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Par : dozeville
Publié : 29 avril 2012

1739 - 1741 : Pluie, neige, gelée et sécheresse à Lonlay l’Abbaye

Landemore, un des vicaires de Lonlay, rapporte que l’évêque du Mans, face à la disette de fruits, blés et légumes, permet de manger de la viande en Carême...

Distribution de riz [1]

Cette présente année (1739) à été des plus mauvaise par

la longue cherêté des grains qui à duré toute l’année

d’où le peuple a été épuisé et sans ressource, nonobstant

les largesses de sa Majesté qui a fait distribuer par tout son

royaume du Riss, les pauvres de cette paroisse en ont

eu mille livres pour leur portion et part, 40 bosseaux du sarasin pour

ensemencer les terres des pauvres 42 bosseaux le tout du Roy.  [2]

Permission générale de manger de la viande en Carême [3]

Le Dimanche premier de Carême année présente

plusieurs Évêques de France ont permis dans leurs diocèses,

à cause de la disette et des malheurs de l’année

passée et de la rigueur de cet hyver de l’année présente qui

a été si rigoureuse qu’il n’est resté aucuns légumes, et qui

continue toujours, l’usage de la Viande, et entre autres

Monseigneur Charles Louis du Froullay notre Évêque du Mans

pendant les quatre premières semaines de Carême savoir

les dimanches, lundis, mardis & jeudis jusqu’au jeudy

dernier mars en lesquels on pourra manger de la viande à un

repas seulement, et ce en observant néanmoins le jeûne

commandé par l’église.  [4]

Pluies et froid [5]

Notés que cette année a été fâcheuse, stérile et tardive

ses saisons ont été incommodes par la durée du froid de l’hyver

et les pluies fréquentes et quotidiennes de l’été : elle a été stérile

par le très peu de fruits qui ont été rares depuis trois ans,

et par le peu d’autres grains et qu’on n’a pas recueilli en

leur tems, les bleds n’ayant été murs tout au plutôt au

commencement de septembre, et il y en à encore aujourd’huy

à sejer [6], et les sarasins ne sont nullement grenés ; unde

verba mea dolore sunt plena, ce quatorze de septembre

mil sept cent quarante.  [7]

L’église inondée [8]

que la rivière s’enfla tellement des eaux qui tombèrent

dimanche et lundy qu’il n’a pas été possible d’entrer en l’Église

depuis lundy au soir jusqu’à aujourd’hui vendredy vingt trois de

décembre que nous y avons entré quoyqu’encore toute pleine d’eau,

et y avons quatres prêtres de six que nous sommes célébré les divins

mysteres sans beaucoup d’assistans qui ne pouvoient passer dans les rües,

qu’avec des chevaux, l’eau étant encore tout autour de l’Église, excepté

du côté de la Chapelle St Julien par la porte de laquelle on

entroit dans l’Église ; l’eau y avoit renversé un banc, et étoit

montée sur le premier gradin du marche-pied du grand autel, avoit entré

dans plusieurs coffres et prsque dans les credences des deux chapelles.

Attesté ce vingt trois Xbre audit an 1740 -Landemore prêtre vicaire.  [9]

La charité des grands [10]

Observations de l’année 1740. comme les années précédentes ont

eu leur désagrément et leur stérilité soit à cause de l’abondance des

maladies comme celle de 1736. soit à cause du peu de fruits comme celles de

1739 & 1740. soit à cause de l’incommodité des chemins et de

l’abondance des eaux qui ont tombé dans toutes les saisons, sur

tout les cinq ou six hivers derniers, soit enfin par la modicité

des grains comme en 1739, ce qui causa une fâcheuse disette comme

nous avons fait remarquer dans cette année-là qui auroit fait

périr quantité de personnes mais sa Majesté fit de grandes largesses

et à son exemple les Princes, surtout Monseigneur le duc d’Orléans, se

signala par ses abondans aumônes, les Seigneurs Évêques dans leurs

diocèses repandirent leurs charités dans toutes les paroisses, celle-ci

eut 40 lt de la misericorde de Monseigneur de Froulay nôtre Evêque ,

les abbés ne furent pas moins touchés de la misère de leurs

peuples, jusqu’aux corps de justice se taxèrent à une certaine

somme chacun, pour entretenir une aumône publique dans

leurs villes, toutes sortes de communautés, les seigneurs et le

dames en firent à peu près de même : mais Dieu n’étoit

point encore content, ni sa justice satisfaite, elle a éclaté sur

les pêcheurs plus cette année qu’en toutes les dernières : d’abort par

un froid rigoureux et continuel de trois mois depuis le 7 ou 8

janvier jusqu’au 9 mars sans discontinuer, et après quelques

jours de modération vinrent des neges, frimas, & gelées abondantes

mais non continuelles qui perdirent la grande apparoiscance

de fruits que donnoient les bourgeons et les fleurs des arbres

ce qui causa qu’a peine les meilleurs habitans

et fermiers fissent deux tonneaux de boisson de leur fond. à

joindre que les pluïes qui commencèrent vers la sainte Anne au

mois de juillet, et continuèrent jusqu’après la St Michel ou St Luc

sans qu’il y eûssent 20 jours entierement sereins et ou il ne tombât

de la pluye, empêchèrent le peu de fruits de murrir (on ne les

cueillit gueres devant la Toussaint, et on les pila après, même les

lagues de brionne et bezis. Les pommes se seroient bien gardées jusque

à Pâque venant sans être trop murres.) On ne pût de même retirer

les grains de la terre, il y avoit encore des bleds à sejer au 15 de septembre

qui étoit pourri dans les champs, l’avoine qui étoit toute fauchée, l’étoit

aussi et germée, et la paille pourrie dans la récolte ne s’en fit

que vers la St Michel. Après ce tems là vinrent des neiges et

du froid avant la Toussaint, et un tems rude : et enfin pour finir

l’année comme elle avoit commencé arriva cette inondation qu’on

peut appeler déluge, qui ruina des villes entieres dans l’Europe.

A Rouen, dit on, il y eut plus de 60 000 personnes obligées de se refugier

dans les Couvents, à Paris l’eau entra dans plus de la moité des caves

de la ville, on n’alloit qu’en bateau dans les rües.  [11]

Et maintenant la sécheresse [12]

L’année dernière 1741 a été sèche et sans eau presque

toute l’année quoyqu’il tombât encore des neiges au mois d’avril.

La gelée y perdit tous les fruits futurs dans les lieux et vilages

situés en places basses et le long de la rivière . Les vilages élevés

eurent encore quelques poires. Il y eut peu de sarazins surtout

et les autres levées de gros grains fut aussi médiocre, le foin

fut clair, la chaleur quelque semaines excessive, il ni eut point

de maladie cette année que le flux de sang.  [13]

Notes

[1] intertitre ajouté

[2] (janvier 1739) Lonlay l’Abbaye -AD61 EDPT36/12 vue 32

[3] en marge du texte

[4] (mars 1740) Lonlay l’Abbaye -vue 61

[5] intertitre ajouté

[6] cueillir moissonner

[7] Lonlay l’Abbaye -vue 75

[8] intertitre ajouté

[9] Lonlay l’Abbaye -vue 83

[10] intertitre ajouté

[11] Lonlay l’Abbaye -vue 86

[12] intertitre ajouté

[13] Lonlay l’Abbaye -vue 112