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Par : dozeville
Publié : 6 septembre 2012

1773 Techniques de culture et dîmes à Landigou et Boucé

Pour cette fois, je laisse la place à un archiviste professionnel de la fin du XIXe siècle : Louis Duval nous livre la transcription d’un "Mémoire sur les dîmes de la paroisse de Boucé"

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La Moisson par Pieter Brueghel, 1565,

Dans la paroisse de Boucé, les terres ont coutume d’être cultivées pendant deux années et d’entrer en repos ou en guéret dans la troisième. Dans la première année on y sème et récolte du bled ou du seigle ; dans la seconde de l’avoine ou de l’orge. Depuis environ vingt six ans, quelques laboureurs ont pris l’usage de semer du trèfle avec l’avoine ; ce trèfle prend peu d’encroissance avec l’avoine, et le peu qui en vient est récolté avec la dîme qui est payée. Mais dans la troisième année, qui seroit celle du guéret ou du repos, le trèfle prend toute sa force ; alors le laboureur le fait manger en vert, ou il le fait récolter en sec.

Il y a eu au baillage d’Argentan un procès qui a fait beaucoup de bruit, au sujet de la dîme des trèfles récoltés en sec, dans le temps du repos des terres.

Cette dîme était demandée par le curé de Landigout : ses paroissiens s’en sont défendus, parce qu’ils récoltaient leur trèfle dans les deux premières années du repos, du nombre de trois ou quatre années, qui ont toujours constitué le repos nécessaire des terres de ce pays, lesquelles poussent naturellement beaucoup d’herbes et de genêts, qui ont toujours servi de pâture aux bestiaux dans le temps du repos, et dans ces cantons on manque de prairies, terres enfin, qui par leur nature sont en partie labourables, en partie herbages, de toute antiquité.

Le curé de Landigout a été débouté de sa demande, par sentence au baillage d’Argentan, confirmée par arrêt de la cour, rendu par expédient, le 28 février 1768.

Depuis cette sentence et arrest, plusieurs paroisses des environs d’Argentan, d’un pays de pleine culture, très différent du pays du Bocage, se sont formé l’idée que la dîme du trèfle, récolté en sec n’est point deue quand il est semé et récolté dans la seule année de guéret ou du repos qui a lieu dans tous les pays de pleine culture. La paroisse de Boucé qui, depuis 26 ans payoit cette dîme, l’a refusée et les décimateurs ont fait assigner au baillage d’Argentan plusieurs habitants refusants, au nombre de quatre, qui contestent la dîme. Les habitants en général sont intervenus pour en faire débouter les décimateurs.  [1]

Notes

[1] Extrait de l’inventaire de la série H, rédigé par Louis Duval, Archiviste publié en 1891

description de la liasse H456 (page 93)