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Par : dozeville
Publié : 21 novembre 2015

1810 Aspects de l’Orne : l’industrie textile

Joseph Victor Alexandre Lamagdelaine, préfet de l’Orne de 1800 à 1814, est à l’origine des articles décrivant les divers aspects du département1. Il est notamment attentif à l’industrie textile comme le montre l’analyse de deux arrondissements de l’Orne2.

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La fileuse endormie
Gustave Courbet


Arrondissement de Domfront


Cet arrondissement est très industrieux ; ses habitans on eu de tous tems le goût du commerce ; le sol peu fertile en général, récompense trop peu les efforts du cultivateur, pour ne pas porter les hommes qui ont le besoin de l’activité et le désir du bien-être, vers un travail plus lucratif ; la population d’ailleurs est nombreuse et pauvre. Aussi trouve-t-on dans tous les bourgs et localité un peu importantes de cet arrondissement des forges, des fabriques, des ateliers. Cependant le pays a peu de ressources et les routes sont peu praticables. Malgré ces deux obstacles, qui s’opposent à l’étendue des spéculations et à la facilité des débouchés, les bras sont en général occupés et les manufactures se soutiennent.

Outre les fers3, les clouteries, la poterie, on compte dans l’arrondissement des fabriques de toiles, de coutils, de ruban de fil, de siamoises et de bazins, à Domfront, à Flers, à Messei, à la Ferté-Macé, et surtout à Athis et dans les communes très industrieuses qui avoisinent ce bourg, dans lequel M. Richard a cru convenable de placer une fabrique de ses beaux bazins, qui compte déjà 62 métiers, occupe 100 ouvriers, et produit par jour 69 mètres de bazins et 23 de calicos

Le bourg d’Athis et ses environs produisaient annuellement, avant la révolution, 8000 pièces de futaines, 400 pièces de retors et 3000 pièces de cotonnades. On y comptait alors 100 fabricans et 1600 ouvriers au moins. 2 500 000 fr étaient mis en circulation.

On ne compte plus en 1809 que 36 fabricans et que 577 ouvriers. Les capitaux en circulation ne vont pas au-delà de 800 000 francs......

On fabrique à la Ferté-Macé, depuis 30 ans, des toiles mélangées de laine, et des rubans de fil. Sa fabrique de coutils est beaucoup plus ancienne : elle occupe encore, comme en 1789, environ 300 ouvriers. Les autres branches d’industrie donnaient en 1789 du travail à plus de 700 ouvriers : ils sont réduits à 3 ou 400, à cause de la chute du commerce, de la conscription et du renchérissement des matières premières.

Les coutils de Flers sont estimés avec raison. En 1789, ils étaient presque tous fabriqués avec du fil de chanvre ; ils le sont maintenant presque tous en fil de lin... La fabrication des toiles est aussi moins actives, tandis que les tissus en coton sont plus nombreux. Ce fut vers l’an III que l’on établit à Saint-Gervais-de-Messei une fabrique de retors à l’instar de ceux d’Athis. Le bourg de Messei possédait bien antérieurement une fabrique de coutils et de toiles.

Messei et Flers comptaient en 1789 environ 60 fabricans, 400 tisserans et mettaient en circulation 120 000 fr. de capitaux. En 1809 le nombre des fabricans s’est élévé à 120, celui des ouvriers à 600, et la masse des capitaux en circulation à 240 000 francs.


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Le Tisserand
Paul Serusier

Arrondissement de Mortagne


Mortagne possède depuis près de deux siècles une manufacture de toile de chanvre, destinées en presque totalité pour les colinies françaises. Elle s’était surtout accrue de 1750 à 1760. On comptait à la fin de 1787, tant à Mortagne que dans un rayon de 2 myriamètres (plus de 4 lieues), 4 à 500 maîtres fabricans et 900 ouvriers. Un nombre considérable de fileuses, réparties dans les communes voisines, convertissaient les chanvres du pays en fils de diverses qualités pour la confection des toiles. Ces femmes filaient par jour une demi-livre (25 hectogrammes) de brin ou une livre (50 hectogrammes) de gros4. On vendait alors aux halles de la ville 5 à 600 pièces par semaine, chacune de 66 à 72 aunes de longueur. Vingt rouliers étaient employés aux transports, douze commissionnaires fesaient les envois, et plus de 2 000 000 de capitaux étaient annuellement mis en circulation.

Cette fabrique et celle de Bellême, qui n’en est éloignée que de 25 kilomètres (5 lieues) confectionnèrent en 1789 environ 20 000 pièces, ce qui suppose un emploi de fonds d’environ 2 500 000 francs. Depuis cette époque, le désastre de nos colonies et la guerre ont presque anéanti cette fabrique, autrefois très importante.

… Le chanvre des environs est filé avec succès dans les fermes et donne trois qualités diverses, toutes les trois excellentes dans leur genre : la première qualité ou brin, la seconde ou étoupe, la troisième ou gros....



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Notes

1Les archives de l’Orne conservent, en série M, les documents et recherches préparatoires ainsi que les articles originaux.

2Les deux autres arrondissements sont également étudiés. Celui d’Alençon l’est longuement pour la dentelle. J’ai choisi Domfront car il est au centre de mes préoccupations et celui de Mortagne car on y trouve quelques aperçus techniques qui me paraissent intéressants.

3L’industrie du fer fera l’objet d’un autre article.

4La machine à filer (mule-jenny) fut inventée en 1779 en Angleterre . Elle ne se répandit en France que vers 1820. Il fallait plusieurs fileuses pour alimenter un seul tisserand. Il faut donc un nombre considérable de femme au travail pour obtenir cette production mais le rapport ne donne pas d’indication à ce sujet : quel dommage !