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Par : dozeville
Publié : 4 septembre 2012

1772 Les aventures croustillantes de Marie Le Sénéchal, de Pointel

Charme des mœurs champêtres et des expressions imagées.

Le trois mars dernier, Jean Duros de Bellou a épousé Marie Le Sénéchal fille de Gervais de Pointel [1].

Aujourd’hui, 20 juillet 1772 , Jean Duros a assigné Julien Bouquerel fils du sieur de la Chevallerie, devant le tribunal de la haute justice de Durcet, pour obtenir 2000 livres en réparation d’honneur pour :

« .............................................avoir ledit sieur de la

Chevallerie depuis quelques temps et en différents endroits,

dit et proféré quantité d’injures atroces et scandaleuses

contre l’honneur et la réputation de la dite Sénéchal

.... qu’elle étoit de mauvaise vie et que le fils

de luy, sieur de la Chevallerie, avait couché avec elle

plus de cinquante nuits.... ».

Lors de l’enquête [2], tous les témoins s’accordent pour dire que ledit sieur de la Chevallerie ne cessait de se plaindre.

Jacques Dozeville de Ste Opportune [3] dépose qu’il a entendu une conversation entre Julien Bouquerel (le père) et la sage-femme des Tourailles :

« ..................................laquelle demanda audit

Chevalerie si son fils ainé se marieroit point bientôt,

à quoy ledit Chevalerie répondit en plaisantant que oui,

qu’il alloit épouser la sœur du nommé Sénéchal de Pointel

mais qu’ils étoient trois : scavoir François Maillard, le gros, Jean

Durost et le fils de luy, Chevalerie ; qu’il ne scavoit pas

lequel la enporterait, que la belle sœur dudit Chevallerie

chez qui laditte Sénéchal étoit servante, avoit acheté

un tonneau de boire qui pouroit bien y passer, que sa

belle sœur ne seroit pas contente. Ajoutant ledit

Chevalerie que cela étoit mal et que s’il trouvoit

cette petite fille-là, en parlant de laditte Sénéchal, il luy

feroit une moralle et dit, en parlant de son fils ainé

qu’il n’avoit pas pu en retirer son grand gueux... »

Barbe Gervaise, femme de Sébastien Sauques de Ste Opportune dépose : « ..............................................qu’il ne

pouvait avoir son fils ny jour ny nuit. Et ce, en parlant de la

dite Sénéchal, et que si cette dernière n’avoit besoin

que d’un peu de bois pour se chauffer, elle alloit chercher

le fils dudit Chevalerie..... »

Madeleine Sauques, fille de Sébastien a entendu Julien Bouquerel, père, dire que son fils [4]

« avoit fait Jean Sot plus de 50 fois » avec Marie Sénéchal.

Guillaume Sanson, laboureur de Ste Opportune, l’a entendu se plaindre que [5] « ...................................... il ne jouissait

de son fils ny jour ny nuit, qu’il étoit toujours avec

Marie Senechal, que Jean Durost seroit sot plus

de cinquante fois de la part dudit son fils

qu’il porteroit les cornes, lequel avoit le visage

assez gros pour les mettre. Il aprenoit à un petit enfant dudit

Sébastien Sauques à chanter : Jean J’ahenne [6]

Jean n’ahennera plus, il trouvera la brèche abattue. »

 [7]

Notes

[1] mariage à Bellou

[2] 8/10/1772 vue 47

[3] vue 48

[4] vue 54

[5] vue 56

[6] ahenner = labourer, cultiver

[7] AD61 28BP1/6 (vue 47 et suivantes)