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Par : dozeville
Publié : 27 mars 2016

1737 Rixe meurtrière à St Denis de Briouze

Les ingrédients du drame :
- un jour de fête,
- boire un peu trop
- une rixe
- un mort

Comment se résout une telle affaire ?
- l’intervention de la justice
- l’appel à la clémence royale
- le prix du sang

Le mardy avant midy, neufième jour de juillet, l’an

mil sept cent trente sept, au lieu de la Torrelière, parroisse de Pointel.


Comme ainsy soit que Pierre Gallot de la paroisse de Briouze

se fust rendu dénonciateur au sieur procureur fiscal de la haute justice

de Briouze contre Nicolas, munier aux moulins1 de la Tretière, parroisse

de Landigou2, Jacques Létard, fils François, meunier au moulin de St Denis,

François Bouquerel, laboureur d’icelle parroisse, Alexandre Marie, charpentier,

de celle de Chenesec, Nicolas Lesongeur, d’icelle parroisse de Chenesec,

et autres inconnus au sujet de l’homicide de l’homicide commis en la personne

de François Gallot, son frère, milicien de ladite parroisse de Briouze,

arrivé à l’assemblée tenante proche l’église de St Denis le jour et feste

de Saint Main3, l’un des patrons de ladite église le dimanche dix septième

juin mil sept cent trente six, au sujet de quoy se seroit ensuivi sentence

en ladite haute justice de Briouze, le vingt trois ensuivant portant

décret de prise de corps contre lesdits accusés, lesquels ne se seroient depuis

représentés ny constitués prisonniers pour se justifier.


Ont ce jourd’huy,

devant nous comparus Jacques Peschet, père dudit Nicolas, François Letard,

père dudit Jacques, Anne Morin femme dudit François Bouquerel,

lesquels auroient supplié ledit Gallot de bien vouloir se contenter d’une

somme en argent pour luy tenir lieu des intérêts qui auroient pu être jugés

contr’eux en sa faveur, aux fins de ne le point opposer aux lettres de pardon,

abolition et rémission qu’ils espèrent pouvoir en obtenir de la bonté du

Roy4, ce que ledit Gallot auroit accepté en considération de leurs amis

communs qui se seroient entremis de les accommoder et de ce qu’en un

pareil jour d’assemblée publique et nombreuse, il auroit pu arriver que

tant ledit son frère que les dits accusés auroient pu prendre querelle

après avoir bu un peu trop, ce qui auroit occassionné ledit homicide,

arrivé par malheur, et non par aucun propos délibéré et particulier

à l’égard desdits Letard et Bouquerel, lesquels suivant la commune

renommée ne se seroient trouvés à l’action que pour partager

les combattans et empescher le désordre et cependant auroient été

compris dans la plainte rendue à cet effet par ledit Pierre Gallot

et sa déffunte mère pour et au nom dudit deffunt et ensuite décrétés

comme dit est, pour auquel accommodement parvenir, ils luy

auroient proposé de vouloir bien se contenter d’une somme de

deux cent livres, ce qu’il auroit présentement devant nous accepté

vu les considérations cy-dessus et par motif de conscience vu que ledit

feu son frère auroit pu luy même y donner occasion. De laquelle somme

de deux cent livres, il en tombe à la charge dudit jacques Peschet, celle

de quatre-vingt livres, de laquelle il en a été présentement payé celle de

soixante-six livres et chacun soixante livres à la charge desdits Letard

et femme de Bouquerel, laquelle n’a présentement payé que celle de

quarante cinq livres et a été celle de soixante livres en entier payée

par ledit Letard. Et à l’égard du restant qui est celle de de vingt-neuf livres,

il en a été fait billet à part et hors de notre présence, lequel étant acquité

et rendu, il ne sera besoin d’autre quittance ny émargement pour, comme

dit est, tenir lieu de tous les intérêts qui auraient pu estre jugés en sa faveur

contre lesdits accusés au sujet dudit homicide. Au moyen de quoi iceluy

Pierre Gallot s’est tenu bien payé et a présentement renoncé et renonse

à jamais s’opposer directement, ny indirectement et en aucune manière

que ce puisse être à l’entérinement des dites lettres de pardon, abolition

ou rémission, ce qu’ls pourront faire à leur frais et dépens, sans y appeler

ledit Gallot en aucune manière, ny sont susceptible desdits frais faits ou

à faire, auxquels iceux accusés satisferont de leur chef, et satisferont

pareillement ledit Létard et ladite femme Bouquerel à ce qui sera dû

au sieur Moulin, chirurgien à Briouze, pour avoir visité et médicamenté

ledit déffunt ledit déffunt, depuis l’action jusqu’à son décez, ce qu’ils ont dit

se monter à la somme de vingt une livres, et ce si bien et à tems que

ledit Gallot n’en puisse être inquietté ny recherché en aucune manière

que ce puisse être directement ny indirectement et sans cependant que

le présent accord puisse préjudicier ledit Gallot aux interêts qui

pourront être ajugés en justice contre les autres accusés absens ainsy

qu’il avisera bien et délivreront lesdits Letard, Peschet et femme de

Bouquerel le présent excécutoire à leur frais. Et ainsy d’accord et

s’obligeans respectivement leurs biens. Présence de Jacques Bernier,

sieur du pré, controlleur à Briouze et Jean Béchet, maître tailleur

d’habits demeurans audit Briouze et présens en ce lieu, têmoins.5



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Notes :

1Un seul moulin mais muni de 3 roues.

2Actuellement sur la commune de Durcet

3Je ne connais rien de ce saint : quelqu’un aurait-il une idée ?

4En effet, si la Coutume régit normalement la vie juridique, la justice est censée procéder du roi qui de ce fait se place au-dessus des lois ordinaires