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Par : dozeville
Publié : 5 juillet 2014

1667-1669 Athis - La Rochelle - Pernambouc - Madagascar -Ste Honorine la Chardonne

ou l’aventure d’une dot !

Cette aventure, racontée en 3 actes notariés, est surprenante, aussi étonnante que l’objet de ces actes : l’héritage de la dot de leur mère par ses deux fils, du pur droit normand.

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Jeu de l’oie maritime
L’original de ce jeu (début du XVIIIe siecle) est conservé au Musée de Lisbonne.

L’exposé des faits

Du premier jour de juin

mil six centz soixante et sept


Fut présent Mathieu de St Sauveur

escuier, sieur du Saulcey, nouvellement de

retour de l’Amérique, tant en son nom

que faisant fort pour Jacob de St Sauveur,

escuier, sieur de Ste Honorine, son frère, et

lequel, il dict avoir laissé dans la

ville de Pernambuco au Brésil dans

la flotte qui va à Madicascar [1], lequel

recognut aux qualités cy dessus avoir

eu et receu présentement en or et argent

ayant cours de Messire Nicolas de St Sauveur,

chevalier, baron dudit lieu, seigneur et

pattron de Ste Honorine, du Rocher,

Espinouse, Coisel et du Saulsey, leur père,

la somme de trois mil six centz livres

tant pour leur part du principal quand

à présent de la dot de la deffuncte [2]

dame leur père (sic) que pour le prorata

escheu depuis que ledit sieur, leur père,

a convolé en segondes nopces, et à

ce moyen ledit sieur du Saulsey c’est

submis envers ledit sieur son père de

le bien et deubment acquitter envers ledit

sieur son frère et de luy en envoyer

un acquit ou ratification du présent

incontinent de apprès qu’il sera arivé

à Madacascar où il prétend retourner

à la première flotte sans qu’ils puissent

les inquietter ny luy en rien demander

des arrérages à leur retour ce qu’il en

a faict, n’ayant esté qu’à leur prière et

celle de leurs amys pour leur facilité

les moyens de voir le pays, de subvenie

aux fraicts d’un si long et pénible voyage

en faveur duquel ledit sieur de St Sauveur,

père, a donné audit sieur de St Sauveur du

Saulsey son fils l’argent qu’il a payé pour

luy à la Rochelle pendant qu’il i a resté

et pour s’en revenir suivant la lettre

de change qu’il en a retiré le quatriesme

jour de may dernier, donc comptents.

Présents Messire Jean du Vivier prebtre et Nicolas

Breuil demeurants à Ste Honorine tesmoings [3]


Signé :


De Sainct Sauveur

Matthieu de St Sauveur

J. Vivier avec paraphe

Ni. Breuil avec paraphe

Hebert avec paraphe




Le porteur des 1800 livres

Du dix-sept iesme jour d’aoust 1669 [4]


Moi soubsiné Antoine de Lardé, sieur de la

Coste de présent dans la ville de la Rochelle

confesse que par Mathieu de St Sauveur,

escuier, sieur du Sausay, il m’a esté baillais

et mis entres le mains en juste [5]d’or la

somme de dix huit cens livres que je promes

porter à Jacob de St Sauveur, escuier, sieur

de Ste Honorine, son frère dans la ville de

Pernanbouc au Brésil ou autre lieus ou je

le pourais trouver soit en l’isle de Madagascar

ou allieurs, promettant aporter acquit audit

sieur \du Sausay / son frerre de ladit somme de dix huit

cens livres et luis faire ratifier sertenne

quitance fait par ledit sieur du Sausay

montant trois mil six cens livres qu’ille auroit

receu de Monsieur le baron de St Sauveur

leur père pour paty du dot de la defeunt

damme leurs mère, de l’extrés de ladit quittance

j’ay esté présentement saisy pour le faire

ratifier au dit sieur de Ste Honorine selon escris

passé devant les tabelion d’Atis le preumier jour

de juin dernier que je luis rendray en leuis

ballant la dit quittance. Fait aujourd’huy de

dixesme jour de fevriere mil six cens soisante et

huit. Tesmoin mon singne si y mis lesdit jour et

ans [6]


Antoine Lardé de la Coste



La mission est accomplie : la quittance

Le samedy dix sept jour d’aoust mil six

centz soixante neuf aprais midy devant

Hebert et Dubourg tabellions ordinaire À Condé

pour le siège d’Athis


Fut présent Anthoine Lardé sieur de la

Coste nouvellement arivé de l’Isle de

Madacascar comme il dit, et estant cedit jour

en la paroisse de Ste Honorine la Chardonne

en l’élection de Vire, lequel a volontairement recongeu

de son faict, signe et est escrit en l’autre [page]

et que la somme de dix huit cents livres y

contenue luy fut baillée lors dudit escript

par ledit sieur de St Sa du Saussey, de St Sauveur

pour la délivrer audit sieur de Ste Honorine

son frère, De quoy ledit sieur de la Coste à

dit avoir satisfait et en avoir \envoyé/ la quittance

dudit sieur de Ste Honorine audit sieur du

Saussay ainsy qu’il s’y étoit obligé par

iceluy escript qui a été représenté par

Estienne Malhere, sieur du Croc qu’il est

vallet dudit sieur du Saussay et pour luy

stipulant et par luy envoyé et présenté

dudit lieu du Saussay où il dit son dit mestre

estre de présent, donc comptentz. Présentz

Pierre Halbout sieur de la Pierre et Jehan Nicolas Oll...

tesmoings. Signez aprais lecture. Faict aprouvé

sept en gloze, présentz lesdits tesmoings [7]


Signé :

Antoine Lardé de la Coste,

Malhere (avec paraphe)

Pierre Halbout (avec paraphe)

Dubourg (avec paraphe)

Hebert (avec paraphe)

Notes

[1] Pour celui qui n’a jamais navigué à la voile, ce parcours peut paraitre aberrant. Poutant, on voit ici l’effet, très rationnel, d’une technique de navigation inventée par les Portuguais au XVIe siècle pour éviter les vents contraires, technique dite de la "grande volte". La datation des actes peut donner au lecteur une idée de la durée d’un tel voyage aller et retour à l’époque.
Extrait du site de la BNF (article en référence) :
Les Portugais, les premiers, inventèrent la technique de la « volta », ou volte, ce détour par la haute mer qui leur permettait de contourner les vents contraires et d’en trouver de meilleurs. La descente des navires d’Henri le Navigateur vers le Cap-Vert s’accompagnait en effet de conditions climatiques très défavorables. En certains endroits, les alizés du nord et du nord-est soufflaient toute l’année, empêchant pratiquement toute remontée vers le nord. Après bien des tâtonnements, les pilotes, sur le chemin du retour, prirent l’habitude, en coupant vent de travers la zone des alizés, de décrire un arc de cercle vers le nord-ouest, jusqu’à la hauteur des Açores, où se trouvaient les vents variables de l’ouest qui les ramenaient au Portugal en une seule bordée. Cette manœuvre fut bientôt adoptée aussi pour les voyages aller. On l’appelait la « bordée de haute mer », « Volta da Mina » ou encore la « Volta da Guiné ». C’était aussi la « petite volte ». La pénétration dans l’Atlantique sud se heurta à un problème similaire. II fallait contourner par l’ouest la zone de calmes entrecoupés d’orages qui rendait les navires prisonniers du golfe de Guinée. Les navigateurs imaginèrent alors la « Volta do Brasil », la « grande volte », qui traverse la zone des alizés jusqu’à la région des vents d’ouest et qui passe effectivement si près des côtes brésiliennes que Cabral les aborda par hasard – c’est du moins ce que prétendit la thèse officielle – alors qu’il se rendait aux Indes orientales.

[2] on voit ici parfaitement le mécanisme de la "dot" en Normandie : la dot est attribuée à la femme en lieu et place d’héritage. Le mari est chargé de gérer cette somme. La femme étant décédée et son mari s’étant remarié , il y a suspicion d’une possible dilapidation de cette dot. Les fils, héritiers, réclament donc la dot qui leur appartient avec les intérêts qui courrent à partir du jour du remariage.

[3] AD61 4E82/14

[4] La date peut sembler anachronique : les deux actes suivants -1668 et 1669 - sont sur la même feuille, l’un au recto et l’autre au verso

[5] pourrait ici désigner un récipient en or. Voir F. Godefroy

[6] AD61 4E82/15

[7] AD61 4E82/15