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Par : dozeville
Publié : 21 novembre 2016

1774 Enfant abandonné à Nonant-le-Pin

Ce texte extrait d’un registre paroissial présente l’avantage d’expliciter toutes les phases de la découverte et de la prise en charge d’un enfant trouvé.

La communauté villageoise accepte, comme allant de soi, de prendre en charge cet enfant après quelques vérifications et précautions :
- les circonstances et les témoins de la découverte
- la référence à l’autorité locale (ici : le curé)
- l’examen minutieux des hardes et du linge pour savoir si l’enfant est baptisé (raison officielle) mais aussi sans doute pour essayer d’identifier sa mère
- l’examen "médical"
- la convocation de l’assemblée des habitants, nécessaire pour la prise en charge financière des soins de l’enfant.

L’an mil sept cens soixante quatorze, le sammedy deuzième

jour d’avril, à une demie heure de matin, Margueritte Patté,

femme de Jacques Cheron, s’étant levée à l’occasion d’un

de ses fils qui étoit malade d’une collique, laquelle aiant entendu

la voix d’un enfant exposé au pignon de l’auberge qui a pour enseigne

La Croix Blanche, où demeure le sieur Claude Lainé aubergiste du coté

de la place publique du bourg de Nonant, laquelle Patté touchée de

l’état dangereux où se trouvoit cet enfant exposé sur une patte1 de cave

sous terre du coté de la place publique et à la pluie qui tomboit

abondamment, a fait lever ses voisins pour venir voir cet enfant qu’on

n’a osé lever sur le champ et, étant venu au nombre de quatre

personnes avertir le sieur curé de cette exposition, lequel leur auroit

conseillié de tirer cet enfant du danger où il se trouvoit et de le mettre

chez quelque femme voisinne pour l’alaiter jusqu’à ce qu’on pût

assembler la paroisse pour aviser à sa conservation, n’aiant pu faire

d’assemblées à l’heure qu’on a levé l’enfant de place et ne pouvant

pas même faire usage des cloches conformément à l’usage de

l’église mais aiant attendu à deux heures de l’après-midy du même jour,

après avoir fait sonner la cloche en tocsin pour assembler les

paroissiens. Lesquels assemblées, la nommée Marie Malzie, femme de

François Briot, chez laquelle l’enfant avoit été mis en garde

à une heure du matin, laquelle a présenté le dit enfant que le

sieur Lefrançois, maître chirurgien dudit lieu, a reconnu être une

fille qui paroit agée de viron quinze jours, enveloppée d’une chemyse

de grosse toile, de deux couches, d’un vieux langet ou quartier d’une veille

ou mauvaise couverture, d’un vieux corset de philoselle qui paroisoit à

l’usage d’un enfant de dix ou douze ans, ledit corset est doublé de

cotonade bleue et à des paremens roux, aiant à la tête un beguin garni

de mousseline rayée, un bonnet d’étoffe rouge bordé d’un ruban blanc

et par dessus une coiffe de mousseline rayé. Aiant examiné toutes les

hardes et linges dudit enfant, il ne s’est trouvé aucun billet ou marque qui

indiquât que l’enfant fût baptizé. Et vu le péril de mort, elle a été

baptizée sous le doute qu’elle ne le fût pas, et cela le même jour à trois heures

de l’après-midy par maître Jacques Desmares, pbre vicaire, qui a été nommée par Jean

Jacques Lefrançois et par Anne Françoise Boschet qui lui ont donné le nom

d’Anne Françoise, n’aiant aucune connoissance de père ni de mère. Le contenu du

présant a été fait à la porte de l’église en présence de nous, prêtre curé de

Nonant, assisté des sieurs vicaires dudit lieu, de François Lefrançois

la couture, maître chirurgien, de Jacques Boisard, de René François Des

Douits et de Jean François Phrédérique Lefrançois et de plusieurs autres

qui ont déclaré ne scavoir signer. Lequel enfant a été confié, du

consentement des paroissiens, à la nommée Marie Malzie, femme de

François Briot qui s’est obligée l’alaitter et l’entretenir de linge

jusqu’à nouvelle ordre en lui paiant ce qui sera juste par chaque mois.

Fair ce jour et an que dessus

4 signatures2


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Notes :

1Mot bizarre : peut-être "porte"

2 AD61 Nonant le Pin E dépôt 336/22 vue 44