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Par : dozeville
Publié : 16 mai

1768 Les pauvres de Moncy

En 1768, l’abbaye de Cerisy-Belle-Etoile donne des secours aux pauvres de Moncy. Le curé réagit.

Deux ans plus, le vicaire de Moncy a changé : il appelle au secours la même abbaye.

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Les vestiges de l’Abbaye de Cerisy-Belle-Etoile
le cloître

Lettre de J. Corbé, curé de Monci au prieur de Belle-Etoile : (1er juin 1768).


« Vous me faites l’honneur de m’écrire qu’étant mieux informé que par moi, vous avez sçu qu’un grand nombre de pauvres d’icy alloient à votre porte où vous leur faites l’aumône. Ne trouvez pas mauvais que je vous représente que si ce même morceau de pain qu’ils reçoivent à deux lieues d’ici, ils le recevaient ici, ils seraient moins distraits de leur travail ; ils ne perdraient pas quatre à cinq heures de temps et n’useraient pas leurs hardes ;

2° que j’ai plusieurs pauvres, vieux ou infirmes, incapables d’aller profiter de votre charité. Le roi d’ailleurs ne veut pas que les pauvres s’éloignent de leur domicile.

Enfin ce ne sont pas encore tant trois ou quatre mendiants, tout au plus, que nous avons en Moncy qui m’ont touché et engagé à vous demander quelques aumônes, dans un temps où ils n’ont point de curé et dans une cherté si grande, mais ce sont une infinité de pauvres honteux qui, n’ayant jamais demandé, souffrent plutôt beaucoup que de se déclarer, ce sont des familles d’honnêtes gens qui travaillent encore de leur mieux, mais qui, dans leur travail ne trouvent pas assez de ressources pour soutenir quantité d’enfants, les vivres étant si chers » .


Lettre de Duhamel, vicaire de Monci, au prieur de Belle-Etoile/ (26 mai 1770).


« L’extrême pauvreté et la misère où sont réduits les pauvres de Moncy, jointe à l’impuissance de pouvoir les soulager m’obligent de frapper à votre porte, pour vous supplier au nom de Jésus-Christ de jeter un regard de commisération sur un grand nombre de malheureux qui périssent. Je puis vous dire que je n’oserois plus entrer dans un grand nombre de maisons sans être touché jusqu’aux larmes de l’état pitoyablc dans lequel sont réduits quantité de misérables sans pain et chargés de malades et d’infirmes.

M. le curé, qui est dans son pays, a fait l’impossible pour leur fournir quelques secours ; il a fait distribuer du sarrazin toutes les semaines à plusieurs familles. I1 m’a encore laissé en partant un mémoire de ceux à qui j’en ferois donner quelques mesures, mais enfin les fonds sont épuisés et la misère augmente tous les jours.

On ne trouve plus de bled chez les fermiers. M. de Vassy a demandé lui-même un catalogue des pauvres de Moncy. M. le curé lui en a envoyé un et aussitôt sa main libérale a fait donner deux louis, quoiqu’il ne dépouille pas un grand terrain dans la paroisse.

J’espère que vous ne vous refuserez pas à des besoins si pressants. Mon cœur vous les expose plutôt que ma plume1  ».

*


Note :

1AD61 H327

(actes signalés par Denise Nosal - cité dans l’inventaire des Abbayes par Louis Duval, archiviste de l’Orne)