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Par : dozeville
Publié : 19 novembre 2013

1612 Comment dévoiler la situation sans rien en dire

Au gré des demandes de correspondants souvent inconnus, je transcris nombre de contrats de mariage (et d’autres aussi).

Cette semaine j’ai photographié un registre de Boucé pour en extraire le contrat suivant, contrat que je publie car il apparait comme assez particulier. Il y est beaucoup question d’enfants naturels et en filigrane apparait la situation de la mère d’un de ces enfants.

A chacun de se faire sa petite idée sur la question, mais je prie le lecteur de bien vouloir laisser les idées préconçues au vestiaire.

Du XII jour d’aoust au lieu de
la Picquardière audit an VIC duze

Au traicté de mariage qui au plaisir
de dieu sera faict entre honneste homme
Jacques Le Picquard sieur de Launey
d’une part et Ysabeau le Boullenger fille
naturelle de Marye Leboullenger
femme de Robert Pingot d’autre part.
Au moien que ledict mariage soict faict
et parfaict en face saincte église
catholique apostolique et romaine
a esté donné et paié présentement ausdicts
futurs mariés par Jacques de Droullin,
escuier, sieur de Bois d’Avoynes [1], la somme
de cinq centz livres en plusieurs
pièces d’or, argent et monnoye de présent
ayant courtz. Icelle somme donnée
par ledict sieur de Bois d’Avoynes ausdicts
Le Picquard et Isabeau Le Boullenger
en faveur dudict que aussy
pour la resconpencer des bons et
agréables services qui luy ont esté
faictz par le passé et (font ?)
audict, tant par ledict Le Picquard que
par ladicte Ysabeau Le Boullenger.
Desquels services ledict sieur de bois d’Avoines
disoit n’avoir encore faict aucunne
rescomnpense ny satifaction ausdictz
Le Picquard et Ysabeau Le Boullenger. La
quelle somme de cinq cent livres,
ledict Le Picquard a constitué en
rente racquitable [2] suivant l’édict [3] du
Roy à prendre et avoir sur tous et chacuns
ses biens et héritages pour le dot [4] de
ladicte Ysabeau Le Boullenger et au
non et ligne d’icelle . A commencer icelle
rente à procréer arérages du jour
de la disollution dudit mariage sans qu’il
soict besoing d’autre constitution que le
présent traicté. Et laquelle rente se poura
amortir touteffois et quantes en payant
ladicte somme de cinq centz livres, arérages [5]
et prorata qui lors seront deubz et
escheuz. Et a esté aussy accordé entre
par lesdictz sieur de Bois d’Avoines, Le Picquard
et ladicte Ysabeau Le Boullenger que sy
ladicte Le Boullenger décèdoit sans hoirs,
icelle somme de cinq centz livres
demeurera et reviendra au proffict de
ladicte Marie Le Boullenger sa mère [6] et
apprès son décès à ses hoirs sans
que ledict Pingot, mary de ladicte Marie
Le Boullenger puisse prétendre ny
demander aucune chose en ladicte somme
de cinq centz livres ny aux arérages
quy pourront provenir d’icelle. Et en
oultre ce que dessus a ledict Le Picquard
en faveur dudict mariage et pour la
bonne amyttié qu’il porte à ladicte
Ysabeau Le Boullenger sa future espouse
au moien que ledict mariage soict faict
comme dict est, donne par donation
pure et simple la somme de deux
centz livres une foys payé à prendre
et avoir précipument [7] sur tous et
chacuns ses biens qu’il a ou poura
avoir [8] parce que sy ladicte Ysabeau
Le Boullenger décèdoit avant ledict
Lepicquard, icelluy Lepicquard jouira
de l’usufruit de ladicte somme de deux
centz livres sa vie durante seullement
et apprès son décès ou cas qu’il
décède sans enffans, icelle Ysabeau Le
Boullenger a consenty pourveu qu’il n’y
aict enffans dudict mariage, icelle somme
de deux centz livres aller et retourner
au proffict de François Lepicquard frère
naturel [9] dudict Jacques, à ce présent
et acceptant, et à ses hoirs. Le tout ainsy
faict et arresté au moien des promesses et
clauses et pactions cy devant, indemittés
et interests lessant [10] lesquelles ledict mariage
n’eust esté faict, consend [11] ny accepté par
lesdictes parties. Obligèrent chacun de leur part
tous et chacuns leurs biens etc [12]. Présent
Vénérable personne Me François Lemyere
prebtre, curé de Francheville et Nicolas
Laisney fontainne tesmoings. La minute signée
suivant l’ordonnance. [13] [14]

Notes

[1] Famille noble importante de la région d’Argentan. Avoines est une localité proche d’Ecouché.

[2] rachetable

[3] l’édit - un édit royal fixe le taux de l’intérêt

[4] Remarquer le masculin

[5] intérêts

[6] Cette clause indique sans doute la raison réelle de ces libéralités (sans le dire !).

[7] Voir le préciput moderne (en premier, avant les autres)

[8] La mention pourra avoir n’est pas anodine en droit coutumier normand

[9] Intrigant : un autre enfant naturel...

[10] Pour "sans"

[11] consenti

[12] Formule juridique validant ce qui précède

[13] Cette dernière phrase indique que l’on a ici une copie de contrat

[14] 4E147/10 vue 5