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Par : dozeville
Publié : 28 février 2012

1087 : la clameur de Haro

Un enterrement qui tourne mal

Au XIe siècle, la Coutume s’impose à tous, grands ou gens de peu...

10 septembre 1087 : Guillaume est décédé à Rouen.

"Le roi est mort, ses fils sont partis, son palais est pillé, sa dépouille est à l’abandon."

"Alors un gentilhomme campagnard, mû par la pitié, nommé Herluin, vint à Rouen. Selon le vœu du défunt, qu’il connaissait, il fit embaumer le corps et le transporta par terre et eau à l’église St Etienne de Caen ou il fut inhumé".

L’évêque d’Evreux, Gislebert, prononce la harangue funèbre. A peine a-t-il terminé que retentit ... la clameur de haro [1] poussée par un assistant.

"Haro, nobles seigneurs !"

Un silence d’angoisse pèse sur l’assistance. Alors... "Quelqu’un d’entre la tourbe qui avait nom Asselin, fils d’Arthus, se lève sur ses pieds et dit tout haut devant l’assemblée : Cète terre où vous estes tous, Messeigneurs, auroit été une place qui appartenoit à deffunct mon père que cet homme par lequel vous estes en prière maintenant lui a enlevée par force et sur laquelle il feist bastir puissament cète grande abbaye. Je vous la demande, et la réclame au nom de Dieu, et y couche opposition que le corps n’aye à y estre enterré, parce que c’est ma glèbe, et mon héritage, et l’empesche de la part de Dieu".  [2]

Justice est rendue : les voisins confirment la réclamation. Pour l’emplacement du tombeau Asselin reçoit 60 sous et promesse de dédommagement pour le reste de la terre.

L’inhumation peut se poursuivre non sans mal d’ailleurs. [3]

D’après "La vie prodigieuse de Guillaume le Conquérant" par Jullien Guillemard, illustré par A Copieux , Maugard éditeur à Rouen 1931.  [4]

Notes

[1] La dernière clameur de Haro a retenti sur l’ile de Jersey en 1921 mais le droit en est maintenu

[2] La loi est formelle. Tout homme lésé a le droit de pousser la clameur de haro sur le passage du prince ou de son représentant pour obtenir justice. Mais s’il ne peut prouver immédiatement le bien-fondé se sa plainte, il est aussitôt branché dans l’arbre le plus proche.

[3] Le lecteur curieux pourra lire le texte d’Orderic Vital dans le tome III pages 196 et suivantes de son Histoire de Normandie publiée en français par M Guizot (Editions Charles Corlet)

[4] Je laisse à l’auteur de ce livre la responsabilité de ce pseudo vieux français, le texte original d’Orderic Vital est en latin...