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Par : dozeville
Publié : 15 février 2016

1739 : Grande émotion à Avrilly : un loup ? Non, on a trouvé un enfant abandonné !

Si le fait n’est pas rare, la relation qui suit, est assez détaillée et surtout elle met en évidence le tracas que cette découverte va causer à la communauté villageoise. On peut croire que la présence d’un loup n’aurait pas causé plus d’émoi mais, que peut-être, on aurait trouvé plus d’hommes courageux pour l’affronter, plutôt que pour secourir ce nouveau-né !

Le huitième jour d’octobre audit an (1739), à nous Jacque Jouin,

prêtre, vicaire de la paroisse d’Avrillé


Jacques Lami, fermier demeurant au vilage de la Jaunée d[e c]ette paroisse

d’Avrillé1, est venu nous avertir avoir entendu dans une pièce de terre

nommée la Balue, à lui apartenante et dépendante du Seigneur de la Ferrière2

et situés dans la paroisse sur un petit chemin tandant du Bois

de la Fosse aux Trois Croix, dans un monseau de paille de sarasin,

la voix d’un petit enfans, mais n’aiant osé en aprocher, ledit

Lami en ayant aussi, en notre présence, averti François Coliber,

sindic de la paroisse de s’en enparer comme d’une chose qui

peut regarder le général des habitans, et nous l’en ayant sommé

par plusieurs fois, présence de thémoins, de nous l’aler3 querir pour,

en cas de besoin,

le baptiser, ce qu’il a refusé, \présence de témoins/, et en ayant à son défaut requis

aussi ledit Lami de nous l’aporter, ce qu’il auroit aussi refusé.

Dans une pareille rencontre4, craignant pour l’âme et pour

le corps d’un enfans dans un tems où la pluie tomboit en abondance et à cause du

lieu ou il était exposé sur le bor d’un chemin où il n’i a aucune clôture dans la

brèche5 dudit champ proche laquelle il était exposé et ou il auroit eu peu

péri s’il n’avait pas eu du secours, je me suis transporté, présence de plusieurs

personnes, comme de Jean Duval, Julien Chauvin, Jacques Erneis, de Barbe Demonsalier

qui a de coutume d’assister les fammes dans leurs accouchement affain

de lui faire remarquer la situation et l’étay ou était ledit enfans, et nous

y avons trové exposé au pied dudit monseau de paille, couvert de très peu de la ditte paille.

La dite Monsallier s’en est chargée pour le chauffer et nous l’aporter à baptiser et nous a

déclaré, nous aportant ledit enfans baptiser, être un garçon et être en très

grand danger de mor à cause de la pluie considérable qui lui avoit paru être tombé

sur le corps et du peu de linceuls qu’il avoit sur le corps, n’étant que d’un mavais

morceau de linge lié autour de son corps, doutant entièrement si ledit enfans

était baptisé. N’ayant trouvé aucunes marque, nous l’avons baptisé sous condition

et administré les cérémonies du baptême. Présence de Jean Duval et de François

Duval, témoins de ladite paroisse, présence desquels ladite Barbe Demonsalier

nous a fait sa déclaration de ce que dessus, et ledit enfant a eu pour parain

Jacque Renaul et pour marenne Jeanne Gandais, ledit enfans a été nommé François

présence desdist témoins lesquels ont signé le présent à la réserve de la ditte Monsalier

qui a déclaré ne savoir signer6.



Notes :

1La position est définie avec précision : cela aura son importance pour savoir quelle communauté devra s’en charger.

2On se souvient peut-être ici des temps anciens où la charge d’un tel enfant abandonné incombait au seigneur du lieu.

3aller

4C’est-à-dire : dans une pareille situation,

5L’entrée du champ

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