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Par : dozeville
Publié : 5 janvier

1753 Mauvais western entre Bernières-le-Patry et Truttemer-le-Grand

Les bras m’en tombent...

L’an mil sept cent cinquante trois, le vingt cinqe jour de juillet ….


Sont comparus Jean Renaut, marchand, fils de déffunt Guillaume, marchand, et Marie Queruel, son épouse, demeurants en la paroisse de Bernières.

Lesquels nous ont dit et fait plainte que le jour des rois, Jean Queruel fils Gabriel, domestique du sieur Dumont maître des eaux et forêt à Vire, ayant entré chez eux,et mit un fusil qu’il avoit, appartenant au sieur Dumont, entre les mains dudit Renaut à la charge de le porter chez le sieur de Sarcilly où il alloit faire à manger….


Étant dans le chemin qui gagne au logis Damphernet, lieu de la demeure dudit sieur de Sarcilly, il fit rencontre d’un particulier qui luy a dit s’appeler Mr Delalande, capitaine réformé, demeurant chez le sieur chevalier de Rabodanges, qui lui demanda pourquoi il portoit un fusil et qui lui donnoit la permission de chasser et sur ce que lui dit Renaut fit réponse ce n’étoit point le sien, qu’il n’étoit point chasseur, et qu’il portoit ce fusil au logis Damphernet comme il s’en étoit chargé et qu‘il s’expliqua appartenir au sieur Dumont. Ledit sieur Delalande ôta le fusil et, quelque prière que le plaintif lui put faire de ne le point casser, qu’il seroit obligé de le payer audit Dumont, en disant qu’il appartienne au diable s’il veut, le mit en quantité de morceaux qu’il jeta dans un bois à costé.


Le plaintif espéroit que ledit sieur Delalande se seroit contenté de ce fait mais - soit que ledit sieur Dumont en ait fait quelques remontrances tant audit sieur Delalande qu’audit sieur de Rabodanges qu’ils auroient pu avoir quelques égards pour luy en ne cassant point son fusil que le plaintif est obligé de payer – dimanche dernier, vingt deux de ce mois, environ cinq à six heures du soir, ledit sieur chevalier de Rabodanges fut à la porte de luy plaintif, en l’appellant par son nom. Il sortit de sa maison avec son chapeau à la main, le chevalier, et luy demanda ce qu’il souhaitoit de lui. Ledit sieur chevalier de Rabodanges, tout en colère, ayant un grand bâton à la main, lui dit « Vxxx, pourquoy n’ast-tu pas payé le fusil à Monsieur Dumont et pourquoy ne lui reportes-tu pas ? » Et sur la réponse que le plaintif et sa femme firent qu’ils ne l’avoient pas encore payé mais qu’ils y alloient aller dès le soir, le sieur chevalier de Rabodanges commença par frapper lui à coups de bâton et le poursuivit ainsy le long de la cour et lui mit en morceaux son bâton sur le corps et du restant, qu’il avoit encore à la main, en frappa de la même façon ladite Queruel.


Lui plaintif, à la faveur de quelques personnes qui se trouvèrent tout [près et sa femme, tout] meurtris rentrèrent cependant en leur maison [s’y estant enfermés] ledit sieur de Rabodanges [parvint] à la porte qu’il forçat en demandant une hache pour l’enfoncer et assassiner ledit plaintif. Ny pouvant réussir, voullut monter par la fenestre du grenier disant que ces Bxxx-là ne mouroient pas d’autre main d’autre main que de la sienne, qu’il les brusleroit plutôt dans la maison et que la vie dudit Renaut finiroit à l’instant et qu‘il alloit pour luy aider chercher son cousin Delalande, quitta un moment et s’en fut apparemment chez luy d’où il revint à l’instant avec ledit sieur Delalande, armés de chacun un fusil.


Luidit plaintif s’enfuit et la plaintive demeura vrayement(?) dans la maison qui par la grossesse ne pouvoit s’enfuir de même, et d’un autre costé chargée des coups qu’elle venoit de recevoir, l’en empeschoient, se contenta de pousser le vollet de sa fenestre au même temps que ledit sieur de Rabodanges y lascha son coup de fusil qui y a fait balle, croyant tirer et tuer l’un où l’autre, où mesme tous les deux. La plaintive trouva le secret de s’enfuir par une trappe qui descend dans la cave.


Pendant ce temps le sieur Delalande monta par la fenestre de la chambre de leur domicille et ouvrit la porte, qui était barrée par dedans, audit de Rabodanges. Étant entrés tous les deux, l’un monte au grenier et l’autre perquisitionne dans tous les endroits de la maison croyant trouver les plaintifs qui s’étoient enfuis, pour les tuer et massacrer comme ils s’en vantoient...


Les plaintifs demandent à être autorisés à faire la preuve de leur plainte par censure ecclésiastique. (Ce qui est accordé. L’expertise d’un chirurgien est jointe. La guérison des plaignants demandera au moins six jours).1


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Notes :

1AD61 28BP1/i

C’est malheureusement la seule pièce de ce procès qui est connue à ce jour.

Conservée à Durcet, cette pièce provient de Tinchebray comme attesté par l’autorisation de faire valoir les preuves datée du même jour.