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Par : dozeville
Publié : 15 janvier

Les mendiants au XVIIIe siècle

Cette population, qui semble assez nombreuse, nous est surtout connue dans les registres par les actes de décès, mais on la rencontre également dans les mariages et en conséquence dans les naissances.

Le plus jeune d’entre eux, à ma connaissance, anonyme, est décédé à l’age de 2 ans, inhumé en la paroisse St Martin d’Argentan [1] Un pauvre mendian dont on ignore le nom agé d’environ deux ans a esté inhumé par nous dans le cimetière de cette paroisse ce 16eme septembre 1710 présence de Messire Louis Baudoin et de Philippe Graindorge

Le plus âgé, à ma connaissance, est décédé à Ste Croix sur Orne [2] Un homme inconnu qui ne s’est point nommé, qui s’est seulement dit de St Quentin en Picardie, mendiant de profession, âgé de quatre-vingt quinze ans, selon ce qu’il a dit, décédé d’hier chez André Ballue fermier à la Cour de Ste Croix a été inhumé dans le cimetière de cette paroisse par nous soussigné curé le dix janvier mil sept cent soixante et dix en présence d’André Ballue, laboureur à la Cour de Ste Croix, et d’André Lesage,journalier. Lesquels ont signé avec nous.

Les mariages de mendiants ne sont pas rares. En bons normands, ils rédigent également des contrats, sans doute pour préserver l’avenir.

Ainsi à Ecouché : Le 6 octobre (1699) a esté célébré par moy soubsigné, vicaire, le mariage d’entre Jacques Heuzé, mendian, veuf et de Michelle Leseigneur fille de Sainctin Leseigneur et Marie Cachelou, tous deux de ce bourg. Les bancs contrôlés à Escouché par Belzais le 6 octobre. Présence de Messire Jean Guitton, prebtre, Jacques Cheradame, François Guillochin et la mère de ladite mariée et plusieurs autres soubsignés. [3]

Auparavant, on trouve dans le notariat d’Ecouché leur contrat de mariage à la date du 18/9/1699 [4]. Ce contrat omet la profession du marié mais précise que le père de la future mariée est décédé. En conséquence la mère et le frère (Morice Leseigneur) de la mariée promettent 20 livres dont il sera payé 100 sols (5 livres) la veille des épousailles et 5 livres un an plus tard. Le reste soit 10 livres restant "aux mains dudit Morice Leseigneur pour servir de dot et ligne de la future et des enfants sortant dudit mariage".

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Contrat de mariage entre deux mendiants
AD61 4E74/152 (vue 201)

Du mardy 10e novembre 1699 après midy

Au traité de mariage qui au plaisir de dieu sera fait en face de ste église
catholique, apostolique et romaine entre Guillaume Louvet fils naturel de Guillaume
Bourlier, pauvre et mendien, d’une part, et Marie de Courmaseulle aussi pauvre
et mandienne, fille de Michelle et de Gilette Milcent ses père et mère de cette
ville d’Argentan d’autre part. Lesquels se sont donné la foy de mariage et promis
s ’épouse la première réquisition qui en sera faitte par l’unne des dittes parties
et ont lesdittes parties déclaré n’avoir aucuns biens ni meubles en leur possession
et qu’en cas qu’ils en puissent amasser ensemble, ils sont convenus de se les donner
au plus vivant d’iceux
. Es présence de Thomas Durant et Michel Cristofle d’Argentan
tesmoins

Bien évidemment, des enfants naissent.

Ainsi, à Goulet, on trouve 2 familles de mendiants dans les années 1740-1780.
- Pierre Décot et Barbe Pasquier mariés le 3/7/1732 [5]ont 7 enfants connus (3 décèdent jeunes – 2 au moins auront une descendance)
- Charles Auvray dit Garin et Marie Louise Deslandes, mariés le 24/6/1744 à Juvigny sur Orne [6], en auront au moins 2 (si l’un décède rapidement, l’autre se mariera)

Parfois, on est "autorisé" à mendier suite à un événement fâcheux (incendie par exemple). On verra un tel acte, même si c’est un faux, dans cet article "Permission de mendier".

Mais c’est surtout par les décès qu’on les voit apparaître dans les BMS. Ils ont alors de 2 origines :
- soit locale comme cette Catherine Heudiard : Le 4e jour de juin 1740, par nous sous signé vicaire de Briouze, a été inhumée dans le cimetière de cette paroisse le corps de Catherine Heudiard mendienne soit disante de la paroisse de St Hilaire aâgée de soixante ans ou viron [7]

- soit extérieure, parfois lointaine comme celui décédé à Ste Croix Ils sont généralement hébergés pour leurs dernier jours par une âme charitable soit à la maison, soit, le plus souvent, dans une grange.

Les mendiants, de l’un ou l’autre sexe, sont le plus souvent très âgés ou très jeunes.

Notes

[1] AD61 AC0006_42 vue 46

[2] AD61 EDPT413/8 vue 39

[3] AD61 3E1/153/1/2 vue 61

[4] (4E81/92 vue 433)

[5] AD61 3E2/184/1 vue 394

[6] AD61 EDPR123/1/2

[7] AD61 3E2/60/1/3