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Par : dozeville
Publié : 16 février 2013

1668 Mariage d’un roturier et d’une fille de petite noblesse à la Lande de Lougé

Ce contrat est l’occasion de bien saisir deux points du droit coutumier normand :

  • - la promesse de "garder la succession", ce qui interdit d’en vendre tout ou partie. Ici le sieur du Bisson garde la disposition et jouissance du bois.
  • - la notion d’incompatibilité entre le beau-père, père de l’époux, et les futurs mariés et ses conséquences (demeure partagée ou indemnité).

On y trouve deux clauses inhabituelles :

  • - le futur marié devra habiller et fournir les bagues de la future, ce qui incombe ordinairement aux parents de la mariée,
  • - l’aide en cas de maladie du père de l’épouse.

En tretant le mariage qui au plaisir de
dieu sera faict et parfait en face de Sainte
Eglise catholique apostolique et romaine, par
entre honneste homme Noël Quendieu filz
de Jacques Quendieu et de Charlotte Picquot [1] ses
père et mère de la parroisse de Montreuil
d’une part, et damoiselle Michelle de la Haye
l’une des filles et hérittières de Jean Jacques
de la Haye, escuyer, sieur du Bisson [2] et de
feu damoiselle Marguerite Lemaire ses père
et mère de la parroisse de la Lande près
Lougy d’autre part, pourvu que ledit mariage
soit fait et accomply comme dict et
après que ledit Noël Quendieu et ladite damoiselle
Michelle De la Haye en la présence et
du consentement de leurs dits pères et
de leurs autres parents et amis cy aprèz
nommés se sont promis et donnés la foy
de mariage, si Dieu et nostre mère
sainte église le permet. Ledit Jean Jacques
De la Haye, escuier, sieur du Bisson a
recognu ladite damoiselle Michelle De la Haye,
sa fille, l’une de ses présomptives
hérittières, avec damoiselle Gabrielle De la
Haie son autre fille, a promis et promet
par ce présent leur garder et conserver
sa succession entière, a consenty et
consent qu’après son son décès lesdits futurs
mariés la partagent avec ladite damoiselle
Gabrielle De la Haye son autre fille tant
meubles que hérittage et pourtant s’en
réserve la jouissance et usurfruictz [3]
sa vie durante pendant laquelle il pourra
disposer du bois estant sur ses hérittages
tant pour se chauffer que pour en vendre
s’il en a besoin. Seront lesditz futurs mariés
obligés envers ledit sieur du Bisson, s’il luy
arrive maladie, d’aider ou faire ayder à
le garder dans ses nécessités pendant ladite
maladie, ce que ledit Jacques Quendieu
et lesditz futurs mariés ont ainsy accepté
et promis, et à cette condition ledit Noël
Quendieu a promis espouser ladite damoiselle
du consentement de sondit père sans
présentement ni lors du mariage
prétendre ny demander autre chose audit
sieur du Bisson qui ne luy a promis
ni accordé pour sa part de ladite succession
ainsy que dit est. Et d’autant que ledit Jacques
Quendieu, père dudit Noël sera obligé
fournir leurs habits de nopces, bagues
et joyaux à ladite damoiselle, faire les
despences nécessaires à tout ce qui conviendra
pour la célébration dudit mariage. Ledit
sieur du Bisson luy a accordé donner à sondit
filz au cas que ladite damoiselle sa fille décède
auparavant luy sans hoirs la somme
de cinq cent livres tournois à prendre sur le
plus beau et aparoissant de tous ses meubles
et immeubles après son décès et non
plus tôt, pour récompenser ledit Quendieu des
frais et despens qu’il luy commendera faire
pour ce que dessus et parvenir audit mariage.
En faveur de quoy ausy ledit Jacques Quendieu
a accordé et promis qu’au cas que sondit
filz décède auparavant ladite damoiselle sa
future espouse, il luy a accordé et gagé
plein douaire sur tout et telle part qu’il
luy pouroit apartenir de sa succession audit
Noël son filz, qu’elle pourra prendre et
lever ausitost son décès arrivé sans pour en
estre tenu d’en faire aucune poursuite
en Justice et a oultre ausy accordé que
au cas que lesdits futurs mariés ne
voulussent faire leur demeure avec luy
ou qu’ils ne pussent compatir ensemble
il leur a promis en ce cas leur bailler
une maison pour faire leur résidence, un clos
à faire chanvière [4] et un jardin à porée, et
oultre leur a promis payer par chacun [5] la
somme de cinquante livres tournois pour leur
ayder à subsister et vivre. Laquelle somme
il leur paiera chacun an à deux termes par
moitié, le premier six mois après qu’ilz auront
commencer leur demeure et le dernier à la
fin de l’année, et ce jusques et pour autant
de temps que ledit sieur du Bisson vivera.
Dont et par ces termes et moyens touttes
lesdites parties sont demeurée d’acord, et
cessant lesquelles pactions en tout ou en
la moindre partie d’icelles le présent traité
n’auroit esté faict, ce qui a esté ainsy arresté
en la présence de François Lemaire, escuyer,
sieur de la Coltière, Jacques Dupont,
sieur du jardin de la Ferté Macé, Daniel
De la Haye, escuyer sieur du Tertre, Hector
De la Haye, escuyer sieur de la Brosse,
René de la Haye, escuyer sieur de Varenne
tous parens de ladite damoiselle, Charlles De la
Lande, escuyer sieur du lieu. Messire Marin
Quendieu, prebtre, curé de la Lande, Jean et Nicollas
Quendieu, frères, Messire Jean Vivier, prebtre , Jean
Bisson sieur du Sausé, Gervais Bisson sieur de
Gassé [6], Louis Bisson sieur de la Chapelle, tous
parents dudit futur espoux.
Et ont lesdites parties estably leur procureur pour
requérir l’insinuation du présent , Messire (en blanc)
procureur, conseiller au siège de Fallaise [7]

Notes

[1] on semble lire Briquot mais c’est bien Picquot

[2] Lieu-dit de la Lande de Lougé

[3] usufruit

[4] chènevière

[5] le mot "an" semble avoir été oublié. Je ne crois pas qu’on puisse interpréter ce passage comme "50 livres pour chacun des futurs mariés".

[6] il y a un lieu-dit Gasset à la Ferté-Macé

[7] Voir le contrat cote AD61 4E119/66

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