Vous êtes ici : Accueil > Transcriptions de textes > Vie quotidienne > 1716 Réglement de comptes en forme de testament d’un chirurgien (...)
Par : dozeville
Publié : 16 avril

1716 Réglement de comptes en forme de testament d’un chirurgien d’Argentan.

Un très vieil homme, qui mourra deux ans plus tard à Madré, presque centenaire, règle ses comptes avec sa très nombreuse famille (une quinzaine d’enfants en deux mariages).

Il vit mal son exil de sa ville natale après de fausses promesses d’accueil. C’est donc un nouveau document sur le thème de la vieillesse.


In nomine domini


Aujourd’huy, vendredi dixe jour de janvier, l’an mil sept cents saize avant midy, au presbitaire de Madré, parroisse dudit lieu.


Fut présent en sa personne Maître Anthoinne Boirel, aagé de plus quatre vingt quatorze années et plus, cy devant Lieutenant de Monsieur le premier chirurgien du roi pour les villes et vicontés d’Argentan et Hiemes Exmes, demeurant à présent au presbitaire dudit Madré, lequel, après avoir rendu grâce à Dieu, le créateur du ciel et de la terre, à Jésus Christ, son fils unique, au Sainct Esprit, à la glorieuse Vierge, à Sainct Michel, arcange, à Sainct Anthoine, son patron, et à toute la cour céleste du paradis, de vouloir avoir pitié de son âme estant séparée de son corps et de ses saintes résolutions qu’il a prises, scachant que la mort est certaine et l’heure d’icelle incertaine, a eu, révoquant tous testaments holographes et autres qu’il auroit pu faire et escrire, a resté1 et disposé de ses affaires en vue d’obtenir le pardon et rémission de ses faultes et donner la paix à ses enfans et petits enfans et ne point contrevenir à la loy et d’entretenir la paix et leur oster toute occasion de procéz …. de leurs biens et de leur salut, leur souhaitant toute amitié en la manière qui ensuit :

Premièrement, ledit sieur Boirel a déclaré et déclare présence de Maîtres Gilles Prodhomme, prestre, Michel Ernoul, ausy prestre et Maître François Geslin, ausy prestre de ladite paroisse de Madré, pris pour tesmoings idoines et non légataires qu’il donne sa vie à la mort, son corps à la terre, son âme à Dieu, son créateur et rédempteur, suppliant la très saincte vierge Marie, Sainct Pierre, et Sainct Paul et sainct Anthoine, son patron, d’intercéder pour la rémission de ses fautes, et tous les saincts et sainctes qu’il prie d’intercéder pour luy.

Qu’il laisse à la religion2 de Maître François Boirel, prestre, curé dudit Madré, son fils, de destiner le lieu de sa sépulture et de disposer de sa pompe funèbre au cas qu’il décède audit presbitaire ou parroisse dudit Madré, l’invitant de luy faire célébrer le plus de messes et le plus promptement qu’il poura faire, désirant estre mis en la confrairie et charitéz des prestres de la ville d’Argentan. Et à ces fins, pour donner aux pauvres, nécessiteux et honteux une somme de cent dix livres qu’il percevra des premiers revenus du peu de bien qui reste audit sieur testateur, après que ledit sieur curé sera remply de ce quy luy est deub.

Qu’il veut et entend que l’acte arresté en forme de compte entre luy et ledit sieur curé, son fils, soubs leurs signatures privées portant datte du sixe de mars de l’année dernière mil sept cents quinze, que ledit sieur testateur approuve et ratifie en tout son contenu selon sa forme et teneur, circonstances et dépendances et qu’il soit exécuté en son intégrité, estant sincère, juste et équitable par tous ses héritiers qui par eux en cognoissent la vérité et le peu que ledit testateur a esté à leur charge et tousjours à celle dudit sieur curé, son fils, dont Dieu en soit la récompense.

Que pour raisons connues audit sieur testateur quy n’estoient que pour empescher les constestations et proçèz entre ses enfants du premier et second lict, il recognut par le contract de vente de la terre de Chesnedouit3 du dix huite jour de juin mil six cents quatre vingt quatorze devant Pierre Gaultier notaire pour le siège d’aunou, viconté d’Argentan, il passa plusieurs déclarations qui sont autant davantages indirects et deffendus par la loy, à la quelle il n’a pas et n’entend contrevenir :

-la première est que sans cause et sans fondement ny titres de la part de Messire Jacques de Droullin, écuyer, seigneur d’Euvigny, qui loin d’estre son créancier, estoit son débiteur, il a donné et acquité cinquante cinq livres onze sols de rente et deux années d’arrérages par le prix et somme de onze cents trente et deux livres dix sept sols et supposé pour ce, un contract soubs fait privé, mesme quatre cents cinq livres pour recognoissance et frais faits en justice qui n’ont jamais esté sincères et véritablement fait. Et ainsy la part en doit estre restituée avec les fraits et inthérest à ses autres enfans, tant du premier que second lict par les représentants le premier lict, acquéreurs et possesseurs de ladite terre.

-la seconde est que il supposa4, pour les autres rentes, plusieurs années d’arrérages deues à ses créanciers, il donna à sondit fils à acquiter qu’il ne devoit point. De plus, recognoist avoir envoyé dans une lettre à monsieur Voile une quitance de cent trente livres pour son petit fils curé d’Argentan, soubz l’espérance que ledit sieur curé luy avoit donné de le prendre chez lui et de le retirer de Madré quy regardoit dans ce moment comme son exil et d’avoir la somme de vingt livres qu’il prioit le sieur Voile de luy faire donner par sondit petit-fils, luy promettant de luy envoyer encore d’autres quitances, mesme plus grandes et telles qu’il les souhaiteroit. La vérité est cependant telle qu’il n’a touché aucuns deniers desdits cent trante livres, non plus que des vingt livres. Et le sieur Voile ainsy que le sieur curé ont trop d’honneur et de religion pour oser soustenir le contraire et vouloir luy faire passer ces sommes en compte. En outre recognoist qu’un certain billet de soixante et dix livres du fait du sieur curé de Madré, son fils, au profit de ……… Pierre Boirel, son fils aisné au bas duquel il avoit consenty le payer ou compenser à sondit fils, estoit pour sa propre debte et non pour celle dudit curé de Madré, et pourquoy il desclare l’avoir compensée dans les comptes qu’il a, faisant ledit feu sieur Boirel ou ses enfants, sans doute5 que ledit sieur curé d’Argentan et ses frères, petits fils du testateur osassent dire ou soustenir le contraire qu’il leur soit à la perfection ayant trop d’honneur et de religion qu’il leur soit à la perfection.

Que pour son lict, hardes et linges quy seront tous les meubles qu’il peut avoir chez ledit sieur curé de Madré sont de peu de valleur, avec lequel il n’a jamais fait, ny eu aucunne communité6 de biens, il veut qu’ils soient vendus ainsy que le peu de livres qu’il peut avoir ausy et l’argent donné aux pauvres de la paroisse de Madré et employé à faire prier Dieu pour le repos de son âme comme ausy ledit sieur testateur demande et veut qu’il soit donné la somme de dix livres aux pauvres honteux d’Argentan, et laquelle somme sera prise chez la veuve Durand sur ce qu’elle peut luy devoir, comme est et cy devant dit.

Au surplus, se recommande aux prières de ses enfans et de ses amis à quy il souhaite une paix véritable ainsy que à Messire Louis Eudes sieur du Mézeray, son nepveu, quy7 supplie affectueusement de vouloir bien faire exécuter ledit présent testament en toute son son intégrité et sans y rien diminuer ny adjouter. Et donc du tout circonstances et dépendances8

Ledit testateur étans dans son lict malade, toutefois sain d’esprit et d’entendement, a déclaré estre sa volonté après luy avoir leu et releu de mo…9 autre qu’il a dit bien entendre. Présence desdits sieurs tesmoings, prestres dudit Madré à ce requis10.

 *

* *

Notes :

1 Pour arrêté ?

2 Ici : au soin de

3 En réalité, Chedouit, paroisse de Silly dans l’acte de vente (Aunou-le Faucon 4E2/20 vues 169 et sq.) Le lieu-dit n’est pas sur la carte IGN mais on trouve le ruisseau de Chédouit. Sur larte de Cassini, ce lieu est situé entre la Cochère et Viel Urou).

4 supposa = prétendit (en fait ce serait un faux ?)

5 ne doutant pas

6 communauté

7 qu’il

8 Formule juridique abrégée (minute)

9 Ici un pli malencontreux