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Par : dozeville
Publié : 20 novembre 2015

1886 La guerre scolaire à Avrilly

L’école est devenue obligatoire, la séparation de l’Église et de l’État n’a pas encore eu lieu. La presse locale relate volontiers les menus incidents qu’engendre cette situation.

Voici un article du "Publicateur de l’Orne" de Domfront.

UNE GROSSE AFFAIRE !!


Vendredi matin, devant le Tribunal de simple police de Domfront. comparaissaient six enfants d’AvriIly, dont le plus âgé a 13 ans ; les parents étaient aussi appelés, comme civilement responsables.

Voici à raison de quels faits : Un soir du mois d’octobre, un groupe d’enfants jouait dans le bourg d’AvrilIy, près de la. maison d’école. A un moment donné, quelques-uns de ces enfants seraient allés frapper à la porte de l’école, auraient arrachés un bouchon de paille qui remplaçait un carreau brisé, et auraient poussé des cris ; deux même de ces enfants auraient proféré une injure à l’adresse de l’institutrice.

En somme, à part le dernier fait, il y avait là une simple gaminerie. On en a. fait une grosse affaire !! L’institutrice, la demoiselle Bourrée a porté plainte au Préfet. Une première enquête a été faite par l’inspecteur primaire, avec un appareil menaçant, en présence de la maîtresse d’école. Seconde enquête a. été faite et procès-verbal dressé par les gendarmes. Enfin poursuite devant le ’I’ribuna1 de simple police, qui a condamné les six enfants, comme auteurs ou complices d’un tapage injurieux, chacun à trois francs d’amende et déclaré les parents civilement responsables.

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Ecoliers du début du XXe siècle
Image du film "La guerre des boutons" d’après le livre de Louis Pergaud.

Du jugement en lui-même, nous ne vouIons rien dire, nous nous contentons de reproduire à son sujet une appréciation que nous avons entendue.
« En vertu de l’article 66 du Code pénal, les enfants, âgés de moins de seize ans, sont toujours (à de très rares exceptions près) acquittés comma ayant agi sans discernement. La question de discernement doit être examinée, visée et résolue dans le jugement. »
Le Tribunal s’est gardé de le faire ; c’était pourtant bien le cas, ou jamais, d’acquitter, comme ayant agi sans discernement ces enfants dont le plus âgé a treize ans et qui n’ont fait en somme qu’une simple gaminerie !

Ces enfants, - mettant à part au besoin. les deux qui ont proféré une injure - méritaient un blâme, mais non une poursuite judiciaire. D’autant que les vrais punis, ce sont les parents, qui paient. Ce sont au reste les parents surtout, qu’on a voulu punir, de ne pas révérer l’institutrice. En effet, si les précédentes maîtresses, dont une, mademoiselle Duchemin,qui est restée 27 ans à Avrilly, étaient aimées de tous, il n’en est pas de même de la demoiselle Bourrée. Depuis un certain temps. a maintes reprises, le maire et les conseillers municipaux d’Avrilly, ayant, disent-ils, contre la demoiselle Bourrée, de sérieux griefs, ont demandé son déplacement. Ils n’ont pu l’obtenir jusqu’ici.

Mais il y a. quelqu’un qui a été frappé, à la suite de cette affaire, durement et très injustement , c’est M. le curé d’Avrilly. L’institutrice a prétendu que les enfants venaient, an moment où ils ont fait le tapage, de quitter M. le curé et avaient été excités par lui. Ces affirmations, dont la fausseté a. été démontrée par l’enquête et ressort du procès-verbal comme de l’instruction, ont néanmoins produit leur effet. Malgré les protestations des habitants, et sans qu’il ait eu le temps de se disculper, M. le curé d’Avrilly a vu son traitement supprimé.
C’est là une mesure absolument inique. Mais le gouvernement a été trop heureux de saisir l’occasion de frapper un prêtre.

Nous aurons sans doute à revenir sur cette affaire.