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Par : dozeville
Publié : 16 janvier

1735 Plainte d’un sergent royal rossé

Les sergents royaux sont des auxiliaires de justice.

En Normandie, ils sont plutôt mal vus car soupçonnés de s’enrichir sur le dos des justiciables.

Ce Thomas Lemonier, qui rédige sa plainte lui-même, aime beaucoup les "s" quand il ne les oublie pas là où ils sont nécessaires.

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Fresque représentant un sergent à verge (au centre, tenant son bâton ou sa masse). Danse macabre de l’abbaye de la Chaise-Dieu, milieu du XVe siècle (photographie de Jean-Pol Grandmont).

Monsieur le lieutenant général civil et criminel

au bailliage de Domfront


Supplie humblement Thomas Lemonnier,

sergeant royal en cette viconté

et nous remontre que le jour d’hier, estants

allé en la paroisse de Dompierre faire ses diligence

dont il étoit chargé et en s’en revenant, estants

sur la butte du pont de pierre, paroisse de Chancegray

où il marchoit son chemin pour venir en cette

ville, Maître François Decean, apotiquere,

qui s’en venoit avec luy avec plussieurs austres.

Lequel Decean, ayant avancé son chemin,

atendit ledit plaintif qui estoit desrière et luy dits

en arrivant : " Tu es un bougre de gueux et un bougre

de coquin, tu as travaillé contre moi à la requeste

d’un bougre de coquin ". En mesme tempts,

ledit Lemonnier luy dits : "j’ay né points travaillé

contre vous, que pour Villaire". A quoy a réparty

ledit Decean : "Va te faire f… Tay et luy tu es

deux bougre de gueux ensembles et tu n’es pas

de mon rends, ny quapable de me parler, tu est

un frippon, j’ay te faire pendre comme moulin"

et en mesme tempt disant ledit Decean aux

plaintif : "Il faut que j’ay te tue.

J’ayme mieux te tuer que de te faire pendre".

Et aux mesme tempts, iceluy Decean estants

monté sur un cheval se seroit aproché de luy et luy

auroit déchargé quantité de coups de la hante1

d’un fouet qu’il tenoit à la main, tant sur la

teste du plaintif que austres parties de son

corps, dont il est dangereusement blessé

ainsy qu’il le faira connoistre par le proçès

verbail des chirurgiens qui le pence et médi-

camente actuellement. Lesquelles viollence

et mailtretements furent faits ledit jour

d’hier, viron sur les six à sept heure du soir

par le dit Decean à la complicitté du jeune

fils de Pierre Lebouc, sellier en cette ville, lequel

auroit aussi frappé ledit Lemonnier de plussieurs

coups de baton sur la teste et austres parties de

son corps. Et comme telles injures et viollences

et mailtretements sont des plus punissables,

principallement en la personne d’un sergeant

qui fait le devoir de sa charge, lequel doit

dans se tempts estre sous la sauvegarde du roy

et protesctiont de sa justice, s’est pourquoy

offrant prouver tous les faits cy desus, mesme

que ledit Decean luy dits : "Bougre,tu ne mousras

jamais d’austres mors que de ma pard, j’ay t’en

avertis aujourdhuy."

Le plaintif demande à la cour que lui soit

………………...accorder mandement

pour faire venir tesmoings à bref jour

pour, par luy, en faire preuve et obtenir

ensuitte ses intherests qu’il estime à la

somme de mil livres et faire condamner les

coupables en telle peinne et amende qu’il plaira

à justice statuer...


Ce qui lui est accordé. (Manque le procès).2


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Notes :

1manche