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Par : dozeville
Publié : 10 mai 2014

1762 Reconstruction des routes royales de Domfront

Jean de St Ellier, curé de la Haute-Chapelle, ajoute souvent une note en fin d’année. Pendant 3 ans, il décrit les grands travaux sur les routes.

Ce faisant, il nous permet d’entrevoir les techniques et les problèmes afférents à ces grands travaux.

(Pour en savoir plus on lira l’article de Guy Arbellot cité en référence.)

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Les routes décrites ci-après sont plus modestes !

Le Roy a envoié ordre en 1762 de raccomoder les chmins
roiaux qui sont sous le bailliage de Domfront mais on
s’y prend de manière à les faire tout de neuf, car on fait
un pavé de douze piés de large au milieu. A chaque
côté du pavé on fait un talus de six piés de large avec
un fossé de trois piés, ce qui compose en tout trente pieds.
Cet ouvrage doit durer plusieurs années et coutera un
un travail immense car il y a des chemins qui n’ont que dix
à douze pieds de large. Pour les conduire à trente, il faudra
abattre les hayes et les fossés, déraciner les arbres et les planter,
applanir les endroits élevés, combler ceux qui sont bas, faire des
enquaissements, combler de pierre, les casser et les réduire en caillotage,
tirer des pierres, les charroier et faire quantité d’opérations
pour parachever l’ouvrage. On commença à tirer des pierres
sur le tertre de la Grisière ou de Ste Anne le vingt quatre février
qui étoit le mercredy des cendres 1762, la neige étoit sur la terre
et incommoda les ouvriers pendant longtemps. On en tira une si
grande quantité que le tertre étoit couvert de cordes de pierre.
Les chartiers s’étonnèrent à la vue de tant de pierres qu’il leur
falloit charroier. Le Sieur Durant, ingénieur des chemins, leur dit,
pour les consoler, qu’il feroit applanir le tertre au nivau des chemins
et qu’il leur feroit tout les voiturer les pierres et qu’il n’y en auroit
pas trop pour les racommoder. Pour surcroit de malheur le pain
étoit cher car le seigle valloit dix huit francs la somme et l’autre grain
à proportion. L’ingénieur ordonna que les chariers de la Haute
Chapelle voitureroient, touttes les pierres qui étoient nécessaires
à paver le chemin depuis l’église de Notre Dame jusqu’aux maisons
de la basse Blufferie, mais les journaliers de Lonlay prépareront le
chemin depuis l’églisede Notre Dame jusqu’à un chemin qui est
entre les deux taillis de la Jaminière, y arangeront les pierres et
les casseront et il tomba en charge aux journaliers de la Haute
Chapelle de préparer le chemin depuis le chemin qui est entre
les deux taillis de la Jaminière jusqu’à la basse Blufferie, d’arranger
les pierres et de les casser.
Les chartiers de la Haute Chapelle furent encore chargés de mener
les pierres nécessaires pour paver le chemin depuis le bas du champ
chatté jusqu’au placitre de Domfront mais les journaliers de Champ-
segré firent le reste de l’ouvrage.
Enfin les chartiers de la Haute-Chapelle furent encore obligés de charroier
plusieurs cordes de pierre à la Croix Jourdan qui est le chemin qui
tend du Pont de Caen aux forges St Bomer.1


Jean de St Ellier, curé, doyen, official


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La Haute-Chapelle - Carte Cassini


On continua de travailler en 1763 aux chemins qu’on avoit
commencés en 1762. On pava en 1763 le chemin depuis le bas
du champ Chatté jusqu’au placitre de Domfront quoiqu’on
travaillât beaucoup en 1763 au chemin qui tend de l’église de
Notre Dame jusqu’à la basse Blufferie. On ne l’avancea pas beaucoup.
Les pierres qu’on avoit voiturées demeuroient en monceaux le long
des chemins. L’hiver qui commença en 1764 fut toujours pluvieux.
Il ne gela point pendant les mois de janvier, février et mars 1764.
Les chemins dont on avoit remué la terre devinrent si mauvais
qu’on ne pouvoit plus rien voiturer à Domfront mais ce qui
gêna beaucoup les ouvriers en 1763 c’est que le blé seigle valloit
jusqu’à vingt francs la somme et que le cidre étoit fort cher. Il
y avoit des travailleurs qui étoient obligés de quêter un jour pour
être en état de faire leur ouvrage le lendemain. L’ignorance
ou la malice des ingénieurs qui prendoient aux chemins
donna aux ouvriers la moitié plus de travail qu’il n’en
auroit été nécessaire, ils commencèrent à faire construire les
chemins d’environ 15 piés de large, ils faisoient jetter touttes
les terres dans les champs et augmentoient de temps en temps
les chemins de cinq ou six piés jusqu’à ce qu’ils fussent parvenus
jusqu’à trente pieds de largeur, de sorte que les travaillant
jettoient toujours la terre sur leur ouvrage qu’ilo falloit
recommencer. Les ingénieurs faisoient souvent relever les pierres
soit parce qu’ils ne les trouvoient pas bien posées, soit parce
qu’ils ne les avoient pas fait mettre la première fois dans le
véritable alignement. Il y avoit très souvent des garnisons
dans les parroisses sur le comte de ceux qui maznquoient de se
rendre sur leur ouvrage au temps marqué. On fit tirer en 1763
des pierres sur le tertre de la Challerie que les chartiers de Lonlay
voiturèrent dans le chemin de la Blufferie en passant par les terres
de la Guerche de la Gigannière pour se rendre dans le grand chemin.
Ils passoient au travers des herbes et des grains sans rien épargner.
On ouvrit aussi les champs depuis l’Enseigne jusqu’au petit
pont d’Egrenne sans rien épargner pour voiturer les pierres
parce que le chemin n’était pas migrable de sorte que les
rivages perdoient non seulement une partie de leurs fonds qui
entroient dans les chemins, mais encore leurs grains, leurs foins,
leurs herbes, leurs arbres fruitiers et autres bois : c’étoit une désolation !2


Jean de St Ellier, curé, doyen, official


Les directeurs des grands chemins revinrent vers le milieu du
mois de juin 1764 pour continuer leur ouvrage et s’en
retournèrent vers le milieu du mois d’aoust. Ils firent travailler
pendant ce temps avec une si grande vivacité qu’on fit plus
d’ouvrage en deux mois qu’on n’en avoit fait les deux premières
années. On ne fit rien en cette année en cette année au chemin du pont de
Caen mais on avancea bien celui qui va de Domfront à la haye
de Rouellé de sorte que les chemins commencèrent à être
migrables dans tous les endroits où les pierres avoient été
bien cassées. On travailla aussi beaucoup aux autres chemin
par où l’on arrive à Domfront.3


Jean de St Ellier, curé, doyen, official


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La carte IGN - Les noms cités sont cerclés d’orange

NOTES

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1 La Haute-Chapelle AD61 EDPT32_25 vue 170

2 1763 vue 185

3 1765 vue 15