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Par : dozeville
Publié : 12 mars

1765 Un fou errant à Passais

Délit de faciès, impéritie de la maréchaussée, rigueur de la loi, ce fou échappe de peu aux galères !

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Le vagabond
Jérôme Bosch - vers 1500

Le procureur du roy du bailliage

Remontre à Monsieur le Lieutenant général que le nommé Vivier, sergent de la paroisse de Passais auroit arrêté, à la clameur publique, un inconnu. Lequel par sa figure et ses habillements annonce quelque chose de répréhensible. Les déclarations du roy enjoignent aux prévost des maréchaussées de veiller et de faire les recherches de tous les gens dépourvus de tous certificats, passeports mais la brigade xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx de maréchaussée composée de cinq, soumise à l’ordre du sieur grand prévôt d’Alençon qui jusqu’ici a toujours marqué et fait voir une négligence outrée et qui ne fait aucune démarche puisque, journellement, les cavalliers qui la compose, au moindre bruit qui se passe dans la ville où aux écarts, s’enferment tous ensemble dans quelque endroit secret en sorte que quelque réquisition soit verballe ou autrement qu’on puisse leur faire, ils sont invisibles où s’excusent sur des affaires imaginaires. Mais comme cette matière reste à traiter dans un autre temps, le procureur du roy croiroit manquer aux devoirs de son ministère s’il ne veilloit et n’employoit tous ses soins xxxxxxxxxxxx pour réprimer tous les abus qui se commettent au sujet de la répréhension des vagabonds.


Le procureur du roy du bailliage

Requiert qu’il vous plaise vous transporter à l’heure qu’il vous plaira aux prisons royalles de cette ville pour faire prêter interrogatoire à l’inconnu qui a été incarcéré ce jourd’huy et l’interroger d’où il est, quel est son nom, de quel endroit il est sorty, s’il a été prisonnier, quel crime il a commis, s’il a été sentencé, flétry, s’il sest échappé des prisons, pourquoi et comment, quels sont ses complices, où ils sont, quel est son dessein, où il voulloit aller, qu’est-ce qu’il va faire de ses ciseaux, couteaux et rasoirs et autres instruments dont on l’a trouvé saisi, enfin où sont ses passeports, extraits de baptême et autres pièces qui pourraient servir à sa libération, pour après l’interrogatoire prêté et communiqué au procureur du roy, être par la suite par luy requis et conclus ce qui se trouvera appartenir.

Arrêté au parquet, ce huit juin mil sept cent soixante cinq.

Leroyer des Arcis


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le 9/6/1765

Interrogatoire par Louis Garnier, sieur de la Fosse, lieutenant civil, assesseur criminel au bailliage royal de Domfront.

-Interrogé de son nom, surnom, âge, qualité, demeure et de sa religion.


- A dit et répondu qu’il s’apelle Pierre Fournier, âgé de soixante ans ou environ, demeurant audit bourg de Poligny, province de Bretaigne, de la religion catholique, apostolique et romaine.

-Interrogé s’il sçait pourquoy il a été arresté, d’où il venoit et où il alloit et quels sont ses associés.


- A dit et répondu qu’il ne scait pas pourquoy on l’a mis en prison, venait d’Alençon et qu’il s’en retournoit chez lui et n’a aucun associé.

-Interrogé où il a esté aresté et de quelle profession il est.


- A dit qu’il a été arresté du costé de Passais dans un champ de gueret et qu’il est tailleur de pierre à rasoir et qu’il en a aussy fait à feu.

-Interrogé depuis quel tems il est sorty de son païs, pourquoy il en est sorty et quel est le lieu de sa naissance.


- A dit qu’il y a environ un mois qu’il est sorty de Poligny et qu’il en est sorty pour aller chercher de pierre propre à tailler et qu’il est natif de Poligny

- Interrogé et sommé de nous dire quelle conduitte il a tenu depuis dix ans.


- A dit et répondu qu’il s’est toujours promené par les villes en vendant des pierre à raisoir et qu’il a été du costé de Nantes, de Vannes et ailleurs.

-Interrogé si la véritté n’est pas qu’il a été incarcéré, et où il a été, quel crime il avoit commis et par quel hazard il en est sorti.


- A dit et répondu qu’il a été incarcéré à Guere, petite ville [de] l’autre costé de Poligny, qu’il l’a encore été …... pour avoir tantôt brûlé des ruches de mouches à miel et tantôt pour avoir mandié.

Et qu’il est sorty des prisons de Geret après avoir creusé les murs de sa prison de nuit, et de celles de Saumur, qu’il en est sorty après avoir couppé ses fers ou plutôt détachés de ses jambes et après les avoir jettés dans des latrines avec plusieurs personnes qui étoient venus le voir.

-A luy représenté qu’il ne nous dit pas la vérité vu qu’on ne luy auroit point mis les fers aux pieds pour avoir brûlé des ruches de mouches à miel ou pour avoir mandié.

Et sommé de convenir avec nous qu’il a été sentencié comme bany de son [païs] ou envoyé au galère, flétry ou marqué, qu ‘elle étoit déffinitivement la nature de son crime, qu’ils etoient pour lors ses associés, qu’est-ce qu’ils sont devenus et qui sont ceux qu’il a plus particulièrement fréquenté depuis ce tems là.


- A dit et répondu n’avoir point commis d’autre crime … qu’il ne se souvient point d’avoir été sentencié, bany de son pais ny envoyé au galère et n’a jamais eu d’associés et par conséquent n’a eu d’habitude criminelle avec qui que ce soit.

-Interrogé s’il a son père, comment il s’appele, le nom de son curé et celuy de ses plus proches parents, s’il est marié, s’il a des enfans.


- Dit qu’il y a longtemps que son père est mort, qu’il s’appeloit Pierre Fournier, que le curé de sa paroisse s’appele Luirel, qu’il a différents parents qui ne veulent pas le reconnaître quoy que cependant il ait été juge criminel et qu’il ait porté la robbes, qu’il a eu plusieurs femmes qui sont mortes, a eu des enfants, ne sçait s’ils vivent.

-Interrogé si la vérité n’est pas qu’il a été trouvé saisy de ciseaux, couteaux, rasoirs et autres différents ustensiles, où il les avoit pris et quel étoit l’usage qu’il en vouloit faire.


- A dit qu’il avoit deux rasoirs, un couteau, des siseaux et que c’étoit pour son usage particulier.

-Ce fait avons cessé d’interroger le répondant.

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Rennes 13/7/1765

Soussigné brigadier de la maréchaussée de Bretagne raporte… m’être transporté au bourg de Poligné pour vérifier si le nommé Piere Fournier, prisonnier à Domfront qui a été arrêté vagant est natif de Poligné comme il l’a déclaré… A cet effet je me suis adressé aux nommés Jean Gautier, ancien trésorier, Joseph Hard, Joseph Hirel, Julien Heudiard et Julien Létel, tous domicilés du bourg de Poligné, lesquels m’ont déclarés bien connoître le dit Pierre Fournier pour être de la paroisse et pour un fort honnête homme, m’ont déclarés que depuis années la teste avoit tourné audit Pierre Fournier ce qui le faisoit ainsy courir et vaguer….


Buis

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Le 27/7/1765

Le procureur du roy du bailliage royal de Domfront

Remontre à messieurs les officiers qu’en conséquence de l’interrogatoire que Pierre Fournier, retenu prisonnier comme errant et vagabond en aprêté et sur les réponses qu’il a fait. Il a fait les informations nécessaires pour se faire instruire du genre de vie dudit Fournier. Il paroit les lettres et certificat ci-joint que ledit Fournier est un homme qui a perdu l’esprit quoique cependant malicieux, mauvais et mal intentionné. Il paroit par le certificat qu’il y a très lontemps que ledit Fournier est errant et vagabond et que l’on ignore dans son pays quels crimes il auroit commis depuis son départ de chez luy. Les édits et déclaration de sa majesté ordonnent que ces sortes de gens seront arrêtés et mis en maison de force. Il n’y en a aucune dans le ressort de ce bailliage, c’est pourquoy le procureur du roy conclus à ce que ledit Fournier soit condamné comme vagabond et errant aux gallères à perpétuité. Arrêté au parquet, ce vingt sept juillet mil sept cent soixanre cinq.

Leroyer des Arcis

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Le 3/8/1765

. Ordonnons que ledit Fournier sera élargi des prisons et conduit hors la ville avec déffences audit Fournier de reparoistre sur l’étendue de ce bailliage1...

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Notes :