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Par : dozeville
Publié : 5 décembre 2019

1708 Doléances du curé de Briouze

Dans cette courte lettre à l’évêque de Sées, en réponse à une demande de ce dernier semble-t-il, le curé de Briouze évoque des problèmes relationnels avec le seigneur du cru, le comte d’Orglandes. Il y ajoute les difficultés de ses paroissiens qui se voient interdire l’accès aux terrains communaux que le seigneur s’approprie.

Monseigneur,


Voylà un état des réparations de l’église et de la chappelle de Briouze1 tout affait conforme à la vérité.

Monsieur de Briouze qui est en possession de dire ce qui luy plaist pourroit peut estre tourner les choses autrement. Je le croy mesme capable de cela, après avoir été vous dire, Monseigneur, que je ne me nourris que de lait et de bouillie dans une crasse à faire mal au coeur.

Il est vray que je n’ay ni le bien ni l’inclination de tenir table ouverte à tout le monde. Je vis d’une manière convenable à un ecclésiastique mais je puis dire avec plus de sincérité que luy que ma table est plus propre que la sienne et qu’il n’y a pas encore longtemps qu’il ne la trouvait pas crasseuse ny luy, ny toutte sa famille. En vérié, Monseigneur, tous les honnestes gens qui connoissent mon ordinaire, ne peuvent pas concevoir comme un homme qui se veut qualiffier d’un rang distingué, a eu la faiblesse d’entretenir un prince de l’église de si grandes pauvretés.

Sans doutte, Monseigneur, il a voulu par là insinuer à votre grandeur que j’amasse de l’argent : tout le monde sçait le contraire et luy mesme en est convaincu. Il ne peut pas dire non plus que j’enrichis mes parents, on n’en voit pas plus icy que si je n’en avois point du tout. Que fais-je donc de mon revenu ? Il est juste, Monseigneur, que je vous en rende compte comme à mon véritable père. Mon nécessaire estant pris, je donne le reste aux pauvres de ma parroisse dont le nombre est très grand, et s’augmente encore journellement à mesure que Monsieur de Briouze fait enclorre les communes2 et qu’il prive par ce moyen tous les riverains du marais3 d’y faire aucunne nourriture, faisant tirer à coups de fusil générallement sur tout ce qui y entre, sans mesme épargner les chevaux.

Voylà, Monseigneur, sans aucun déguisement, l’usage que je fais du revenu de ma cure. Si votre grandeur trouve à y réformer, je m’y soumets volontiers et suis avec tout le respect et l’obéissance que je dois,


Monseigneur

Votre très humble et très obéissant serviteur

le curé de Briouze.

A Briouze, ce 30 juillet 17084



Notes :

1 Cet état n’a pas été conservé, semble-t-il.

2 Les terrains communaux. Chacun pouvait y faire paître un peu de bétail pour assurer sa subsistance. La plupart de ces terrains furent vendus lors de la révolution, ce qui n’améliora pas le sort des plus pauvres. Certaines communes ont encore de tels terrains (Par exemple à Goulet).

3 Le marais du Hazé qui subsiste encore en partie. On y extrayait aussi de la tourbe.

4 AD61 G1020