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Par : dozeville
Publié : 28 février 2016

Lettre de 1870 en Australie. Le Normand Emmanuel Hamel mène l’enquête

C’est encore le journal Ouest-France qui nous raconte une histoire surprenante et Emmanuel Hamel qui en est le protagoniste essentiel.

Ne sachant combien de temps l’article restera en ligne, je vous le livre ci-dessous.

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La lettre, écrite par un fils, depuis Paris, à sa mère, en Normandie, en 1870 a été retrouvée en Australie. L’enveloppe devait être très petite pour que le ballon monté puisse en transporter beaucoup. | AFP

Les Archives nationales australiennes ont retrouvé une lettre, écrite par un fils à sa mère, en Normandie, en 1870. Le Normand Emmanuel Hamel s’est penché sur cette énigme.

Lorsque le site australien ABC news a révélé la trouvaille des Archives nationales australiennes, l’information a fait le tour du monde. Difficile de comprendre comment une lettre, écrite par un fils, depuis Paris, à sa mère, en Normandie, en 1870 avait bien pu terminer en Australie.

Une lettre d’autant plus intéressante que l’auteur, A. Mesnier, y raconte le siège de Paris par les Prussiens. Lorsqu’il a découvert l’information dans Ouest-France le mercredi 17 février, le Normand Emmanuel Hamel s’est tout de suite décidé à enquêter, comme d’autres lecteurs.

Certains ont réussi à en savoir plus sur le type de ballon monté utilisé  : «  Postée place de la Bourse à Paris, le 7 décembre 1870, la lettre a été transportée par le ballon monté Général Renault, affrété par la Compagnie des Aéronautes, partie de Paris Gare du Nord le 11 décembre (en attente d’une météo et d’un vent favorables) à 2 h 15 avec le pilote Henri Joignerey, deux passagers, deux sacs de courrier et douze pigeons  », selon Claude Logre, de Lisieux, philatéliste et amateur d’histoire postale.

Emmanuel Hamel, domicilié à Bernières-le-Patry en Normandie, a préféré enquêter dans son domaine de prédilection  : la généalogie. Il nous raconte ci-dessous, comment, d’acte de naissance en acte de mariage, il a pu retrouver l’histoire surprenante de deux fils d’épicier normands  :

«  Le 6 décembre 1870, A. Mesnier écrit à sa mère depuis Paris assiégé par les Prussiens. Le fils ne s’adresse qu’à sa mère, que l’on imagine donc veuve, d’autant qu’elle est domiciliée chez un certain Monsieur Grossin, Place de la Ville à Pont-Audemer (Eure). Une recherche dans les registres d’état-civil en ligne du département de l’Eure indique que le 6 mars 1883, une certaine Julie Stéphanie Vornier, rentière, née le 22 mai 1807 à Pont-Audemer et veuve de Jean Baptiste Mesnier, est décédée en son domicile, place du Marché aux Vaches à Pont-Audemer. La chronologie et le statut social sont concordants. Une recherche sur le couple Jean Baptiste Mesnier – Julie Stéphanie Vornier sur des sites de généalogie permet de localiser le mariage de leur fils Pierre Alexandre Mesnier avec Louise Claire Houllier le 18 février 1864 à Paris, dans le 16e arrondissement. Les vieux registres d’état-civil de Paris ont brûlé pendant l’incendie de la Commune, en 1871, mais par chance les registres postérieurs à 1860 ont pu être sauvés  ! En consultant l’acte de mariage, on reconnaît avec une certaine émotion la signature d’A. Mesnier, identique à celle de la lettre de 1870 avec son "A." si caractéristique. La preuve est faite, le marié de 1864 est bel et bien l’auteur de la lettre de 1870 .

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La signature d’Alexandre Mesnier sur la lettre de 1870.
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La signature d’Alexandre Mesnier sur son acte de mariage en 1864.

La signature d’Alexandre Mesnier sur son acte de mariage en 1864.

Alexandre Mesnier est né le 13 décembre 1832 à Beuzeville, tout près de Pont-Audemer. Il perd son père en 1852  ; et, en 1864, il est avoué près la Cour impériale de Napoléon III. L’on comprend alors mieux son style de haute volée et sa ferveur patriotique. À la fin de sa lettre, Alexandre Mesnier dit n’avoir aucunes nouvelles de Jules. Il s’agit de son frère, né en 1840 à Beuzeville. En 1864, Jules, témoin au mariage d’Alexandre, était alors négociant à Swansea, port du Pays de Galles  ! Un lieu pouvant être une porte vers la mer et la lointaine Australie. En 1871, Jules Mesnier réside toujours à Swansea, avec son épouse Caroline Poingdestre, née à Jersey et dont le père faisait des affaires dans les mines de charbon. On trouve sur internet de nombreuses références relatives à la compagnie Poingdestre et Mesnier. Les années passent, et que fait Jules en 1908  ? Des affaires dans les phosphates d’Océanie  ! Serait-ce là une piste permettant d’expliquer la présence de cette lettre en Australie  ? Il est possible qu’il ait fait souche en Australie, pays où la réponse définitive réside peut-être… Jules Mesnier décède cependant le 23 avril 1919 en son château du Parc, à Grand-Camp près de Bernay dans l’Eure. Il y repose avec sa seconde épouse, Laurence Anna Poitrasson, veuve Galoppe, qu’il a épousée en 1894 à Paris. En 1922, son fils adoptif Robert Galoppe lui a succédé au conseil de la Compagnie Française des Phosphates de l’Océanie (CFPO). Dans sa lettre, Alexandre demandait à sa mère de contacter Monsieur Brassy. Il s’agit certainement de Lucien Brassy (1806-1871), un grand ami de la famille qui a toujours vécu à Beuzeville. En 1840, il était déjà témoin à l’acte de naissance de Jules Mesnier, et en 1864, il assistait également au mariage d’Alexandre Mesnier à Paris. Alexandre demande aussi à sa mère d’embrasser Maria pour « nous » (donc au nom de son épouse et de lui-même). Il s’agit d’une parente. Il évoque également un certain Auzerais, un nom que l’on retrouve également dans les registres d’état-civil de Beuzeville. Alexandre Mesnier devient veuf en 1883. En 1894, il a 61 ans et est encore avoué près la cour d’appel de la Seine. Il meurt en 1916 dans le 16e arrondissement, à 84 ans.  »

Contactées, les Archives nationales australiennes n’ont pas donné suite à cette version des faits. Pour Emmanuel Hamel, la balle est désormais dans leur camp.

Retrouvez la lettre complète d’Alexandre Mesnier, écrite depuis Paris alors assiégée par les Prussiens, à sa mère, domicilié à Pont-Audemer en Normandie, et retrouvée la semaine dernière en Australie, ici.

Voir en ligne : Ouest-France