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Par : dozeville
Publié : 13 février

1736 Un fou furieux à Domfront

La folie, un thème rarement abordé dans les archives, est ci-dessous décrite avec minutie.

Le fou dérange, il est peut-être dangereux et personne ne sait qu’en faire. Les autorités tentent donc de renvoyer le fou vers les voisins. Cela ne va pas sans mal : la maréchaussée elle-même renâcle à s’en occuper.


L’arrivée du fou furieux à Domfront


L’an mil sept cent trente six, le vingtième jour de

may, sur les cinq heures du soir

s’est présenté devant nous et en notre

hostel Jacques Fouré, aagé de quarante

cinq ans ou environ demeurant au lieu

de Collière, parroisse de Saint Front en qualitté de

journallier, lequel conduisoit avec une corde passée

par sous les bras, un homme nue teste, nue pied et

de tout le corps à la réserve d’un mauvais seac

qui le couvre depuis la senture jusque aux genou et

au environ. Lequel nous aurions remarqué en l’interogeant

être, par ses réponses, un homme furieux. Pourquoy

nous l’aurions fait conduire dans les prisons royalles

de cette ville pour après la déclaration dudit Fouré receue

et serment par luy préalablement presté, interogé

ledit homme inconnu ainsy qu’il conviendra.


Nous, Charles Robert d’Avenel, escuyer, seigneur et patron de

Saint George, conseiller du roy, lieutenant général au balliage

et pollice de Domfront, assisté de Maître Jean Gallery, notre greffier,

nous sommes transportés aux prisons royalles

en conséquence de notre ordonnance cy-dessus. Où étant

Jacques Fouré, aagé de quarante cinq ans ou environ,

demeurant en qualité de jardinier au lieu de Collière

parroisse de Saint Front, nous a déclaré, après serment

presté de dire véritté, avoir trouvé l’homme à luy

inconnu assis entièrement nud contre la porte de

la chapelle dudit lieu de Collière à la porte de laquelle

chapelle, il y a une pépinière. Lequel inconnu

seroit ensuitte monté avec une échelle qui sert pour

entrer dans le clocher de ladite chapelle où il y a une

aurloge, et auroit cassé la porte, détaché les contrepois

de l’aurloge, jetté les corde y servant dans laditte

pépinière. Auquel moment Simeon Manoury, fermier

de la Roullière, et la famme de Pierre Leprovost, fermier

de la Basse Cour, auroient fait leurs efforts pour

empescher ledit inconnu d’entrer dans ladite chapelle

nonobstant quoy il y seroit une seconde fois rentré

et, étant de sorty, est arrivé ledit Fouré qui s’est saisy

et lesdits cy dessus denommés l’auroit lié avec la même

corde qui l’a amené présentement devant nous,

nous déclarant qu’il ne l’a fait que pour évitter les

facheux accident qui pouvoient arriver par de pareils

furieux vagabonds


Un témoin de la Ferté Macé raconte :


Il a vu l’homme inconnu il y a environ quinze jours, vêtu de veste et de culotte seulement. Il luy paraît être fou par les extravagances qu’il faisait. Quelques jours plus tard, l’inconnu parut dans le bourg de la Ferté-Macé tout nu. Il était entré avec furie dans la maison du sieur du Parquet Là, il se serait emparé d’un fusil sans cependant faire de mal comme le bruit en a couru dans le bourg de la Ferté-Macé. Après cela il fut incarcéré dans les prisons et le lendemain conduit à trois lieues de la Ferté.



L’interrogatoire de l’inconnu


-Intherogé de son nom

-Il a répondu avoir pour nom Jean Lair fils de Jean Lair et de Michelle Goupil demeurant, avant sa détention, dans la paroisse de Combourg, évêché de Saint Mallo, aagé de quarante trois ans ou environ et avoir été pendant trois ou quatre mois chez le sieur Dupuy à Edel en Bretaigne et qu’il est de la religion catholique et romaine.


-Intherogé pour quel raison, il a sorty de chez luy, lequel métier il faisoit auparavant ?

-A répondu qu’il étoit sorty pour rien et qu’il n’avoit plus rien, qu’il cherchoit à gaigner sa vie mais qu’il ne scavoit travailler ne sachant ce qu’il l’en empeschoit et qu’il faisoit le mettier de domestique ayant servy en plussieurs maisons et qu’il avoit été condanné aux Gallaires par le président d’Avranchespour avoir été trouvé saisy d’onze onces de tabac qu’il avoit achepté à bon marché pour s’en servir


-Intherogé pourquoy il marchait tout nud ?

-A dit et répondu qu’il n’étoit pas besoin d’habit pour allertrouver son dieu et qu’il s’étoit trouvé hier dans un endroit où il y avoit une églize et l’ayant trouvée fermée, il avoit monté avec une échelle au clocher, enfoncé la porte et monté sur l’aurloge, pris les cordes et qu’il voulloit s’en servir pour pendre c’est bougres là et que Gillot, le boureau, l’avait amené lié avec une corde.


-Intherogé pour quel raison, il voulleut frapper et maltraitter plusieurs personnes en courant par les bourgs et villages et entré par force dans les maisons ?

-A dit et répondu qu’il ne pouvoit pas batrre personne qu’avec son cul, n’ayant ny verges, ny bâton.



Le vingt-deux mai,

le procureur du roi requiert que ledit Jean Lair, veu ses extravagances et furies et sa déclaration d’être de la parroisse de Combourg, évesché de Sant Mallo qu’il soit conduit par la maréchaussée de cette ville jusque dans la ville de Mortain pour le garder et en faire ce qu’ils jugeront à propos. A laquelle fin, il soit enjoint à laditte maréchaussée de cette ville de mettre la sentence qui interviendra, à exécution dans les vingt quatre heures.


Le vingt-six mai,

sur les plaintes continuelles faite au procureur du roi par le geôlier et la geôlière de cette ville qu’ils souffrent continuellement par les fureurs et emportement de Jean Lair, jugé à être conduit par la maréchaussée de cette ville jusques dans la ville de Mortain,


L’advocat du roi réitère sa demande et ordonne à Robert Lecointre, cavalier de la maréchaussée de se saisir ce jour, sur le midy, [de] Jean Lair pour le conduire dans les prisons de Mortain sauf à la maréchaussée de Mortain à le reconduire à un autre maréchaussée pour le reconduire à Combourg, son origine, et y être ensuitte renfermé et gardé par ses parents pour évitter tous malheurs et accident pouvant arriver par les furies et l’emportement dudit Lair. Faute de quoi, l’advocat du roi consent que les prisons soient ouvertes à Jean Lair et, en cas qu’il arrive quelque accident ou malheur de la part de Jean Lair, la faute en sera imputée à la maréchaussée qui devrait veiller à sûreté publique par des visittes exactes et continuelles dans les paroisses de cette élection.1




Notes :