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Par : dozeville
Publié : 8 août

1760 "Ensevelis dans le sombre de la nuit", des malfaiteurs s’activent à Messei

Une histoire savoureuse, quoique banale sans doute, et un moyen d’enquêter qui a disparu.

Du 15 juillet 1760


Le procureur du roy du bailliage d’Argentan qui a pris communication de la requête présentée par François Sauquet, notaire à Messey et de l’interrogatoire suby par ledit Sauquet

N’empêche que ledit Sauquet ne soit provisoirement renvoyé dans les fonctions ledit jour.


Boirel Du Perron


Du 21 juillet 1760


Le procureur du roy du bailliage d’Argentan remontre qu’il auroit rendu plainte en termes généraux contre des tapageurs et roudeurs de nuit qui insultent à main armée, au bourg et paroisse de Messey, les personnes de l’un et l’autre sexe, commettent des vols, se comportent avec indésence dansl’église et enfin sont devenus la terreur dudit bourg, il déposa égallement une affiche indésente, impie et scandaleuse, trouvée atachée contre un poteau au marché au marché dudit bourg de Messey, iceluy dans son plein court et demanda que de tous ces faits, il en fust informé extraordinairement avec réserve dans son réquisitoire du 27 juin dernier1.

Mais comme il fust impossible d’avoir révélation de plusieurs faits importants pour la poursuitte du procéz par tesmoins de certain et surtout de ceux que l’on pense avoir dérobé en les ensevelisant dans le sombre de la nuit, [le procureur requiert être authorizé à faire lire, publyer et fulminer les articles suivant la forme de monitoire tant dans la paroisse et bourg de Messey qu’en celle d’Echallou, St André de Messey, Notre Dame du Chatellier et la Carneille…


Article premier


1 Contre ceux et celles qui auroient connoissance que depuis un temps, certains quidans2 malfaiteurs, rodant la nuit armés de pistollets et de fusils dans la paroisse et bourg de Messey de Messey et circonvoisines, insultent les personnes de l’un et l’autre sexe et ne voudroient le déposer.


2 Contre ceux et celles qui auroient connoissance que lesdits quidans sont dans l’uzage d’attaquer, même pendant le jour et au sortir de l’office de l’église, les passans, les personnes du sexe en disant des chansons inffames et tenant des propos indécsents capable de faire rugir3 et en faisant des hues sur ceux qui ont le malheur de leur déplaire, même sur des personnes constituées en dignitté aux ordes sacrés et ne voudroient le déposer.


3 Contre ceux et celles qui auroient connoissance que lesdits quidans malfaiteurs ont été pluzieurs fois la nuit faire ouvri des auberges audit bourg et paroisse de Messey et ont forcé, le pistet sur la gorge, les aubergistes de leur donner à boire, en jurant, blasphémant, faisant tapages et cassant les vitres et ne voudroient le déposer.


4 Contre ceux et celles qui auroient connoissance que lesdits quidans ont porté la fureur ou des exés dans leur ivresse au point d’avoir voullu fendre la tête d’un enfant de six ans, ce qui seroit immanquablement arrivé sans un particulier qui para le coup de sons bras, dont il fut estropié pendant du temps et ne voudroient le déposer.


5 Contre ceux et celles qui auroient connoissance que certains quidans malfaiteurs ont passé la nuit par dessus le mur d’un jardin et auroient vollé les fruits et légumes dudit jardin et ne voudroient le déposer.


6 Contre ceux et celles qui auroient connoissance que lesdits quidans auroient été de nuit à une maison scituée au bourg de Messey et auroient enfoncé la muraille en arrachant les lattes et torchis pour entre dans l’apartement d’une fille à desein de l’insulter et ne voudroient le déposer.


7 Contre ceux et celles qui auroient connoissance que lesdits quidans auroient été de jour, de desein prémédité, chez une femme de la paroisse d’Echallou et l’auroient insultée dans sa maison de façon à mettre le comble à la brutalité de leur passion, sy ladite femme n’avoit été secourue par du monde qui vint à ses cris et ne voudroient le déposer.


8 Contre ceux ou celles qui auroient connoissance que certains quidans et même gens en place se comportent avec indésence dans l’église dudit bourg et paroisse de Messey, pendant l’office, causent, riant et badinant même pendant la consécration, ce qui auroit causé un grand scandalle dans ladite paroisse et ne voudroient le déposer.


9 Contre ceux ou celles qui auroient connoissance que certains quidans et gens en place auroient voully de force, exiger que le pain bény leur soit présenté par préfference à l’églize, qu’à cet effet, ils auroient menacés les sacristes de les maltraiter sy ils ne le faisoient pas, ce qui auroit été cause que lesdits sacristes auroient été obligés de laisser le panier au pain bénit sur le banc de l’oeuvre sans oser le distribuer, ce qui auroit occazionné du tumulte dans l’églize et ne voudroient le déposer.


10 Contre ceux ou celles qui auroient connoissance qu’un certain quidam auroit par ses déportements et viollences dans le lieu saint empêché une distribution qui se fait ordinairement en faveur des pauvres de ladite paroisse et bourg de Messei4, se sorte que les assistants, scandalisés, furent obligés de se retirer et ne voudroient le déposer.


11 Contre ceux ou celles qui auroient connoissance qu’une personne constituée en dignité aux ordres sacrés auroit fait plusietrs fois des remontrances auxdits quidans sur leur libertinage, ce qui auroit tellement egry lesdits quidans contre ladite personne constituée en dignité dans les ordres sacrés, que depuis le temps,ils auroient cherché en touttes occazions d’attenter à la vie et ne voudroient le déposer.


12 Contre ceux ou celles qui auroient connoissance qu’un desdits quidans auroit dit, en parlant de ladite personne constituée en dignitté aux ordres sacrés, qu’il ne mouroit jamais d’autre main que de la sienne et que s’il ne le rencontreroit nul part, ils meteroit trois lingots dans son fusil et le tireroit à l’otel et ne voudroient le déposer.


13 Contre ceux ou celles qui auroient connoissance que le 28 octobre 1758, jour et fête St Simon et St Jude lesdits malfaiteurs auroient posé une échelle contre la porte de la sacristie de Messey et auroient attaché à un des échelons de ladite échelle une grosse pierre de la pesanteut de 20 livres afin que lesdites personnes constitués en dignitté aux ordres sacrés, sortoit par ladite porte et fussent

écrasés par ladite pierre et ne voudroient le déposer.


14 Contre ceux ou celles qui auroient connoissance qu’un particulier fut ouvrir laditte porte et grièvement blessé de ladite pierre, ce que voyant lesdits quidans malfaiteurs, ce que leur coup étoit manqué, ils posèrent une autre fois laditte échelle contre laditte porte, et ne voudroient le déposer.


15 Contre ceux ou celles qui auroient connoissance que lesdits quidans auroient été exités, par une personne en place dudit bourg et paroisse de Messey, à invectiver et insulter ladite personne constituée en dignitté aux ordres sacrés et ne voudroient le déposer.


16 Contre ceux ou celles qui auroient connoissance que ladite personne en place auroit donné des marques non équivoques à ladite personne constituée en dignitté aux ordres sacrés et ses mauvaises dispositions à son égard, tantost en l’insultant verballement, tantost en portant son couteau à son visage en forme de razoir et disant aux gens de ladite personne constituée en dignitté aux ordres sacrés : « Dis à ton maître que mon couteau ne couppe plus, qu’il m’envoye un de ses vieux razoirs... » et ne voudroient le déposer.


17 Contre ceux ou celles qui auroient connoissance que qu’un desdits quidans étant devant la porte d’une certaine personne en place dudit bourg, en voyant passer le domestique de ladite personne constituée en dignitté aux ordres sacrés, luy dist : « Les armes de ton maître sont-elles prestes, qu’il ait soin de les tenir en bonétat », qu’un autre quidam, dans un autre jour,auroit frappé ce mesme domestique qui passoit son chemin tranquillement, et enfin qu’un desdits quidans malfaiteurs auroit tiré un coup de pistolet sur une personne également constituée en dignitté aux ordres sacrés qui venoit d’administrer les sacrements de façon que la bourre tomba à ses pieds et ne voudroient le déposer.


18 Contre ceux ou celles qui auroient connoissance que, la nuit du vingt sept au vingt huit mars dernier, certains quidans auroient été au présbitaire dudit bourg et paroisse de Messey dans un mauvais dessein, auroient appellé le maître de la maison par son nom simple, sans l’adjectif de politesse ordinaire … sous le nom de Monsieur et ne voudroient le déposer.


19 Contre ceux ou celles qui auroient connoissance que, voyant qu’on ne voulloit ny paraistre, ny parler, un desdits quidans seroit monté par une petite allée ou venelle qui est entre le presbitaire et la grange à une fenêtre qui donne sur cet endroit et se seroit mis en devoir de l’enfoncer, mais qu’il seroit tombé dans laditte allée ou venelle, ayant manqué de prise et ne voudroient le déposer.


20 Contre ceux ou celles qui auroient connoissance que d’avoir vu l’habit, la veste et la calotte dudit quidam lavés et exposés le lendemain à sa fenêtre pour sécher, parce qu’il y a beaucoup de boue et d’eau dans laditte allée, ou venelle, po ledit quidan étoit tombé et ne voudroient le déposer.


21 Contre ceux ou celles qui auroient connoissance que certaines personnes auroient reprochés auxdits quidans cette action, à quoy ils auroient répondu qu’il s’en f… et qu’ils auroient la vie de laditte personne constituée en dignité aux ordres sacrés et ne voudroient le déposer.


22 Contre ceux ou celles qui auroient connoissance quele samedy dix juin dernier, on auroit affiché au poteau de la halle dudit bourg et paroisse de Messey, une effigie où l’on voit une potence et un prestre qu’un bourreau pend, à costé dudit prestre une étolle, sous ses pieds un bonnet carré, au pied de laditte potence, un autre prestre à genoux, un flambeau à la main, un peut plus loing, un calvaire au pied duquel est encore un prestre à genoux, une torche à la main, ayant une corde ou chaine au col tenue par un boureau et à costé, un peu au dessus la figure d’un plat à barbe, d’une savonnette et d’un razoir ouvert et ne voudroient le déposer.


23 Contre ceux ou celles qui auroient connoissance des autheurs de laditte éffigie pour l’avoir vue placer, faire ou avoir fourny le crayon ou la coulleur, scavoir la maison où elle a eté fabriquée et enfin avoir connoissance directement ou indirectement concernant laditte effigie et ne voudroient le déposer.


Enfin, contre ceux ou celles qui auroient connoissance qui auroient connaissance qu’un certain quidan en place dudit bourg et paroisse de Messey auroit demandé à voir l’effigie, que, lorsquelle luy fut portée, il l’auroit examinée attentivement, et sur ce qu’on luy demanda ce que signifioit le plat à barbe, la savonette et le rasoir, il se mit à rire et répondit : "Ne savés vous pas que c’est le devise"5 et ne voudroient le déposer.


Et générallement, contre ceux ou celles qui auroient connoissance des faits cy-dessus relatés en circonstances et dépendances, soit pour l’avoir veu, seu connu, oui-dire ou aperçu et ne voudroient le déposer.6 7


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Notes :

1 Ce réquisitoire n’est pas dans ce registre dit "du parquet"

2Pour "quidam" : homme dont on ignore ou tait le nom.

Grâce à ce monitoire, on espère que des témoins se déclareront (sous peine d’excommunication – mais ils seront seuls à le savoir sauf confession-). Les témoins ainsy trouvés seront interrogés au "secret de justice" et nommeront les accusés sans être influencés.

3 rougir

4 Cette distribution, suite à une fondation, est très documentée (voir le registre AD61 G1325)

5Cette devise, peut-être en forme de rébus, semble désigner un personnage connu de Messei mais lequel ?

6 AD61 4BP205 vue 26

7 L’affaire se poursuit : le 10 décembre le prieur de la Carneille n’a toujours pas publié le monitoire. Il prétend l’ignorer. A la seconde requête du tribunal, s’il a fait publier le monitoire, il fait envoyer pars son vicaire une "lettre écritte dans un stille qui décèle un desein prémédité d’insulter justice de la façon la plus indésente."

Cependant, la suite, s’il y en eût, ne figure pas dans ce registre extrait d’un fond non classé.