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Par : dozeville
Publié : 18 mars 2012

1700 -1716 : Notes de Monsieur le Curé de St Ouen-sur-Maire

Du miel et du vinaigre...

LE CURÉ ET L’ÉVÊQUE

Son esprit était fort sublime ... il voulait s’attribuer sur tout le clergé un pouvoir despotique .

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Après la mort de monsieur Savary, le roy Louis 14e
nous donna pour Evêque son filleul nommé messire
Louis Daquin âgé de 31 an fils de monsieur Daquin
premier médecin de sa majesté. Ledit Daquin autrement
étoit juif de nation possédant de gros biens, ce qui
luy donna le moyen d’achepter la charge de
premier médecin d’autant qu’elle est et
étoit vénale : scauroit été [1] un habile médecin
si sa science eut été égale à ses richesses.
Ce nouvel Evêque fut nommé à la Toussaint année 1698
et entra en son diocèse en 1700 pour le
gouverner.

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Le dix sept may mil sept cent dix mourut
à Sées dans le palais épiscopal Messire Louis
Daquin Évêque de ce dioceze âgé de
quarante deux ans dont l’esprit étoit fort
sublime et un des plus savants prélats
de son temps qui aimait à conetre tout
son diocèse par luy même [2] n’ayant des
officiers qu’ad honores étant maitre
de ses grâces ne les donnant qu’à ceux
qu’il souhaitoit voulant s’attribuer sur tout
le clergé un pouvoir despotique et
rendre maître de tous les bénéfices.

LE CURÉ ET LE ROI

Louis quatorzieme avait enrichi des gueux

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Pendant le cours de la présente année (1716) tous les
maltotiers ont eté jugez à la chambre de
justice. Les uns ont été dépouillez de tous
leurs biens, les autres condamnés à faire amende honora-
ble la corde au col le boureau à leur suite
d’autres ont gardé et garderont prison
perpétuelle, d’autres condamnés aux galères
qui ont été condamné à des sommes
pécunières qui absorboient tous leurs
biens et ont peut dire que Louis quatorzième
avoit enrichi des gueux Esurientes implevit bonis  [3]
et Louis quinze actuellement régnant
a réduit ces riches à la mendicité
et divites dimisit inanes

LE CURÉ , LE GRAND HIVER ET LE ROI

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Le dimanche sixième janvier mil sept cents neuf jour et fête
des Roys commença un hyver qu’on peut appeler, avec
justice, le grand hyver puisqu’il gasta non seulement
les bleds, mais aussi tous les arbres fruitiers, chênes
et plusieurs espèces de bois. Le blé commença
aussitost d’être cher et continua de l’être non
seulement en la dite année mais aussi en la suivante.
La misère fut très présente tant de la part de la charté
que des subsides que le prince levoit sur ses peuples
pour entretenir une grosse armée qui ne servoit
qu’à rendre témoignage des batailles que le prince
Eugêne et Malbourou commandants de l’armée
ennemie remportoient sur nous et des villes qu’elles
nous prenoient. Le sildre et poiré furent fort
chers le tonneau. Je le dis pour en avoir vendu
un tonneau dix pistoles encore n’étoit-il
pas sans eau. Dieu nous garde d’une pareille
année.

LE CURÉ ET LA MÉTÉO

Je croyais que l’enfer était ouvert et que tous les démons étaient sortis.

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Le trentième de décembre 1705, sur les cinq heures
du matin, il se leva une si grande tempeste qu’elle
jettoit les maisons par terre, arrachoit les arbres.
Les plus gros et les plus fleuez [4] étoient ceux qui
étoient les plustost abatus ; cet ouragan étoit
meslé de pluie et dura jusqu’à neuf heures.
Pendant ces quatres heures facheuses, je fus obligé
d’aller à Rasnes pour faire exempter mon valet
qui devoit tirer au billet pour la milice.
Quoy que je fusse très bien monté, ma bête étoit
obligée de reculer ne pouvant se rendre maître
de cette foudre parce que j’avais le vent au
visage étant de midy [5]

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Le mardi dix neufieme juillet 1707 la chaleur fut si grande
et si excessive que plusieurs personnes tombèrent mortes
dans les prez et dans les champs lieux de leurs
travaux par la faute d’humeurs que ladite chaleur
causa à ses dites personnes [6].

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Le deuxième jour de février 1701 qui est le jour de
la chandeleur, sur les onze heures du matin,
pendant que je disais la messe parroissialle ,
il se leva une foudre si extraordinaire qu’elle
apporta beaucoup de dommage aux arbres
puisque des plus gros et plus pattus pendant
par les racines ne purent résister à la
force de cette tempeste : et aux maisons
puisqu’aussi il y en eut beaucoup de renversées
et de découvertes ; elle bouloit [7] les
personnes par les chemins. Enfin c’étoit quelque chose
d’effroyable. Elle dura environ trois heures
Je croiois que l’enfer étoit ouvert et que
tous les démons étoient sortis.

Le dix septième aoust la chaleur fut si grande
qu’elle causa la mort de quantité de moissonneurs.
Elle étoit meslée d’orages qui portoient l’épouvante
dans le coeur des plus asseurez, ils se finirent
par des gresles qui étoient semblables a des
écales [8] d’huitres, elles assomoient les bestiaux
qui pouvoient être dehors.
Les bleds n’eurent point de mal parce que la pluspart étoient logez
et sur le chaume.

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Le mardy vingt deuxième de novembre mil
sept cents douze jour de fête de Ste
Cécile il neigea d’une force et d’une
si grande abondance que presque tous
les arbres fruitiers furent [cassez] par
la pesanteur de ladite neige. Elle avoit
trois pieds en hauteur en les lieux les
plus elevez. Lecteur juge combien elle
étoit haute dans les bas. Il fit peu
de vent ce jour la.

Signé : Broutin curé de St Ouen sur Maire (de 1697 à ?)

Notes

[1] semble écrit "sauroieté"

[2] effectivement cet évêque visita toutes ses paroisses au moins une fois sinon deux. Les registres paroissiaux en témoignent par les listes de confirmations. Il fit faire aussi une grande enquête (1701) qui apporte de nombreux renseignements sur les paroisses du diocèse de Sées tant des points de vue religieux que laïc.

[3] Tiré du Magnificat. La phrase est : Esurientes implevit bonis, et divites dimisit inanes. (Il a comblé de biens les affamés, et renvoyé les riches les mains vides).

[4] fluets

[5] sud

[6] on ne trouve aucun décès à St Ouen ce jour-là

[7] bouler : rouler par terre

[8] coquilles