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Par : dozeville
Publié : 22 octobre 2012

1780 Devis des travaux à faire aux moulins de Durcet et Landigou

Suite au changement de meunier, un conflit est porté en justice entre l’ancien et le nouveau meunier au sujet de l’état des moulins.

Des experts, représentant les deux parties ainsi que le seigneur, propriétaire des moulins, visitent et expertisent les travaux d’entretien que l’ancien meunier a négligés de faire. Par ailleurs, ce dernier a aussi négligé de payer tout ou partie des fermages des moulins (il doit 1200 livres au seigneur de Durcet).

(Le vocabulaire technique est parfois obscur).

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Le site sur la carte de Cassini. (En bleu, l’étang d’approvisionnement des moulins - Un seul signe pour représenter les deux : roue dentée soulignée en rouge)

Aujourd’huy sixiesmmes jour de novembre
mil sept cent quatre vingt sur les
neuf heures du matin, nous, soussignés
Pierre Gourdel, charpentier, de la paroisse de
Saint Hillaire de Briouze et Pierre Bouquerel,
cherpentier et meulleur de la paroisse de
Sainte Honnorinne la Guillaume, et Michel Roblot, cherpe-
ntier et meulleur de la paroisse de Sainte Honnor-
inne la Chardonne, experts nommé par sentence
rendue en la haute justice de Durcet, le vingt six
octobre entre Missire Jean Baptiste Jacques
Thomas Thomas de Thiboux, chevalier, seigneur
marquis de Durcet [et] Louis Ménard et Jacques Pechet
et François Guilliminne pour faire la visitte et
en dresser procais verbal [1] estimatif des répar-
ations nessairre [2] à faire aux moulins et maisons
de la Bardoullière et de la Tretière apartenant
audit seigneur situés en les paroisses de Landigou
et Durcet. A nous signiffié par exploit de Cailly,
huissier du vingt huit octobre dernier du mesme
mois, et de la sentence de notre jurande et serment,
par nous pretter, devant Monsieur le bailly de
Durcet le trante dudit mois d’octobre dernier,
par lequel sous sommes envoyé conjointement.
Scavoir ; nous, dit Gourdel de la part desdits Ménard
et Pechet ; nous dit Bouquerel de la part dudit
seigneur et nous dist Roblot nommé d’office
pour ledit Guilleminne, faire la visitte et arreter
notre procais verbal estimatifs des réparations nessaires
à faire aux moulins dont est question. Pourquoy
nous nous sommes exprès transporté sur les lieux
contansieux d’entre les partie au fins de notre
dit procais verbal où ettant parvenu. En la
présence dudit seigneur, stipulé et représenté par
le sieur Dorre, son procureur général et spécial,
dudit Jacques Pechet tant pour luy que faisant
fort pour le dit Ménard et en sbence [3] dudit Guillim-
ine quoy qu’entimé par exploit du ministère de
Maitre Lemarchand, sergant, du trois de ce mois
et non optant optant [4] sa non conparance en
vertu des ditte sentence et pièces en conséquence
à nous misse aux mains par ledit seigneur et
représenté comme dit est, avons procéddé auxdits
procais verbal de visitte et estimation ainsy qu’il
ensuit. Premièrement, nous avons commencé par
les moulins de la Bardoulière. Par le grand moulin de
dessous l’au, nous avons examinné la roux du
grand moulin que nous avons trouvée en très mauvais
éttat et incapable de servir dans l’état où elle est.
Il faut un arbre de néssité [5]. Ensuitte, nous avons
pareillement examinné la roux du moulin échalloir [6]
quy est en très mauvais éttat, et l’arbre [7] dans le mesme
éttat, incapable de servir. Il en faut un de néssité.
Nous estimons pour la façon des deux arbres et les
deux roues, pour les faire et contruire en nevé [8],
tant pour le cloux et ferrurre d’icelle, la somme
de deux cent livres. De plus, les auge ou
nocts à conduire l’eau sur lesdits moulins. Les-
quel nocts ou auge et soutient palle [9] ou bourbier
pour iceux estimé à la somme de trante six livres.
Ensuitte,nous avons entré et continué notre visitte
dans lesdits moulins. Nous avons trouvé les quatre pottilles [10]
du moulin de dessous l’eau dont deux sont à demie
usée et les deux autres en nevé, que nous estimons
pour les deux nevé et les deux autre qu’il faut
qu’ils soient erpillié par le pied. Il faut pour cette
ouvrages la somme de six livres. Ensuitte, nous
avons levé les meulle du grand moulin en bon
éttat et très sainne. La meule de dessus que nous
avons trouvée et messurée de poisseur sougs un
cercle de dix pouces et la meule de dessous de
dix pouces sougs l’enchevestrure [11] très saine, dont laditte
meulle penche sur l’eau sur quoy il manque à la
ditte enchevestrure un morceau et une courbe sur
l’eau dudit moulin. Il faut pour cet ouvrage la
somme de six livres. Enssuitte, nous avons remarqué
le rouet [12] dudit moulin. Il luy manque une jantes
quy est fracturée. Il faut pour luy en mettre une
la somme de quatre livres. Il faut de nessité
audit moulin un cable parce que celuy quy sert et de peu
de valleur. Il faut pour cette ouvrage la somme
de vingt quatre livres. Le tamis pour faire
bluter [13] en qualité de blutrie mal relié. Il faut pour
cette ouvrages la somme de trente sols. Pour le rouet
de levage, il faut, pour le réparer, la somme de
vingt sols. De plus, il faut une fusée [14] neve et une
chausssure d’alençons [15]. Pour cette ouvrages, la somme
de trois livres. Ensuitte, nous avons continué par le
moulin échalloir. Nous avons levé ledit moulin.
Nous avons trouvé les deux meulles dudit moulin
en bon ettat de viron chaqune six pouces de poisseur [16]
en tout son entier. Dont l’abiliages [17] dudit moulin, il
luy manque deux planche et les potille en bon
état. Le rouet dudit moulin à moitié ussé. Il faut
pour cette ussure dudit rouet et pour mettre les
deux planche et la fusée et alençons, il faut pour
ces ouvrages la somme de quatorze livres. De plus,
pour les murailles -s’entend les coinages et cottet [18]- auprès
la grande porte un pillier quy sers le soutien à
soutenir les auge tenant au gable [19] dudit moulin
quy fait le tout environ trois toises de massonnerie
pour faire et fournir cette ouvrages, il faut la
somme de vingt sept livres. Ensuitte nous avons
descendu au moulins de la Tretière pour faire
et continuer notre visitte. Nous avons commencé
par la roue du moulin de dessous l’eau.. Nous
avons trouvé la ditte roux à un tiers d’ussure
que nous avons estimé à la somme de quinze livres
et l’auge dudit moulin de dessous l’eau et les traverses
ou soutiens à soutenir les auge et l’auge du grand
moulin et une palle en nevé. Il faut pour cette
ussure d’iceux et les trois portant en nevé la
somme de huit livres. Pour, à l’égal [20] de l’auge du
petit moulin et son enpallement en très bon éttat.
Ensuitte, nous avons remarqué la roux du petit
moulin d’en bas que nous trouvée à trois quart
ussée. Nous avons estimé pour la réparation et
fourniture de laditte roux la somme de cinquante
livres. Pour, à l’égal des deux arbre desdits moulins,
pour l’ussure des dits deux arbre, la somme de dix
livres. Nous avons ensuitte entré dans les dits
moulins. Nous avons levé le petit moulin. Nous
avons trouvé la meulle de dessus de cinq pouces
de poisseur soug cercle, très saine, en bon éttat et la
celle du dessous de huit pouces de poisseur en
tout son entier. Nous estimons pour l’usure des
deux meulles la somme de vingt livres. Pour les
potille dudit moulin, il faut qu’il y en ait deux
de reperrée par le pied, les deux autre bonne et en
bon éttat. Il faut pour cette ouvrage la somme de
deux livres. Pour l’abiliages dudit moulin en
très mauvais éttat, il faut pour réparer une
partie dudit habiliages et faire l’autre partie
en nevé, la somme de douze livres. Le rouet du
dit moulin en bon ettat. Il faut au dit moulin
une chaussure d’alencons et fuseaux : la somme
de deux livres. Les deux tourillons des deux meules
en dehors, il faut qu’il sois recharger, il faut pour
cette ouvrages la somme de huit livres. Ensuitte
nous avons continué à lever le moulin de dessous
l’eau. Nous avons trouvé la meulle de dessus de
poisseur sougs cercle de trois pouces très saine,
la meule de dessous environ douzes pouces de
poisseur en tout son entier. Sur quoy, il luy a
un chanteau [21] tout décollé en son entier,
il faut pour la recoller la somme de douze
livres et pour l’ussure de la ditte meulle, il faut
la somme de dix livres. Pour à l’égal de l’abiliages
dudit moulin, les courbe [22] très mauvaisse. Sur quoy
il menque à la couverture dudit moulin deux
planche. Pour la réparation d’iceux, la somme
de cinq livres. Pour, à l’égal des potille dudit
moulin, il faut qu’il y en ait deux en neve et les
deux autre bonne. Il faut pour les deux neve la
somme de quatre livres. Pour à l’égal du collet
de fer dudit moulin, il faut pour le recharger
la somme de six livres. Pour, à l’égal du cable
dudit moulin à moitié ussé, il faut la somme
de douze livres. Pour, à l’égal du rouet de levage
de peu de valleur, il faut pour le réparer la
somme de quatre livres. Pour le rouet dudit moulin
en bon ettat au reste, il faut une chaussure de fusseaux
et alencon. Il en faut une et un paillis de bluterie.
Il faut pour cette ouvrages la somme de trois livres.
Pour, à l’égal des porte du batiment desdits
moulins, luy en a qu’une ou luy a [23] une mauvaisse
serrure fermant à clefs et touttes les autre
porte en très mauvais éttat. Il faut pour la répara-
tion de cette ouvrages, la somme de six livres.
De plus, il faut une enpalleure à détourner l’eau

et une pale. Il faut pour cette ouvrages la somme de
quatre livres. De plus pour l’enpalleur pour
arrêlter l’eau au bieux desdits moulins, il luy en
faut un neve aveq sa palle. Il faut pour cette
ouvrages la somme de deux livres huit livres.
Pour, à l’égal des messures bousseau, demy bousseau
et quart à moitié ussé, le saisiemme de cuivre
en très mauvais éttat, étant pour incidire deffouet.
Nous avons trouvé dans ledit moulin trois cent livres
de poids de fonte aveq son bransquart de fer Bardoullière. Nous avons trouvé aussi trois cent livres
de poids de fonte aveq ces anneaux de fer, sur quoy il luy
en a un de cinquante livres sans marque et un branq
uart de fer aveq ces écalle sans cordages. Pour, à l’égal de
messure s’entend bousseau, demy bousseau et quart et
saisiemme de cuivre, le tout en très mauvais éttat. De plus
il faut que le poudrier d’entre les deux moulins de la
Bardoullière, il faut pour le réparer quatre planche,
il faut pour cette réparation la somme de quatre livres.
Pour, à l’égal du poudrier du moulin de la Tretière, il faut
qu’il soit aincidire fait en neve. Il faut pour la
réparation de cette ouvrages, la somme de trois livres.
Pour à l’égal de curer la rivière dudit puis les moulins de
la Bardoullière jus à ceux ceux de la Tretière, il faut pour
cette ouvrage, la somme de vingt livres. De plus pour
les réparations de laditte chambre des moulins de la Tretière,
pour les platrages et blaquages et coulonbages, pour les deux
pointes, il faut pour cette ouvrages la somme de douze livres.
De plus, nous avons remarqué au petit moulin d’en bas, vis-à-vis dudit
moulin qu’il luy a la muraille un trou. De plus, pour la chambre
des moulins de la Tretière, il luy manque un sommier [24] pour
le soutien de laditte chambre, et pour le plancher, il faut qu’il
soit fait en neve. Il faut pour cette réffection et réparation
la somme de vingt quatre livres. De plus pour la masso-
nnure d’iceux moulins viron six toisse de massonerie
pour faire et fournir, la somme de cinquante livres. Et
à l’égal des couvertures desdits moulins en très
mauvais éttat que nous n’avons peu estimer, éttant hors de notre
connoissance. Et d’autant qu’il ne c’est rien trouvé d’autre chosses
de de réparations et réffections à faire pour le présent desdits
moulins apartenant à Monsieur le Marquis de Durcet, nous nous
sommes retiré et avons fait et arrêté le présent procais verbal
que nous affirmons pour estre véritable en tout son contenu.
Iceluy aretter à notre âme et consience, auquel nous avons
marqué ce six novembre mil sept cent quatre vingt pour servir
et valloir audites partie ainsy qu’il appartiendra (moulins mis
interligne et deux mots rayé nul. Aprouvé moulins, pour bon ;
aprouvé en interligne trou, pour bon)
Signé
Gourdel P Bouquerel Michel Roblot

Suit l’enregistrement par le tribunal de cette expertise.  [25]

Notes

[1] procès-verbal

[2] nécessaire

[3] absence

[4] nonobstant

[5] nécessité

[6]  ?

[7] l’axe de la roue

[8] à neuf

[9] aube de la roue du moulin

[10] Pièces de bois sur lesquelles glissent les vannes dans un moulin à eau (Littré)

[11] de chevêtre (Terme de charpenterie.) = Pièce de bois dans laquelle on emboîte les soliveaux du plancher.

[12] Roue dentée placée sur l’arbre d’un moulin à eau ou à vent, laquelle engrène avec les fuseaux de la lanterne.

[13] tamiser la farine

[14] fuseau

[15] = alluchon = Dent en bois ou même en fonte qui ne fait point corps avec la roue sur laquelle elle est montée. Les alluchons entrent par leur queue dans des mortaises pratiquées à la circonférence de la roue et y sont retenus par des clavettes ; la tête, saillant au-dessus de la circonférence, forme les dents de l’engrenage(Littré).

La chaussure d’aluchon : la roue qui porte les aluchons

[16] épaisseur

[17] l’habillage. (Probablement des murs de protection en bois.)

[18] les coins et les côtés

[19] pignon en Normandie

[20] à l’égard

[21] la jante de fer qui entoure la meule ?

[22] pièces de bois en arc

[23] il y a

[24] grosse poutre faite d’un tronc d’arbre équarri

[25] Cote : AD61 28Bp6/6