Vous êtes ici : Accueil > Transcriptions de textes > Malheurs > 1740 "Vous n’aurez pas ma vache ! ".
Par : dozeville
Publié : 14 octobre 2013

1740 "Vous n’aurez pas ma vache ! ".

Un cas de rébellion à la Ferrière aux Etangs : un "refusant" de payer les rentes seigneuriales.

Ce procès nous est connu par les archives du bailliage de Domfront. Il ne nous reste qu’une partie de l’instruction [1].

JPEG - 28.6 ko
La vache a sa statue à Vimoutiers.

Jacques Gilles Berryer, sergent royal de la paroisse de la Ferrière a établit un procès-verbal de rebellion.

Interrogé il dit et dépose et rappelle qu’étant ce jour en la paroisse de Champsegray
avec ledit sieur Lecointe [2] requérant pour exécuter [3] les refusants de
payer les rentes dues audit comte de la Ferrière, il auroit pris sur
une hautteur prest des villages de la Coulasière et du Pont de Pierre
une vache estant à pâturer sur laditte hautteur que tiennent en fieffe
les tenants dudit village de Pont de Pierre et en amenant laditte
vache de poil rouge sans poil brun cher le nommé Simeom
Jamet pour la mettre en dépost, lequel auroit reffusé disant
qu’il n’avoit point de quoy la loger ny la nourrir, s’est présenté
au mesme instant ledit Nicolas Bouquerel lequel a demandé :
« Quesse que vous voullé faire de ma vache ? » Ledit déposant luy a fait
réponce qu’il la saisissoit pour les rentes seigneurialles du seigneur
de la Ferrière. Lequel Bouquerel a dit au déposant qu’il n’enmeroit
point sa vache. Le déposant luy répondit qu’il ne luy demandoit pas à
l’enmener et qu’il luy donnast un commissaire [4] d’icelle. Ledit Bouquerel
s’aprochant de luy pour se jetter dessus, disant « Je ne vous donneray
de commissaire n’y n’enmenneré ma vache et je vas trouver gens
qui vous la vont bien faire rendre. » A l’instant a quitté et s’en est
allé chez luy, a envoyé sa famme [5] avec ung gros baston ou massue
de bois de chesne. Laquelle arrivant à nous déposant devant la
porte dudit Jamet disant « Lasche ma vache ou je te vas faire
perdre la vie. » Ayant pris une grosse pierre dans son autre main et
en a donné un coup sans la lascher sur la main droitte du déposant
avec laquelle il tenoit laditte vache et estant laditte famme accompagnée
de plusieurs hommes et fammes de son village, inconnus du déposant,
disant « Lacher la vache ou bien vous vous en allé repentir. »
Le tout à la complicité dudit Bouquerel qui suivoit tant sa ditte
famme que les autres personnes. Dépose oustre et se ressouvient
avoir oublié à insérer dans ledit procès-verbal que la femme dudit
Bouquerel luy a donné un coup de pierre dans le genouil
gauche qui l’empesche de marcher librement.
 [6]

Deux témoins, dont Simeon Jamet, rapportent les faits. Le greffier reproduit, au mot près, le témoignage du sergent royal (à l’exception du coup sur le genou).

Malheureusement, nous n’en saurons pas plus, sauf découverte du jugement dans la vingtaine de mètres d’archives de Baillage de Domfront (6B) qui sont à peine reconnues.

Voir en ligne : La vache de Vimoutiers

Notes

[1] "l’information" c’est-à-dire l’enquête auprès des témoins, mais ici le requérant est aussi témoin. (La défense n’est pas citée dans le document partiel qui nous est parvenu.)

[2] représentant du Comte de la Ferrière

[3] ici : saisir

[4] sens obscur, peut-être une caution ou un "brevet"

[5] Envoyer sa femme est assez fréquent : elle court moins le risque d’être sévèrement punie, pense-t-on. C’est pour cette raison que, un peu plus loin, le sergent n’omet pas de rappeler la complicité de Nicolas Bouquerel. Néanmoins, le sergent reste prudent : les autres lui sont inconnus.

[6] AD61 6B1 vue 124 16/2/1740