Vous êtes ici : Accueil > Transcriptions de textes > Des travaux et des hommes > 1785 un mari, journalier, employé de sa femme à Écouché
Par : dozeville
Publié : 19 février 2015

1785 un mari, journalier, employé de sa femme à Écouché

Voici un contrat d’embauche un peu particulier, du à une situation matrimoniale plus courante qu’on ne le croit à cette époque.

JPEG - 34.1 ko
Le marchand de peaux de lapin
Cette image, quoique tardive (1900), peut évoquer les protagonistes de ce contrat. (Source : le petit manchot)

en marge :21/10/1785


Furent présent Charles Cheradame cy devant marchand de peaux,

cuirs,laines et autres marchandises et à présent journalier demeurant

au bourg d’Ecouché chez sa femme ci-après nommée, d’une part.


Et Anne Mouttier femme civilement séparée de biens d’avec

ledit Cheradamme son mary#1, demeurante audit bourg d’Ecouché en la maison

dont elle est propriétaire, et cependant de sondit mary, en cas de

besoin, autorizée à l’effet des présents d’autre part.


Lesquels ont dit que les malheurs et les pertes qui sont arrivés

audit Cheradame dans les années mil sept cents soixante six et

mil sept cents soixante sept, l’ont mis hors d’état de

faire son commerce, l’ont forcé de le quitter et l’ont réduit

au malheureux état de journallier. Que sadite femme s’étante fait

séparer de biens d’avec lui suivant la sentence rendue au

Bailliage de cette ville, le vingt six janvier mil sept cents

soixante sept et s’étante faite envoyer en propriété,

possession et jouissance des biens qui apartenoient à son mary

pour la remplie des créances matrimoniales qu’elle avoit à

exercer sur lui suivant la sentence du même baillage du treize

may mil sept cents soixante sept elle avpit repris en son nom

et à son bénéfice particulier le commerce de son dit mary

et depuis ce tems n’avoit cessé d’aller elle-même dans les

foires et marchés des villes et borgs des environ et chez

différents marchands y acheter de ses deniers, et y revendre

à son bénéfice où à sa perte particulière les marchandises

relatives à son commerce. Mais que se trouvant actuellement

avancée en âge, infirme et attaquée d’une sourdité presque

absolue elle ne peut plus vacquer par elle-même aux affaires de

sondit commerce et se trouve dans la nécessité d’en confier

les suittes à des journalliers, à des colporteurs et autres gens

de cette esoèce qui sont dans le cas de la tromper par défaut

de capacité et d’expérience dans ledit commerce, que dans

ces malheureuses circonstances laditte femme Cheradale

connaissant les talents dudit Cheradame son mary

pour la nature de sondit commerce, l’avoit pris et engagé

d’aller et venir et revenir de travailler pour elle d’achetter en

argent comptant et de lui servir de commissionnaire dans

son commerce, ce que ledit Cheradame ayant bien voulu accepter,

l’un l’autre sont demeurés d’accord de ce qui suit convenu

et demeurés d’accord de ce qui suit :

1°-Ledit Cheradame n’ayant actuellement d’autre profession que celle

de travailler pour les uns et les autres, #2 l’a choisi en qualité de

son commis aux fins par lui d’aller pour elle dans les places, foires

et marché des villes,bourgs et paroisses où de fait le commerce

de peaux de brebis et veaux, cuirs et cuireaux, fils et filasses, cires

et autres marchandises de la nature du commerce de ladite

femme Cheradame, y acheter et revendre argent comptant lesdites

marchandises, sans pouvoir par lui vendre à aucun crédit, #3 parce qu’elle

ladite femme Cheradame fournira à son mary les deniers

nécessaires pour faire ledit commerce et lui fournira un cheval

de somme et tous les équipages convenables, fera ledit

Cheradame la dépense de la nourriture dudit cheval et

rendre compte à sadite femme, jour par jour des achats,

ventes et dépenses, le tout à quoy ledit Cheradame s’oblige.


2°- Ladite femme pour raison des peines et soins

que sondit mari prendra dans kedit commerce s’oblige de le

nourrir et de luy payer par chaque mois #4 à compter du

premier novembre prochain la somme de quatre livres #5

sans qu’il soit besoin de quittance pour la justification dudit

payement.


3°-Ledit Cheradame ne pourra se mesler d’aucuns achats et

reventes pour son compte particulier ni pour celuy d’aucunes

autres personnes directemment ni indirectement sous quelqu

prétxte que se soit.


4°- Le présent marché est ainsy fait pour trois, six ou neuf

années au choix respectif des comparans et en

s’avertissant respectivement trois mois auparavant

des trois ou six premières années qui commenceront au

premier novembre prochain.


Et ont estimé la nouriture dudit Cheradame à cent quatre vingt quinze livres #5


C’est ainsy que lesdits comparans sont convenus et demeurés

d’accord. Fait et passé à Argentan en l’étude de Me

Féval, l’un des notaires soussignés, l’an mil sept cens

quatre vingt cinq, le 25e jour d’octobre

après midy et ont lesdits comparans signé après lecture

faitte1


#1 Elle marchande de peaux de brebis et de veaux, cuirs et cuireaux, fils et filasses et autres espèces de marchandises

#2 sa ditte femme

#3 ni contracter aucunes dettes sous le nom et pour le compte de sa ditte femme par ce qu’elle lui fournira les deniers

#4 et par avance

#5 en outre sadite nourriture


Ces cinq renvois approuvé comme bons


Signent : Anne Moutier, Charles Cheradame

et les notaires Lautour et Féval



Notes

1AD61 4E174/450voir sur geneanet