous avons mandé ledit Gabriel Alexandre, lequel nous ayant été amené par le concierge, nous luy avons fait faire lecture dudit arrest iceluy à genous et nue teste.


Apres quoy, nous avons procédé à son interrogatoire, après avoir pris son serment de dire vérité ce qu’il a promis faire, ainsy qu’il ensuit, iceluy assis sur la scellette Interrogé de ses nom, surnom, aage, qualite et demeure a dit s’appeller Gabriel Allexandre, filleur de laisne de la paroisse de Joué du Plain, aagé de soixante et huit ans.


-Interrogé où il fut à la messe le jour de la Toussaints mil sept cents neuf

-A dit qu’il fut ledit jour à la grande messe paroissialle de Joué du Plain, sa paroisse.


-Interrogé où il fut au sortir de la messe parroissialle de Joué du Plain

-A dit qu’il retourna chez luy


-Interrogé s’il ne sortit point ce jour la de la parroisse de Joué du Plain

-A dit que non


-A luy demandé pourquoy dans ces deux premiers interrogatoires il a dit qu’il avait été ledit jour de la Toussaints à la messe en la paroisse de Fleurey

-A méconnu avoir dit devant le juge de Falaise qu’il eut eté ledit jour de la Toussaints à la messe en la paroisse de Fleurey, persistant à dire qu’il fut a sa parroisse de Joué du Plain de laquelle il ne sortit point ce jour là


-Interrogé s’il ne donna point un morceau de pain à Jacques Clouet dit havard ledit jour de la Toussaints et une pièce de quatre sols

-A dit qu’il ne luy a jamais rien donné


-A luy représenté une image de Notre Dame de la Délivrande de luy paraphée et interrogé s’il la reconnoit et a qui il la vendu ou donné

-A dit qu’il reconnoit ladite image, laquelle il a vendu au neveu du curé de St martin de vrigny en ladite parroisse


-Interrogé quel jour il vendu ladite image

-A dit que ce fut le jour de Saint Martin de ladite année mil sept cents neuf


-A luy remontré qu’il ne nous dit vérité et que dans la confrontation qu’il a subi avec Charles Saulnier, il a convenu avoir vendu ladite image audit Saulnier dans la paroisse de St Martin de Vrigny ledit jour de la Toussaints mil sept cents neuf et qu’ainsy il ne dit vérité lors qu’il dit n’avoir sorti de sa parroisse de Joué du Plain ledit jour de la Toussaints.

-Exhorté de nous dire la vérité a dit qu’il n’a point vendu ladite image le jour de la Toussaints mais bien le jour de la Saint martin et que si on a employé le jour de la Toussaints on s’est trompé.


-Interrogé où étoit son fils Romain ledit jour de la Toussaints

-A dit qu’il fut ledit jour à la chapelle de Monsieur De la Motte Ango pour avoir sa part des aumones que Monsieur De la Motte Ango distribuoit ce jour là


-Interrogé s’il n’a jamais dit a quelqu’un dans l’armée qu’il avoit vollé un ciboire

-a dit que non


-Interrogé ce qu’il avoit dans sa poche gauche lorsqu’il fut le vendredy ensuivant ledit jour de la Toussaints chez Romain Lebeuf

-A dit qu’il avoit une pouche dans laquelle il y avoit quatre à cinq morceaux de pain et pour dix-huit deniers de chair cuitte


-Interrogé s’il n’est pas vray qu’il vit Jacques Clouet ledit jour de la Toussaints

-A dit que non


-Interrogé s’il n’est pas vray qu’il ne fut à la messe de Saint Martin de Vrigny ledit jour de la Toussaints que dans le dessein de voller le Saint ciboire

-A dit que non


-Interrogé s’il ne parla pas après la messe audit Clouet affin de veiller s’il ne viendroit point quelqu’un dans le temps qu’il entreroit dans l’église pour exécuter son mauvais dessein

-A dit que non


-interrogé si étant entré dans l’église et étant allé à l’autel, il ne tira pas un tiroir dans lequel étoit la clef du tabernacle à dessein de voller le Saint ciboire et les hosties sacrées après avoir pris la clef

-A dit que non


-Interrogé si après voller le ciboire et les hosties sacrées il ne mit pas la croix qui étoit sur le ciboire ainsy que ce qui le couvre sur l’autel

-A dit que non


-Interrogé s’il ne mit pas le Saint ciboire dans sa poche et s’il ne prit pas ensuite le grand chemin de Sées

-A dit que non


A luy remontré qu’il ne nous a dit vérité et qu’il est justifié au proceds qu’il a été le jour de la Toussaints mil sept cents neuf a la messe en la parroisse de Saint Martin de Vrigny, qu’il y porta des images et qu’il en vendit une six deniers au nommé Charles Saulnier, qu’il parla et engagea Jacques Clouet dit havard après la messe de faire le guet à la petite porte et veiller aux personnes qui pourroient venir à l’église dans le temps qu’il avoit résolu de commettre sa mauvaise action affin de l’en avertir, que pour cet effect il luy donna un morceau de pain blanc ainsy qu’il l’a reconnu lorsqu’il fut arresté chez le Sieur de la Fresnaye, qu’il luy promit aussy de luy donner une pièce de quatre sols, ce qu’il fit, que ledit Clouet le vit monter sur l’autel et prendre dans un tiroir les clefs du tabernacle qu’il ouvrit avec peine pour y prendre le ciboire dans lequel étoient des hosties sacrées, qu’après avoir pris le ciboire, il le mit dans sa poche avec la clef du tabernacle.


Exhorte de nous dire la vérité et ce qu’il a fait du ciboire et des Saintes hosties, a méconnu le contenu en la présente remontrance.


Lecture a luy faite de nos interrogats et de ses réponses et interpellé de déclarer si ses réponses sont véritables, s’il y persiste ou s’il y veut adjouter ou diminuer


-A dit que ses reponses sont véritables en tout leur contenu, auxquelles il déclare persister ny voullant rien adjouter, ny diminuer et interpellé de signer a dit ne scavoir écrire, pourquoy a fait sa marque ordinaire.


Louvel JP Dufour + F De Boutigny



Ce fait ledit Gabriel Alexandre déshabillé par le questionnaire, nous avons derechef pris son serment de dire vérité, ce qu’il a promis faire et visité par les chirurgiens et ensuite attachépar les poulces

-a dit : j’ay dit vérité

-a crié : miséricorde, Seigneur assistés moy ,vengeance sur les faux tesmoins


-levé et guindé

-a crié : ayés compassion, jesus maria ayés pitié de moy, ah, messieurs

miséricorde


-Interrog où il fut à la messe ledit jour de la Toussaints mil sept cent neuf

-A dit qu’il fut en sa paroisse de Joué du Plain et qu’il na point fait le vol et que s’il l’avoit fait il le diroit.


-Interrogé ce qu’il a fait dudit ciboire et des hosties sacrées et combien il y en avoit

-a dit qu’il n’a jamais vu ledit ciboire ny les hosties

et a crié : miséricorde ayés compassion de moy, je n’ay point fait ledit vol


-Interrogé s’il ne sortit point le jour de la Toussaints de sa paroisse de Joué du Plain

-A dit qu’il n’en sortit point


-Interrogé si lors qu’il fut arreté chez le Sieur de la Fresnaye, il ne convint pas avoir été le jour de la Toussaints à la messe en la paroisse de Saint Martin de Vrigny

-A dit que non


-Interrogé s’il connoit les sacristes de la parroisse d’Avenes1

-A dit qu’ouy et qu’ils s’appellent Legrand


-Interrogé s’il étoit en liaison avec eux

-A dit que non

-Interrogé s’il n’a point ouy dire que le ciboire d’Avenes eut été vollé

-A dit que non


-Interrogé s’il étoit en liaison avec Couture son beau-frère

-A dit que non et qu’il ne le connoisoit pas.


Descendu et les poids à luy appliqués

-A dit : ayés compassion de moy si j’avois fait ledit vol, je le déclarerois. Les faux

tesmoins sont cause de ma mort, jamais je n’ay commis ledit vol.


-Interrogé s’il n’a jamais eu de querelle avec les gens du sieur de la Fresnaye ou avec luy

-A dit que non et qu’ils ne luy ont jamais fait aucun mal


-Interrogé s’il n’a point sollicité ledit Clouet de parler à sa décharge

-a dit que non mais qu’il s’est seulement plaint de ce qu’il étoit un faux tesmoin


Levé et guindé avec les poids

-a crié : ayés compassion messieurs, jamais je n’ay fait ledit vol je meurs innocent vous ne voulés

que je déclare ce que je n’ay point fait


-Interrogé qui a vollé ledit ciboire

-a dit qu’il n’en a aucune connoissance

-a crié : je souffre innocemment, ayés pitié de moy messieurs


Les poids retirés et les flutes a luy appliquées

-a dit je n’ay point vu ledit ciboire

-Interrogé a dit que ledit clouet a fait ledit vol dudit ciboire ledit jour de la Toussaints pendant que luy, condamné, étoit à la porte de l’église pour prendre garde qu’il ne vint quelqu’un pour les surprendre


-Interrogé s’il étoit seul avec ledit Clouet

-a dit qu’ouy


-Interrogé a dit qu’il convient avoir été le jour de la Toussaints à la messe à Saint Martin du Vigny


-Interrogé a dit qu’il sortit après la messe ditte avec les autres de ladite église de Saint Martin du Vigny


-Interrogé a dit qu’au sortir de la messe il fut demander l’aumosne au curé de Saint Martin du Vigny


-Interrogé a dit qu’il donna un morceau de pain blanc audit Clouet


-Interrogé a dit qu’il promit et qu’il donna une pièce de quatre sols audit Clouet


Interrogé a dit qu’il entra par la grande porte dans ladite église de Saint Martin du Vigny


-Interrogé a dit qu’il resta à la porte de ladite église et que ledit Clouet entra


-Interrogé a dit que ledit Clouet étant entré dans ladite église, ouvrit le tabernacle et prit ledit ciboire qu’il voulut luy donner mais qu’il ne voulut pas prendre


-Interrogé a dit que ledit Clouet etant venu à luy avec ledit ciboire proche la porte de l’église où il étoit à faire le guet, il vit ledit Clouet, lequel mangea deux hosties qui étoient dans ledit ciboire en luy disant que le sacristin d’Avenes luy en avoit donné plusieurs autres à manger


-Interrogé a dit qu’après la messe ledit Clouet luy proposa de voller ledit ciboire pendant que luy feroit le guet à la porte de ladite église de Saint Martin du Vigny ce qu’il accepta

-Interrogé a dit que ledit Clouet après ledit vol porta ledit ciboire dans le cabaret de Saint Martin du Vigny qu’il croit estre seul dans ladite parroisse


-Interrogé a dit que ledit Clouet fut audit cabaret seul et que luy répondant fut demander l’aumosne chez le nommé Le Bret fermier du sieur de vines


A luy remontré qu’il ne nous dit pas vérité et qu’il n’est pas présumable qu’il ait donné du pain et une pièce de quatre sols audit Clouet pour n’avoir pas de part au vol dudit ciboire, exhorté de nous dire la vérité et ce qu’il a fait dudit ciboire, a dit qu’ila eté avec ledit Clouet dans une ferme qu’il croit appartenir au sieur de la Fresnaye dont il ne connoist point le fermier, proche l’église de Saint Martin du Vigny où étants ledit Clouet monta sur des pierres pour placer ledit ciboire dans un trou qu’on laisse ordinairement lorsqu’on construit une muraille pour y mettre des établis2 ledit trou étant à une muraille qui sert de cloture à ladite ferme à la hauteur de quatre a cinq pieds laquelle muraille est de bloc et ayant ledit Clouet mis ledit ciboire dans ledit trou, il le boucha d’une pierre


-Interrogé, a dit que ledit trou est à gauche dans ladite muraille à viron quinze pieds de la porte


-Interrogé quand ils avoient résolu d’aller reprendre ledit ciboire

-A dit qu’ils n’avoient point envie de l’aller reprendre


-Interrogé si Couet et luy étoient seuls dans l’église lorsque ledit ciboire fut pris

-a dit qu’il y avoit une personne lequel, aagé de viron trente ans et habillé d’une tirtaine rousse et une lingette rouge, monta de dessous les cloches ou il étoit vers l’autel et croit qu’il sortit par le guichet d’en haut pendant lequel temps ledit clouet travailloit à ouvrir le tabernacle


-Interrogé de quelle parroisse étoit ladite tierce personne et interpellé de nous dire son nom

a dit qu’il ne le connoissoit pas et depuis a dit que ladite tierce personne étoit son fils Romain


-Interrogé a dit que ce fut luy qui ouvrit le tabernacle et depuis nous a dit que ne pouvant ouvrir ledit tabernacle il appela ledit Clouet lequel étant venu ouvrit le tabernacle, prit le ciboire qu’il donna a luy répondant et ledit Clouet et luy descendants pour sortir de ladite eglise ledit Clouet prit de la main de luy répondant le ciboire et mangea les deux hosties qui y étoient


-Interrogé pourquoy ils n’ont été requérir ledit ciboire pendant les cinq semaines qu’il n’a point eté pris a dit qu’il n’a osé


-Interrogé où étoit sa femme et sa belle sœur ledit jour de la Toussaints

-A dit qu’elles étoient toutes deux à la Motte et déclare qu’il ne leur a jamais parlé dudit vol


-Interrogé s’il n’a pas sollicité ledit Clouet de parler à sa décharge

-A dit qu’il ne s’en souvient pas


Iceluy detaché de la question et a luy fait entendre qu’on ne peut plus luy remettre, nous luy avons fait lecture de nos interrogats et de ses réponces et interpellé de nous déclarer si ses réponces contiennent vérité, s’il y persiste ou s’il y veut adjouter ou diminuer et si ce n’est point la doulleur des tourments qui luy a fait dire ce qu’il nous a avoué contre la vérité, a dit que ses réponces depuis qu’il a eté appliqué aux flutes contiennent vérité aux quelles il déclare persister n’y voulant rien adjouter ny diminuer et que ce qu’il nous a dit n’est que pour la decharge de sa conscience et non pour s’éviter les tourments et interpellé de faire sa marque a dit ne la pouvoir faire ayant les doigts brisés des tourments, pourquoy nous avons signé à chaque page que nous avons cotté et à la fin aux termes de l’ordonnance.


Louvel JP Dufour F. De Boutigny


Soit communiqué au procureur général du Roy en la salle de la chapelle de la conciergerie du palais ce 19 decembre mil sept cent dix.


Louvel. JP Dufour


Le procureur général du Roy ayant pris communication des interrogatoires de question dudit accusé et de ses réponces

Requiert ledit Gabriel Alexandre estre repété sur sondit interrogatoire pour ledit recollement servir de confrontation aux contumaces

fait en la chapelle de la conciergerie, ce 19 décembre 1710.


De Houppeville.3




Notes :

1 Avoines

2 échafaudages

3 Texte conservé aux Archives de la Seine-Maritime. Relevé et transcris par Christian de la Hubaudière.